L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

30.6.11

27.6.11

"All I need is nice a cup of tea and to sit down. YO YO YO"

Bien sûr, j'aurais pu vous parler de l'archi-décevant nouvel album de Patrick Wolf, ou encore du retour de Tom Vek alors qu'on l'avait complètement oublié depuis le temps. Mais en fait j'ai carrément la flemme et préfère me reposer un verre de thé glacé à la main. D'ailleurs ça m'a fait penser qu'il n'y a pas eu ici de revue du web spéciale thé depuis un bon moment. Rattrapage :

Autant vendre du rêve dès le début histoire de vous captiver avec ce clip d'un rappeur qui clame son amour pour le thé. Mention spéciale aux costumes sachets, je prends note pour ma prochaine soirée déguisée.   

Puisqu'on est dans les vidéos, y a un truc qui devrait trop plaire aux vieux, aux gens qui aiment les choses jolies, qui sont proches de la nature et ont un jardin : des fleurs-thé qui éclosent dans la théière, hanlalala c'est trop poétique.


Ça par contre, c'est super joli. 


Dans la famille accessoires de grosses feignasses je voudrais le minuteur à thé, qui retire le sachet de la tasse au bout du temps qu'on lui a indiqué au préalable. Bonus : cet objet inutile est aussi un pingouin.  



25.6.11

"This Nigga's Tight"

On connaissait le romantique fleuri, l’espagnol lubrique, le musicien solo et l’amateur de petits déjeuners. Maintenant, on l’a aussi vu en vrai et on peut vous dire que Sutja Gutierrez n’est pas le déprimé taciturne que l’on imaginait. Bien au contraire, il est très gentil et même drôle. Récit d’une soirée au Treibhaus de Lucerne (accessoirement organisé par notre poteau Guerolito et son crew Erasedtapes) où il jouait la première partie d’Austra. C’était cool.


SUTJA GUTIERREZ + AUSTRA
@TREIBHAUS, LUCERNE

Sale temps.
Accueillie par une pluie torrentielle à Lucerne, je suis à deux doigts de regretter d'avoir fait le trajet quand on m'annonce que Austra, eux, sont bloqués par quelque ouragan en Allemagne. Gros vols planés de déchets sur la carriole et arbres sur la route, parait-il. Donc finalement, ça va, je me trouve pas si mal lotie avec mon parapluie. D'autant plus que le Treibhaus est vraiment facile à trouver même pour une personne totalement dépourvue du sens de l'orientation et même avec un plan naze griffonné à la hâte sur un bout de papier.
Une fois arrivée, je découvre Sutja, tranquillement accoudé au bar. Il est chaleureux, assez petit, plutôt joli et tousse beaucoup aussi. Il attend qu'on lui serve son Panini. Selon lui, il y a trop d'oignon ou pas assez de viande dans les menus du jour. Quant à la météo, elle lui plait plutôt bien. Pour quelqu'un qui habite à la mer, un tel déluge est au fond assez exotique.

"Swagging Around"
En fait, l'espagnol a tout compris. Pendant que le reste de l'équipe crève la dale dans les backstages en attendant les canadiens, il a le ventre bien rempli. Du coup il se marre. Et nous avec, après nous être lancés dans un délire de vidéos-lol du net pour tuer le temps. Parmi elles, cette fabuleuse interview des Odd Future dont les perles de citations vont ponctuer toute la soirée:

"And doo too doo loo too!"

21.6.11

Lattes

On ne compte plus les paires connues. Paires de manches, paires de ciseaux, et même paires de musicos. Des duos, des couples, des frères, des amis, deux personnes ensemble qui font du bruit, y en a partout. Pour n'en citer que des cools, on a par exemple Elli et Jacno, The Black Keys, Schwefelgelb, Überreel, First Aid Kit, The Black Box Revelation, The Kills, Girls, The Fruhstucks, et les nouveaux venus: Monoski. Ces derniers ont récemment sorti leur premier LP No More Revelations, compilation des talents des suisses Lionel Gaillard et Floriane Gasser. On l'a bien aimé, et surtout, il nous a rappelé un autre disque super cool et grand absent de TEA en 2010: Tweak Bird. On profite donc de l'occasion pour dire notre amour des frères Bird sans oublier de chanter les louanges d'un jeune groupe qui le mérite bien.


