L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

27.11.11

"Mes labels n'en ont rien à foutre"


Interview Publicist 

Le mec tout seul torse nu derrière sa batterie posée à même le sol et qui fait méchamment danser les gens devant, c'est Sebastian Thomson, aka Publicist. Il est aussi connu pour être le batteur de Trans Am, un groupe de post-rock formé dans les années 90, mythique pour ceux qui connaissent. Donc samedi dernier, Sebastian Thomson s'est ramené à l'I.Boat pour servir sa disco vocodée extrêmement entraînante à la petite vingtaine de personnes présentes (oui, seulement vingt, c'est scandaleux). C'était génial et vous avez manqué un truc. Une heure avant le concert, j'ai rencontré l'homme dans les cales du bateau, il a essayé de me faire goûter du lait de soja mais j'ai décliné et préféré faire une bataille de blagues. 

TEA : Qu'est ce qui s'est passé ? Un jour tu t'es dit "Je vais faire un projet solo d'electro" ?
Sebastian Thomson : Trans Am est un groupe qui est très démocratique, toutes les responsabilités sont partagées. C'est pour cela qu'on sait tout faire. Enfin, je veux dire que je joue de la batterie, mais aussi de la basse et des synthés, parce qu'on se dit tout. Donc à un moment j'ai réalisé que je pouvais faire tout ça moi-même. Être dans un groupe c'est super, j'aime mes amis, mais il y a l'inconvénient que chaque décision doit être prise en groupe. Alors quand tu veux tourner ou enregistrer, ça doit être une décision du groupe et c'est chiant des fois. D'un côté tu es très indépendant parce que tu es un musicien et que tu n'as pas de boss, mais tu es aussi pas indépendant du tout parce que tu as deux femmes, tu vois ce que je veux dire. (rires). Donc en gros le groupe a été a plein temps pendant longtemps, on a énormément tourné. Et j'étais à Londres et il y a plein de musique electronique underground cool ici, des clubs cools et de super fêtes, tellement plus qu'à Washington d'où je viens. Donc j'étais à une de ces soirées et je me disais "C'est super, j'adore ça. Tu sais quoi ? Pourquoi pas ? Ce sera un projet bizarre." Au lieu de programmer la batterie et jouer du synthé en live, ce que font la plupart des groupes, je programme les synthés et je joue de la batterie en live, c'est l'opposé quoi. Et j'ai trouvé que ce serait un projet intéressant et étrange. Ça a commencé comme une blague et après, on a commencé à me proposer des concerts et c'est devenu plus sérieux depuis genre deux ans et demi. Avant je jouais avec Trans Am et aussi dans un groupe londonien qui s'appelle les Dead Kids, alors Publicist n'était pas ma priorité. Mais maintenant c'est Publicist en premier, c'est sûr, parce que les mecs de Trans Am sont mariés, ont des enfants, un travail, donc on ne tourne plus beaucoup. C'est avec Publicist que je gagne ma vie aujourd'hui. 

24.11.11

Branleurs

Je ne sais pas trop ce que les Français ont de spécial dans le caleçon. Ce qui est certain c'est qu'au niveau garage couillu, ça chauffe du bois sec chez les Latins. A travers le label Born Bad (Frustration, Cheveu, Magnetix...) qu'on ne présente plus et des foisons de petits producteurs/collectifs, le fuzz frouze ne "renait" pas à proprement parler de ses cendres (quelles cendres?). Mais il a à coup sûr encore de belles années devant lui grâce à une scène bouillonnante au milieu de laquelle s'ébrouent des groupes de punks sans chien de qualité variable mais dont la sueur et les cheveux hirsutes sont certifiés 100% authentiques. L'autre jour au Queen Kong Club, on a eu l'occasion de s'en réjouir plutôt deux fois qu'une : après la projection d'un documentaire fort intéressant sur l'underground vancouverois (coucou Nü Sensae), MAGNETIX et CATHOLIC SPRAY y sont allés de leurs vociférations sur la petite scène. Nous + les 10-12 autres personnes présentes avons fortement apprécié ces prestations de gros excités. Et surtout, nous avons rencontré les plus jeunes d'entre eux (Catholic Spray donc) peu après. Cela a donné lieu à une tentative d'interview complètement foireuse dont voici les éléments saillants :


