L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

30.1.11

Echos suisses

Un des trucs qui m’a mise le plus en rogne dernièrement, c’est l’annulation des Raptures à Garorock. Ca fait un moment qu’ils tournent au compte goute et, bien évidemment, ne s’arrêtent jamais aux endroits où je vais, moi. Je trouve ça peu courtois (non mais surtout quand je fais le déplacement jusqu’à Bordaux, quoi). Bref, j’en étais à m’énerver stupidement lorsque j’ai découvert General Thoughts and Tastes dans ma boîte aux lettres. Et je peux vous dire que la dernière galette des Suisses Honey For Petzi m’a un peu réconciliée avec la vie. Même si bon, hein, j’attends toujours de voir Luke Jenner et sa bande sur scène.

HONEY FOR PETZI
GENERAL THOUGHTS AND TASTES

Il paraît que Honey For Petzi existe depuis plus de dix ans. Un bail ! Et pourtant, je sais pas trop comment, j’ai réussi à passer à côté. Grave erreur. Quoi que, non. En fait, je sais pas trop, j’ai pas vraiment eu le temps de me plonger dans leur passé math-rock pour me faire une idée claire du chemin parcouru (si ça vous intéresse, lisez donc les papiers de Christophe Schenk ou Pierre Raboud). Quoi qu’il en soit, leur dernier album est une petite perle qui n’aurait rien à envier à un Echoes par exemple.
L’intro de "Endless Sea" justement, me fait penser à celle du titre des Raptures (celui qui est au générique de Misfits, classe) : gros riffs de guitare et batterie de bourrin - du postpunk en règle. La même avec "Old Enough". Mais la donne change par la suite et on voit miroiter les diverses facettes du groupe sous des lumières plus pop et colorées. Le génial "Made Of Concrete" n’est qu’un exemple parmi d’autres de la soif d’expérimentation du trio. Genre les claviers, les claps claps et ce clip avec ces images d’ouragans, ça change du vaporeux + images retro-sucrées-tumblr qu’on nous sert à la louche ces derniers temps. 


Cela dit, ce que je préfère chez ces Lausannois, c’est clairement la batterie, bien assise, qui donne corps à toute la galette : à ce titre, "Handmade Cloaks" pourrait bien être ma préférée, dans la lignée d’un "Memo to the Man" de Zach Hill. Après, j’ai beau dire, mais j’aime aussi beaucoup l’interlude  "Curtains". Un dialogue de guitares qui sonne comme un concert de cloches d’églises dans un bled paumé. Méga joli.
En somme, General Thoughts and Tastes est un super disque à mettre entre toutes les mains. Une preuve parmi d’autres que la scène musicale suisse (en tout cas du côté du Léman) est en bonne forme. Un peu comme celle de Bordeaux, mais en plus petit quoi.

26.1.11

Busy

Avec une moitié de la TEAm à Londres, l’autre en pleins examens, on actualise peu et c’est mal. Alors au lieu de faire un mea culpa naze et sans intérêt, je vous laisse méditer quelques extraits de ce que j’écoute en ce moment en attendant des temps plus favorables aux articles construits et pleins de substance. (Cela dit, si on vous manque vraiment, vous avez qu'à farfouiller dans nos archives aussi.)


DIE SELEKTION

Alors là c’est ma découverte du jour (merci aux copains de chez DCD) – trois Allemands à peine sortis de l’école qui se rassemblent autour d’un synthé et d’une trompette pour un mélange cold-wave-pop ponctué germain. Je sais, cette définition est absurde mais quoi qu'il en soit, Die Selektion ist wunderbar.
Cela dit, l’ensemble n’est pas sans rappeler le chouettos album d'Ytro - téléchargeable en cherchant bien ici - un mystérieux groupe russe avec lequel les jeunots joueront en avril à Stuttgart. Le monde est petit.

Steine auf dein Haupt by Die Selektion
Du rennst by Die Selektion

DIRTY BEACHES

Il a buzzé avec son "Lord Knows Best" basé sur un sample de Françoise Hardy et j’avoue que je suis accro. J’attends toujours et encore la livraison de sa cassette "Night City" commandée ici (l'endroit même où Blanche Blanche Blanche prévoit de sortir son LP, le monde est petit, bis) avant de pouvoir vous en dire plus. Quoi qu’il en soit, gageons que Alex Zhang Hungtai sera un des noms à suivre cette année (et puis si ça vous intéresse, vous en apprendrez plus sur son compte chez Teresa).