MONOSKI
No More Revelations

Tout d'abord, parlons du monoski, l'objet, soit le truc le plus ringard des pistes qui emmerde tout le monde dans les files d'attente pour le téléski. C'est un peu dommage parce que le nom est fun. Mais franchement, le mec qui a inventé la chose devait être un peu sadique ou alors super fort à la course que tu fais gamin, les lacets de chaussures attachés entre eux. Perso, j'ai jamais compris quel plaisir il y a à avoir les deux pieds liés (à part en ce qui concerne le chapitre "sirènes") et encore moins comment on faisait pour se mouvoir avec. Mais bon,  heureusement, il existe aussi des fusions plus réussies comme, à tout hasard, Monoski, la paire.


Né de la collaboration de deux helvètes exilés à New York, le groupe est aujourd'hui de retour au pays et produit par le label Rowboat. Un mec à la guitare, une meuf à la batterie, des voix qui s'alternent et surtout, ce bon gros son dense, voilà l'essentiel de ce qu'il faut savoir du tandem. Sur l'album comme en live, on est soufflés par la force sombre que dégagent des morceaux comme "Empty Jail", "Black Lamps" ou encore "Prohibition Song". Une puissance sonore qui est pourtant le fruit de riffs plutôt simples et d'une sacrée dose de grosse caisse. Comme quoi, on n'est pas toujours obligé de faire compliqué pour faire bien - citation très bateau qui résume malgré tout assez clairement ce qu'on retient de No More Revelations : simplicité, rock (ou "post-rock" si on préfère) entre stoner et garage et une envie de secouer la tête de haut en bas en fermant les yeux tout en se prenant du pâté dans la gueule. Somme toute la seule association qui mérite de porter un nom qui sonne aussi bien.

De l'autre côté de l'Atlantique, on connaissait déjà un duo du genre, les pré-cités Tweak Bird qui ont sorti en 2010 un album éponyme jouissif pour quiconque apprécie la formule batterie + guitare (cf. feu les White Stripes). Cela dit, bien que consommatrice acharnée de ladite galette, je n'ai pas fléchi un seul instant en découvrant No More Revelations. En effet, les différences entre les deux LPs sont assez marquantes pour qu'on ne se lasse ni de l'un ni de l'autre. Tandis que les ricains expérimentent à coups de cuivres, de bidouillages électroniques et de "aaaah aaaah", Monoski se révèlent, quant à eux, plus aventureux dans l'érection d'une espèce de magma sonore qui s'efface parfois pour laisser place à des intermèdes faussement calmes et un rien oniriques ("Everybody's Going Home"). Sur Tweak Bird, ce genre de pause est simplement squatté par le saxophone. En parallèle, les Helvètes s'avèrent également très forts en variations de pulsion, répartition voire superpositions de voix, et alternance entre chant et quasi-parlé - Un jeu subtil auquel les Bird s'adonnent moins car occupés à insuffler un brin de psyché dans la bouillabaisse stoner.


Au final on ne saura trancher entre No More Revelations et Tweak Bird et c'est tant mieux, parce que ce qui compte, au fond, c'est que ces paires là arrivent à faire un sacré boucan et ce, même en petit comité.

16.6.11

"Sex with Ringo Starr"


John Maus
We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves 

Artiste hautement respecté et apprécié pour certains, John Maus est totalement inconnu des autres (et les autres sont nombreux) bien qu'il ait été musicien pour de très nobles gens tels qu'Ariel Pink et son Haunted Graffiti (qu'il a rencontré pendant des études à LA) ou encore Panda Bear. Depuis 2006 et la sortie de son premier album (Songs), on commence à davantage s'intéresser à cet homme, et c'est un sacré personnage. John Maus, 31 ans, était aussi professeur de philosophie à Hawaï et il étudie pour avoir un doctorat en Sciences Politiques. Il a des paroles intrigantes comme "sex with car (...) / sex with movie star / sex with Ringo Starr" et il suffit de regarder des interviews de lui gesticulant et parlant dans tous les sens pour se rendre compte que l'Américain a l'air d'être aussi intéressant qu'étrange. Quant à ses performances scéniques, elles semblent assez folles. Ce mois-ci sort chez le label londonien Upset The Rythm le troisième album de Maus, sobrement intitulé "We must become the pitiless censors of ourselves".