INTERVIEW CATHOLIC SPRAY

"On est tous de vrais branleurs"
Bon, d'accord, c'est nous qu'on a commencé : "Alors comme ça vous êtes juste des branleurs qui grattent pour pécho des meufs?" et ils n'ont pas trop apprécié. "Mais c'est quoi un branleur au juste? Un mec qui fout rien? Dans ce cas on n'est pas du tout des branleurs parce qu'on fait tous quelque chose." Pas faux : en à peine un an et demi, Catholic Spray a déjà sorti une K7 (Fruits Of The Moon) et un LP (Amazon Hunt) et tourné en Europe de l'est. Mais il y a aussi eu des tentatives manquées. Une cassette avec le super label Moon Glyph par exemple: "On a des amis qui nous ont mis en contact et on leur a envoyé les démos mais on n'a pas eu de réponse. Si ça se trouve ils ont détesté." Reste que si proposition il y a, le filon se laisse sûrement creuser. En attendant de signer ailleurs ("C'est votre but ultime?" - "OOOH OUI"), ils crèchent chez Inch Allah Records "le meilleur label du monde" et lâchent de l'info cruciale "il parait qu'ils ont des grosses bites".



21.11.11

Canicule


Mars Red Sky
Mars Red Sky

Parfois, dans la pénombre des caves bordelaises enfumées, on peut entr'apercevoir une petite silhouette toute discrète. C'est Julien Pras, et sa taille n'empêche pas qu'il en impose plus que beaucoup, beaucoup d'autres sur la scène locale et au delà. Il a acquis tout le respect qu'on lui accorde avec son groupe de folk-pop Calc, qui a commencé à la fin des années 90. Pourtant, malgré son passé musical et sa tête définitivement sympathique, Julien Pras fait aujourd'hui dans le gros rock bien puissant, au sein du projet Mars Red Sky. Le nom vient d'une chanson de Sleep, ça annonce assez bien la couleur.

Avec le bassiste Jimmy Kinast et le batteur d'Alba Lua Benoît Busser, ils font dans le stoner psychédélique, sans jamais s'être dit qu'ils allaient jouer ça. C'est arrivé. L'alchimie entre ces trois là a vite fonctionné, et après avoir délivré pas mal de concerts et fait des ravages pour nos oreilles par la même occasion, ils sont partis enregistrer un disque. Leur album de sept longs et lents titres caniculaires est sorti il y a plusieurs mois, mais -sacrilège- on n'en avait pas parlé ici. Oui, "caniculaires", on se croirait dans un désert sous un soleil harassant. La formule de Mars Red Sky ? Des guitares de plomb avec une incroyable voix aérienne (celle de Julien Pras). C'est ce savant mélange qui constitue le principal intérêt du groupe et n'en fait pas une énième formation stoner classique et ennuyeuse. Leur son est massif, couillu mais jamais bourrin.

Mars Red Sky est d'une extrême cohérence, sans être trop uniforme. Les archi-efficaces "Curse" et "Strong Reflexion" offrent des guitares saturées, ça fuzz à tout va et on comprend mieux l'intérêt de toute la collection de pédales qu'on peut voir à leurs concerts. Mais il y a aussi des moments où l'on respire davantage sous ce ciel rouge brulant, comme l'instrumental "Saddle Point", un étonnant morceaux très psychédélique, ou le beaucoup plus posé "Up The Stairs", où la partie vocale est plus mise en avant qu'ailleurs.

18.11.11

"I'm walking with Jesus and life is so great"

Ca commence avec des hurlements affreux, cinématographiques, histoire de bien te mettre en confiance. Un peu plus on croirait Screaming Lord Sutch. Mais non, The Awkwards sont beaucoup plus pressés de te faire swinger. Et leur album, paru au début du mois, est bien chouette dans le genre guitare-chant strident-groove disco-zouk punk (oui oui). A découvrir sur scène également - lors d'un festival suisse pluvieux ou bien à Los Angeles.