17.1.11

"Ne rejoignez jamais un groupe"


Tu vois ce gus au regard effrayant ? Ben c'est Oliver Ackermann, le chanteur et guitariste des noisy New Yorkais A Place To Bury Strangers. Mais ce qui est plus flippant encore, c'est que juste avant, sur scène (au BT59 à Bordeaux), il avait engagé un combat de guitare avec son bassiste (et avait perdu), et failli reverser un ampli, tout casser quoi. J'avais peur de me retrouver face à un garçon inquiétant, dangereux et muet. Mais en fait non, il a été extrêmement gentil, m'a filé une bière et m'a raconté plein de choses un peu folles qui lui sont arrivées. D'ailleurs la photo ci-dessous vous montre le fort potentiel sympathie d'Oliver : 

INTERVIEW A PLACE TO BURY STRANGERS

TEA : As-tu aimé le concert ?
Oliver : Ouais ça allait.
Pas trop fatigué ? Parce que tu sembles donner pas mal de ton énergie sur scène...
Hmm. Je ne sais pas. Non. Nous n'avons pas beaucoup dormi ces deux dernières semaines mais peu importe (il hausse les épaules), nous avons l'habitude. Je suppose que je vais bien.

Qui a fait les visuels du concert ?
Je les ai fait.
Vraiment?
Oui c'était bien ? Je n'ai jamais l'occasion de les voir, donc je ne sais pas si c'est bien ou pas.

Vos chansons sonnent très sombres, de quoi parlent-elles au juste ?
Oh, de plein de choses. Comme des réflexions sur la vie... C'est un peu un projecteur sur les moments et les émotions intenses de la vie, comme quand je suis vraiment déprimé ou vraiment heureux de quelque chose. C'est assez personnel.

Vous êtes censés être le groupe le plus bruyant de New York, tu n'as pas de gros problèmes d'audition ?
Non, je ne sais pas, je ne pense pas. Je joue de la musique très très forte depuis très très longtemps mais... (un type bourré arrive dans la salle en criant) Piss off! (rires). Donc je pense que je suis sûrement chanceux. Tu sais il y a beaucoup beaucoup d'amplis dans ma maison et c'est tellement marrant de les allumer tous et de jouer comme ça dans un pièce pas plus grande que celle-ci (Et la loge n'est pas bien grande). Donc peut être que ce sont juste mes oreilles qui sont faites de métal ou un truc du genre. Ou peut être que j'ai perdu toute mon audition et que je ne le sais pas. J'en sais rien.

Vous avez sorti un EP cette année, je suppose donc qu'un nouvel album est en préparation ?
Ouais, je ne sais pas pourquoi on tourne encore en fait... Nous n'arrêtons pas de sillonner les routes, ce qui est assez chouette, j'aime faire des concerts, mais nous n'avons à peine l'occasion d'être à la maison. Tu vois on a commencé à enregistrer le prochain disque mais nous n'avons pas de pause pour le faire réellement. Mais peut être l'année prochaine... Nous sommes sur la route en non-stop depuis genre 2007. C'est assez dingue. Nous avons eu environ deux mois de libre pour faire notre dernier disque, c'est pas beaucoup. Et depuis nous avons dû avoir maximum deux semaines à la fois. Mais cette année nous avons janvier et février de libre, peut être même jusqu'à mi-mars. Mais tu sais, par exemple pour cette tournée, notre manager nous a fait « Les mecs vous voulez jouer en France pour genre neuf jours ? » Et nous on a dit « Ouaiiiis ! Ça a l'air cool. » Et après, on te propose une tournée mais de 28 dates, et ainsi de suite... Mais peu importe, c'est marrant. Nous sommes heureux de ne pas avoir vraiment à se soucier de ce qui se passe. Heureusement, parce que ça pourrait te rendre suicidaire, c'est vraiment fou.

14.1.11

Petits cons

Désolée d'avoir à te dire ça comme ça, mais tu as déjà raté ta vie.
Ben oui, à 20 ans, tes occupations se limitent à foirer tes partiels, aller à des concerts, trouver un CDD à McDo, ou encore passer des lustres à bosser une chanson tout seul dans ta chambre même si tu sais déjà que personne ne l'écoutera. Loser.
Alors qu'à ton âge, les Smith Westerns, ils sont sur Pitchfork, apprennent l'existence de nouveaux pays en tournant un peu partout, et sortent leur deuxième album ce mois-ci.


Smith Westerns
Dye It Blonde

En 2009, alors que tu ruminais contre ce gus qui venait de renverser du vin sur ton perfecto, les quatre chicagoans sortaient déjà The Smith Westerns, une réjouissante première galette un peu trop lo-fi qui leur avait valu un honorable 7.7 sur Pitchfork, quand même. Bonne nouvelle, pour leur second effort, ils ont investi dans un vrai studio et c'est vachement mieux. La formule, ils ne l'ont pas vraiment changée, du glam et du garage avec des paroles simples qui causent surtout filles. Mais dans Dye It Blonde, il y a nettement plus de tubes en puissance, des morceaux à passer en soirée et à chanter à tue-tête avec tes amis alcoolisés qui confondront toutes les chansons mais s'en foutront (c'est vrai que tout se ressemble un peu dans ce disque). Citons comme ça le single "Weekend" qui tourne déjà pas mal chez les gens bien, "Still New" et ses guitares qui gémissent, le génial refrain de "End Of The Night", le slow pour pécho "Smile"... Tout l'album peut y passer. 