John Maus s'est dit d'avance insatisfait de ce disque. Il a l'impression d'avoir répété ses deux précédents albums sans se réinventer, et il songerait à faire dans l'expérimental à l'avenir. Comme si sa musique actuelle n'était pas déjà singulière. Sa marque de fabrique ? Plein de vieux synthés, toujours des synthés, et une voix extrêmement grave et froide, parfois martiale, parfois plus aérienne. Voilà la pop selon John Maus, et effectivement, ce nouveau disque ne déroge pas à la règle. Oui, il ressemble à Songs et Love Is Real (2007), mais il faut croire qu'on n'en a pas encore eu assez, puisqu'on arrive à trouver ce troisième LP tout aussi réussi et qu'on le réécoute volontiers même s'il est un peu trop sombre pour cette saison. 

L'ensemble de l'album est assez cohérent pour qu'on ne remarque pas plus un morceaux qu'un autre, ou presque. Bon, puisqu'il faut balancer des titres, on s'aventurerait quand même bien à passer en soirée "Quantum Leap" ou "Believer", les pistes les plus évidentes de la galette. "Keep Pushing On" n'est pas en reste non plus. En revanche, le duo avec Molly Nilsson qui reprend sa chanson "Hey Moon" est plus ennuyant qu'autre chose. C'est peut être bien l'uniformité, le vrai problème de We Must Become The Pitiless Censors Of Ourselves. Davantage de folie, comme dans Songs, aurait permis au disque d'être moins lassant à la longue. Finalement, même si son album est loin d'être raté comme il le prétendait, au contraire, c'est une bonne idée pour John Maus de changer de voie pour la prochaine fois. Et on l'attendra au tournant.



"Quantum Leap"


"Keep Pushing On"

14.6.11

"Il a bouté le feu à son zizi"

On a souvent dit/vu/entendu que les Black Lips n’étaient qu’une bande de jeunes voyous intenables et scandaleux. C’est faux. Déjà, ils ne sont plus si jeunes. Ensuite, il arrive aussi qu’ils soient très gentils et même qu’ils disent des trucs sensés. Enfin, "ils" c’est surtout Jared, avec lequel j’ai passé une petite heure avant leur concert au Rocking-Chair, le temps de discuter de tout et de rien, tranquillement posés entre les loges, le van et la salle de concert.
Pendant ce temps là, les autres dormaient, complètement anéhantis par la longue nuit qu’ils venaient de passer à Zürich. C’était un mercredi après-midi d’Ascension tout gris, le nouvel album Arabia Moutain  n’était pas encore sorti et le manager était tout aigri (mais il s’est adouci quand il a mangé du gâteau).
Bref, même si j'étais très stressée (comme elles hihi), tout s’est bien passé. Jared fumait clope sur clope et buvait du vin dans un gobelet à grosse bière (« J’utilise toujours qu’un seul verre par soirée. Le même pour tout. ») tout en me racontant que le jour d’avant, il croyait déjà être a Vevey et qu’il avait saoulé tout le monde en demandant où était le lac. Oui, il aime bien nager. Mais c’est aussi et surtout parce qu’il a entendu dire que Charlie Chaplin était enterré dans les environs. Et puis s’il était le seul prêt à me répondre cet après-midi là c’est que lui, il a dormi la nuit précédente. Pas comme Ian que nous avons délogé deux fois de suite ou Cole qui, assoupi dans le van n’a même pas remarqué notre présence.