THE AWKWARDS
Millenium Castle

Comme une pellée d'autres, les Awkwards sont originaires de Vevey. Et depuis quelques années, ils ont enchaîné les concerts histoire de se faire un petit nom dans la région et au delà. Avec pour seul bagage deux démos quasi confidentielles et un clip mettant en scène une espèce de lampe boule en papier mutante, ils se sont notamment produits à Berlin et à Paris. A la rentrée, ils ont même fait une mini-tournée Outre-Atlantique. Elle n'a pas fait un buzz digne de celle de La Femme, mais leur a permis de se faire remarquer par un ou deux blogs un peu perplexes devant cet ouragan sautillant. Bref, jouissant d'une certaine réputation, il était plus que grand temps que la bande se fende d'un album. D'où Millenium Castle.

On y retrouve les jeunes brigands pas fatigués pour un sou par le passage au studio, décrit comme une "épreuve" par le communiqué. L'enregistrement aurait en effet profondément modifié l'approche  des musiciens et mûri les compos. Normal. Mais fort heureusement, on s'en tire avec un version 2.0 dans laquelle la fougue n'a pas pâli. Les trois premiers titres ("Rat Kids", "Blanket" et "Falcon") par exemple, tombent comme une rafale et assènent des tapes que nos hanches ne sauraient ignorer. Par la suite, la cadence varie, le chant se fait plus contrasté - parfois à la limite du parlé/scandé - et on a même des plages sombres et à peine envoûtantes à donner des frissons ("Fighting Love" - également en version 1.0.Ghetto sur notre premier 8tracks). D'ailleurs, un des meilleurs moments de l'album repose sur un de ces changements d'ambiance parfaitement maîtrisés: quand "Epic Stalion" (à l'intro un tantinet "New Ice Age", au chant à peine lynchien) passe à la joyeuse ritournelle "Foghorn" pop comme il faut, on a juste envie d'embrasser le monde entier.

16.11.11

TROIS !

En cet heureux jour, TEA fête ses trois ans, oui, déjà. 
C'est super, on n'aurait jamais imaginé, en lançant le bébé, tenir si longtemps. D'autant plus que pas mal d'autres blogs/webzines ont arrêté la bataille avant d'atteindre cet âge. On est trop contentes et on a décidément pas envie d'en rester là, et ça c'est surtout grâce à vous les lecteurs chéris. Vous êtes notre principale motivation. On adorerait faire la fête avec vous tous pour notre anniversaire, mais malheureusement dans l'immédiat ce n'est pas possible. Pour compenser, on a fait une petite playlist spéciale, avec dedans des chansons qu'on aimerait vous passer pour que vous dansiez un soir avec nous...

Bisous

A et M, de la TEAm


⁂ 
Pulp - Disco 2000
Of Montreal - Gronlandic Edit
The Human League - Do or Die
Boy Crisis - Dressed to Digress
Grauzone - Eisbär
Casiokids - Fot i Hose
MEN - Credit Card Babie$
 Don Armando - I Am an Indian Too
Stacey Q - Two of Hearts
Golden Silvers - Arrows of Eros



Si vous nous le demandez gentiment, on peut la mettre sur mediafire.

10.11.11

Dans la famille Crâne Angels, je voudrais...


Vendredi dernier c'était trop la fête : les Crâne Angels faisaient leur release party au Krakatoa à Bordeaux. On s'est bien amusé. La chorale pop bordelaise composée de pas moins de treize joyeux lurons avait invité à jouer avec eux Magnetix, Julien Pras, et une trentaine de personnes, la temporaire "Armée des Anges", pour chanter tous en c(h)oeur les morceaux du premier album des Crâne Angels, qui répond au doux nom de Sylphide de Brighton. Nous vous prions de l'écouter ici et d'apprécier, parce que c'est la meilleure chose qu'ils aient enregistrée. Néanmoins notre amour pour les Crâne Angels ne sera jamais aussi grand que lorsqu'on les a face à soi en concert. Voir ces treize là chanter et jouer et s'amuser tous ensemble, ça rend complètement niais et amoureux de l'humanité. Les docteurs devraient prescrire une dose régulière de Crâne Angels pour les gens malheureux. 