"Weekend"
"Still New"

"The End Of The Night"


Ce n'est même pas étonnant d'apprendre qu'ils sont amis avec Girls, leur son se rapproche assez de celui des concerts des San Franciscains, l'insolente jeunesse en plus. Les Smith Westerns sont rien moins que des petits cons qui ont vraiment réussi leur coup. Peut être bien que dans quatre mois on ne les écoutera même plus, mais en attendant Dye It Blonde peut tourner en boucle jusqu'à épuisement.

Et en fait t'as de la chance que les Smith Westerns soient pas trop canons, sinon ta copine serait déjà partie.

5.1.11

Blanc Bizarre

Salut salut, c'est l'hiver, il fait froid donc pour te réchauffer, on t'a dégotté un petit groupe bizarre blanc comme neige (alors qu'au fond, c'est trop nul, parce que même en Suisse il n'y a plus de neige).

BLANCHE BLANCHE BLANCHE 

Au départ, il y a deux vidéos, pas très belles, pas forcément originales. Et puis il y a ce son et ce nom qui interpellent. Blanche Blanche Blanche sont bizarres et même s'ils ne vont sûrement pas changer ta vie, l’aura de mystère qui entoure cette musique un peu atypique suffira peut-être à te captiver un moment. Surtout quand on te dit que TEA, dans son incroyable bonté, te lâche 2 morceaux à télécharger. Sisi, parce que, gentilles comme on est, on a enquêté sur le duo ricain et, en passant par le site très laid de Zach, on en a appris un peu plus sur le projet :


Blanche Blanche Blanche c'est un duo, un couple pour être précis. Dedans t'as l'homme à tout faire, Zach, qui compose et joue tout. Ensuite y a sa meuf, surnommée Carl, qui incruste sa voix. Ensemble, ils écument les petites caves et diners entre amis dans le Vermont, ils ont déjà fait des cassettes sous le nom de Sord et même que Zach a encore un autre groupe qui s'appelle Heat Wilson. Se faire connaître sur internet via Myspace, Bandcamp etc. ne les intéresse pas. Ils ne font que bidouiller des machines dans leur temps libre tout comme moi, ben je joue du violon seule dans ma chambre, c’est tout. Le résultat est intéressant et tient plus des expérimentations « work in progress » que de chefs d’œuvre géniaux. Quoi qu’il en soit, ça change, ça gratte un peu dans la playlist itunes et on adore. Pile poil ce qu’il faut pour démarrer une nouvelle décennie qui, on l’espère, nous amènera du nouveau. Plus nouveau encore que le Gameboy première génération dans « Tragic Bios » et ces voix monocordes ballotées au gré des rythmes d’apparence un peu aléatoires. On cherche encore.

3.1.11

Prends le bus

Il paraît que les Français sont les gens les plus déprimés du monde en ce début d'année. Ça c'est parce qu'ils n'ont pas chanté du Robbie Williams au réveillon, et aussi parce qu'ils n'écoutent pas en boucle La Femme.

Sans exagérer, La Femme est l'un des groupes français les plus excitants du moment. Derrière ce nom impossible à googler, on trouve une chanteuse et des garçons, entre Biarritz et Paris, qui font du surf rock parfait pour danser. Les paroles sont en français (oui oui), les synthés sont so 80s, et le tout est répétitif sans pour autant être ennuyant. 

La Femme a sorti l'EP Le Podium #1, un petit bijou que vous pouvez acheter sur Bandcamp pour pas bien cher. La chanson inaugurale "Sur La Planche" est tellement entêtante que ça me donne envie de prendre tout de suite le bus pour Lacanau, même si je ne sais pas du tout surfer, sauf sur Chrome. "Telegraphe" et "Françoise" sont un brin plus sombres, toujours aussi plaisantes. 

Mais La Femme a d'autres cordes à son arc : un hymne arty aux transports en commun avec des paroles scandées comme un manifeste : "Prends le bus, prends le bus, anti taxi !", une chanson et un clip X, et encore un autre morceau entraînant, plus ville que plage malgré son titre, mais où on n'entend pas grand chose du texte. 

La Femme a aussi l'air tellement bonne en live qu'on a hâte qu'elle rentre des USA (où elle tourne actuellement) pour la croiser dans nos salles françaises. 

Alors si avec une telle simplicité et une efficacité pareille La Femme ne devient pas huge en 2011, je mange ma veste en jean.