INTERVIEW THE BLACK LIPS

TEA : Une des premières chansons d'Arabia Mountain que j’ai entendue est "New Direction". Est-ce que le  titre est une sorte de métaphore par rapport à votre nouvelle façon de faire des disques ? (pour la première fois, les Black Lips on fait appel à un producteur, Mark Ronson, ndlr)
The Black Lips - "New Direction"
Jared : Non. Enfin, si, tu peux voir ça comme ça. On aime bien écrire des morceaux qui ont plusieurs sens. Mais le vrai sujet, c’est le père d’un de nos potes. Dans les années 60, il a bu sans le savoir un verre dans lequel il y avait beaucoup d'acide. Alors dans la chanson on parle du fait de prendre une grosse dose de drogues et de ne plus jamais être le même par la suite. Partir dans un délire et ne jamais revenir.
Ca t’es déjà arrivé ?
Non, non, non. Je fais très attention à ce genre de trucs. Mais on m’a raconté des histoires. Par exemple, si tu te balades à San Francisco, tu peux tomber sur d'anciens hippies qui ont pris trop d’acide et sont restés perchés. Ils sont vieux maintenant et ne comprennent rien à ce qui se passe autour d’eux.
Ils font des trucs ?
Je ne sais pas. Ce sont principalement des SDF. Mais dans cet état, je pense qu’ils doivent être assez bons en peinture ou en musique. Ils sont sûrement bons dans n'importe quel truc un peu créatif.

11.6.11

Oubli

Un jour pas si lointain, on m'a dit qu'il y avait un type, plus ou moins génie de la musique, qui était mort et que tout le monde s'en foutait. Ma passion pour les causes perdues a fait le reste, j'ai aussitôt décidé de découvrir l'oeuvre de Jacno, en cherchant non sans difficulté toute sa discographie sur internet (et  sachez qu'on ne trouve pas tout). Ca m'a occupée un temps, et puis j'ai complètement oublié pendant des mois. Mais cette semaine est sorti Jacno Future, un album-hommage où des artistes reprennent des morceaux de Denis Quilliard aka Jacno, plus d'un an après qu'il soit décédé d'un cancer, en novembre 2009, à 52 ans. 

Pour être honnête, je m'en fous un peu de ce disque (qui d'ailleurs a une jolie pochette signée Castelbajac, ami de Jacno), mais il a le mérite de rappeler l'existence de feu l'artiste, trop vite enterré, et c'est peut être sa dernière chance pour qu'il bénéficie enfin d'une reconnaissance plus populaire. Au générique de Jacno Future, des proches et des moins proches, des vieux (Etienne Daho, Jacques Higelin, Miossec, Christophe, Brigitte Fontaine...) et des plus jeunes (Chateau Marmont, Coming Soon, Thomas Dutronc, Benjamin Biolay...), un milkshake pour montrer que Jacno peut toucher plein de gens différents, surement. Toute cette petite bande reprend des morceaux allant des débuts (The Stinky Toys, un des premiers groupes de punk en France) à ses albums solos (le dernier, Tant de Temps, est sorti en 2006) en passant évidemment par l'aventure Elli Medeiros. 

C'est bien cette période là que je préfère, celle du couple Elli & Jacno, de 1979 à 1984. A l'époque Jacno s'occupait de la musique (des synthétiseurs surtout), minimaliste au possible, pendant que sa copine écrivait et chantait des paroles assez simplistes et parlant souvent d'amour. J'aime bien regarder leurs vidéos, avec au premier plan Elli et son air de peste, mais qui danse drôlement bien, et un peu en retrait, Jacno à l'allure de dandy, qui joue d'un instrument. Ils ont fait trois albums, assez inégaux (à la fin Elli est très agaçante), mais le dernier, Les Nuits de la pleine Lune, composé pour le film d'Eric Rohmer du même nom, est sûrement le mieux.

8.6.11

Kilbi II


BAD BONN KILBI
26, 27, 28 mai 2011

Après avoir bien aimé la première soirée, je suis repartie pour deux nouvelles journées de festival à Düdingen. J'y ai trouvé quelques supercalifragilisticexpialidocious concerts et fait des rencontres rigolotes tout en oubliant de dormir, ce qui peut avoir ses conséquences. Second volet des aventures de TEA au Kilbi, sans chat pour cette fois.

VENDREDI// "Gonjasufi, petit zizi. Caribou, gros matou."
Retour dans l'arène avec de gros nuages gris, ça caille un peu. Encore une fois, je rate honteusement le truc à voir : Julianna Barwick. Mais j'ai une excuse valable : j'ai loupé mon train à cause de la "Fête de Pérolles" (un rassemblement de cavaliers endimanchés qui empêche tout le monde d'atteindre la gare). Grosse haine pour bien commencer la soirée, check. Mais heureusement, ça a plutôt tendance à s'améliorer par la suite avec notamment Akron/Family sur la grande scène. Les deux barbus et le batteur servent un répertoire assez trippé à inspiration ethnique qui passe moyen en CD mais qui, en live, fait bien plaisir. Après, on est peut-être pas 100% convaincues par les chorégraphies que le chanteur tient absolument à nous faire faire mais au fond, l'humour et la bonne humeur du groupe sont plutôt contagieux. Mention aussi aux changements de rythmes inopinés qui ponctuent leurs compositions (et sans lesquelles on s'ennuierait, très probablement). 