Au début de cette soirée au Krakatoa, on a pu avoir un bref aperçu des nombreux side projects des membres du groupe. C'était chouette mais trop court, alors autant explorer un peu plus en détail les perles d'Iceberg, le collectif derrière lequel se cachent les Crâne Angels et qui a lui seul prouve le dynamisme de la scène musicale de Bordeaux - ça fait plaisir à voir. Bon, il est fort à parier que j'ai oublié des projets, il y en a tellement. Je suis disponible pour toute correction. 

DANS LA FAMILLE CRÂNE ANGELS JE VOUDRAIS...

Botibol 
On peut faire du folk même si l'on n'habite pas à Clermont-Ferrand, Vincent Bestaven en a apporté une jolie preuve en sortant cette année chez HipHipHip son premier album, Born From A Shore, qui a certes eu un succès discret, mais a été reconnu par la critique, parce que c'est beau quand même. On aime beaucoup aussi l'artwork par Havec, qui, surprise, fait partie d'Iceberg. 

JC Satàn
Allez, c'était obligé qu'un des projets autour des Crâne Angels soit du garage, on est à Bordeaux après tout - et JC Satàn c'est exactement le genre d'énergie et de son cracra dont les caves ici raffolent. Le groupe italo-bordelais (sisi) a sorti un nouvel album, Hell Death Samba, cet octobre chez Slovenly Recordings. Ah, et le mec avec plein de petits tatouages sur les bras joue aussi dans Hoodlum dont on avait brièvement parlé ici.

7.11.11

Une alimentation équilibrée

Gaspiller un temps monstre à mettre de l'ordre dans sa bibliothèque Itunes a parfois de vrais avantages (outre la satisfaction d'avoir toutes les pochettes dans son Cover Flow). Ce matin par exemple, j'aurais dû potasser mon cours de statistiques, mais, en cherchant la bande son de ma matinée studieuse, je suis (re)tombée sur Food Pyramid. Et ça tombait vraiment à pic: pas trop envahissant mais pas trop répétitif non plus. Calme, mais avec juste ce qu'il faut de basse pour tirer l'ensemble en avant. Et planant, avec des relents cosmiques et un sérieux bagage kraut à la Neu!/Tangerine Dream - inutile de préciser que je me suis immédiatement précipitée à la recherche d'infos sur ma nouvelle passion au nom impossible à googler. Les statistiques, ça sera pour plus tard.


FOOD PYRAMID

L'histoire de Food Pyramid commence il y a bientôt 2 ans, avec la rencontre fortuite de trois gars à Minneapolis qui se mettent ensemble pour "faire de la musique électronique et des performances live afin d'entrer en contact avec une dimension interstellaire qui se manifeste dans le son et la lumière". Rien à voir avec la bouffe. Mais le ton est dans l'ironie et un peu plus loin, on retrouve des ambitions plus banales: "faire de la musique cool pour des gens biens" - normal. Résultat des courses: Food Pyramid créent un amalgame équilibré de genres lancinants. En résulte de la musique pour chevaucher des licornes sur une route droite. Ou pour voyager d'une galaxie à l'autre par la force de son esprit tellement qu'on est des gens spirituels. Le topo est  assez bien illustré dans la vidéo ci-dessous:


4.11.11

"Are you laughing, or are you crying?"


David Lynch 
Crazy Clown Time 


Longtemps, j'ai cru que David Lynch était complètement surévalué et que les gens l'admiraient juste parce que ça fait bien de dire qu'on est fan de lui, alors qu'en vrai ces connards ne pigeaient que dalle à ses films qui de toute façon étaient volontairement incompréhensibles pour nous embêter. Et puis j'ai découvert Twin Peaks. Depuis le monsieur m'est beaucoup plus sympathique, même s'il y a encore pas mal de trucs qui m'énervent en lui, comme le fait que ses films me frustrent la plupart du temps ou encore qu'il a un délire un peu flippant sur la méditation transcendantale et la paix dans le monde. Le nouveau dada de Dada, c'est de sortir un disque. Enfin, ce n'est pas vraiment une soudaine lubie de sexagénaire, puisque ce n'est pas la première fois qu'il s'immisce dans la musique. Il a toujours su s'entourer pour ses BO, Angelo Badalamenti en tête (et si on fait abstraction de Rammstein dans Lost Highway) et il avait déjà fait quelques petits projets musicaux. Mais c'est bien la première fois qu'il se construit un studio et se targue de sortir un album solo qu'il écrit, joue et produit entièrement. L'affaire s'appelle Crazy Clown Time et contient pas moins de quatorze titres. 

Crazy Clown Time semble être le prolongement des expérimentations cinématographiques de Lynch,  il s'affranchit des règles de la musique pour créer un disque aux ambiances, styles et techniques variées.   On retrouve donc fatalement l'homme là où on l'attendait : dans des ambiances inquiétantes, glauques voire carrément malsaines, comme le perturbant "Crazy Clown Time" où une voix aigüe et torturée du réalisateur lui-même se mêle à des gémissements féminins et une batterie minimaliste. Le morceau serait du pur génie s'il n'était pas si long. Dans le genre chelou, "So Glad" est très fort aussi, avec de charmantes paroles qui font "I'm so glad you're gone / free in my house / free at last", "please don't come back", ok, pour la chanson d'amour on repassera. On reconnait également bien la patte de David Lynch dans ses titres bluesy déglingués, tels "I Know" et "The Night Bell Will Lightning" où l'on s'attend à voir Audrey Horne débarquer d'un moment à l'autre. Et si l'on ne trouve pas de Julee Cruise au casting, on a au moins Karen O, des Yeah Yeah Yeahs, qui pose sa voix sur la chevauchée (discrète, la chevauchée) inaugurale "Pinky's Dream", où la brune s'amuse sans en faire trop pour une fois.
"Crazy Clown Time" 


"Pinky's Dream" 

"The Night Bell Will Lightning"

1.11.11

Swiss dream

Je n'aurais pas parié un seul kopeck sur Gardens & Villa, énième groupe de jolis garçons poids-plume boxant en catégorie indie. Et puis je les ai vus à l'Amalgame mardi dernier et puis ça a (presque) tout changé. Maintenant, Gardens & Villa, c'est un nouveau truc cool pour réchauffer l'automne. Une bonne surprise combinée au plaisir rare de découvrir un groupe en live alors que de prime abord, il n'a l'air de rien. Et d'évaluer au passage ce que les chouettes Lucernois Dans La Tente valent sur scène. 


GARDENS & VILLA + DANS LA TENTE 
@Amalgame, Yverdon 25/10/11 

Débarqué de Santa Barbara dans la fraicheur d'Yverdon, Gardens & Villa réalisait pour la première fois son "swiss dream" sous le crachin. Visiblement ravis par le froid, l'humidité et le temps gris si exotique, les gars ont livré un concert à l'opposé de la météo environnante, soit énergique et chaleureux. Ou peut-être était-ce justement pile poil conforme à l'atmosphère californienne qu'on s'imagine ensoleillée et dont ils sont issus? On ne saurait trancher. Toujours est-il que leur pop mâtinée de synthés a mis les humeurs au beau fixe tant il transpirait l'enthousiasme. Je me suis  surprise à hocher du chef sans le faire exprès tout en me rinçant copieusement l'oeil - petit relent adolescent du temps où un joli minois dans le groupe était de rigueur pour mériter l'attention. 

Bref, pour peu, j'aurais pu classer l'affaire Gardens & Villa sitôt de retour à la maison et le soufflé retombé. Le cliché gratouille sans cesse l'oreille et les gars pourraient fort bien n'être qu'un groupe parmi tant d'autres, appliquant la formule gagnante du succès éphémère. Somme toute rien de bien intéressant. Et pourtant, au fil de l'écoute (post live, donc) on se surprend à trouver aux gaillards une petite pincée d'ironie et quelques bonnes idées d'arrangement qui font toute la différence. En témoignent les descentes de tom et tout un tas d'effets synthétiques joués avec brio par le plus mignon/sautillant de la bande ("Spacetime", "Orange Blossom" et cette photo mais on distingue pas trop la bogossitude), le condensé bien digéré de tout ce qui a bien fonctionné sur la scène indie ces dernières années (mélodies un peu naïves et entraînantes, fortes lignes de basse et percus tendance africaine-bongo-tambourin), le tout habilement agrémenté d'un zeste de flûte (tirée d'un carquois en bois sur le dos du chanteur) qui remplace la voix quand elle nous lasse.