Bâtonnets de carotte et Blévitas.
Arrive ensuite l'heure des Crystal Fighters, pathétiques. Depuis leur prestation un peu simpliste à la Superette il y a deux ans, ils ont gagné en membres et en cheveux mais si le concert à la Case à Choc passait encore tellement c'était brouillon/punk, ici, c'est juste horrible. Des pseudo-tubes incarnés par un chanteur tellement pété qu'il voit même plus ses pieds. J'ai préféré passer mon chemin et grignoter des carottes en attendant la suite soit The Tallest Man On Earth qui déçoit aussi. Alors qu'il avait cassé la baraque au Fri-Son cet hiver, il fait juste figure d'un song-writer romantique mou du genou là. Vient Gonjasufi que beaucoup attendaient au tournant. Mais encore une fois, grosse déception. Alors que la bombe "A Sufi And A Killer" laissait présager un concert d'enfer, on se retrouve avec un groupe de musiciens prétentieux et un Gonjasufi acariâtre qui insulte le technicien pendant vingt bonnes minutes alors que ce dernier a visiblement fait de son mieux pour tenter de palier les problèmes de son récurrents de la B-Side. Une fois n'est pas coutume, on va largement préférer le disque que la bande semble malheureusement bien incapable de rendre en live.

7.6.11

Kilbi Killed Me (part 1)

BAD BONN KILBI
26, 27, 28 mai 2011

Oui, oui, oui, on est un peu à la traine avec notre chronique du Kilbi, on regrette et on compense avec une photo de chat. Bref, après avoir crié aux monts et merveilles en découvrant la programmation du Bad Bonn Kilbi en mars dernier, l'antenne suisse de TEA a finit par y mettre les pieds le week-end dernier. Et figurez-vous que pour une première, c'était une grande première. Chronique en deux volets d'un festival fait de beaucoup de hauts et de quelques bas (parmi lesquels, le spasme de la mort que se sont payé mes jambes lors du dernier concert). On espère que vous n'en avez pas déjà marre.

"Putain mais il est où ce Bad Bonn?"
Il y a 50 ans, un petit bout de patrimoine fribourgeois se noyait dans les eaux d'un tout nouveau lac. Le hameau en question avait beau abriter les plus anciennes thermes du pays, il fut sacrifié pour l'électricité que fournit dès lors le barrage de Schiffenen. Depuis, de l'eau a coulé dans les turbines (de la vapeur aussi, mais on essaie d'arrêter) et le nom "Bad Bonn" subsiste encore, grand et blanc sur la façade d'un petit club perdu au milieu des champs.
Perdu, c'est le mot. On m'avait dit "dix minutes à pieds, tout droit, en sortant de la gare" mais comme j'ai commencé par sortir de ladite gare du mauvais côté, j'étais pas rendue. Départ du bon pied, donc, dès le jeudi. Par la suite, j'ai trouvé le chemin balisé, et même décoré avec, euh, fantaisie; alors s'est allé tranquillou. Pour info, la bonne sortie, c'est celle vers la fabrique de fromage.


1.6.11

Do you remember the first Pulp?

Au début des années 80, j'étais pas dans une salle enfumée à Sheffield en train de découvrir un tout jeune groupe qui s'appelait Pulp, non, je n'étais même pas à l'état de projet. 
En 1995, j'ignorais tout du phénomène que l'album Different Class était en train de devenir, je savais à peine lire. 
En 2002, je me moquais bien d'apprendre que la bande à Jarvis se séparait, moi je préférais les groupes dark pour adolescents mal dans leur peau. 
Mais par contre, le tout premier concert de Pulp depuis sa reformation cette année, dans une salle avec même pas mille personnes, là, j'y étais. Et je suis persuadée, comme la plupart des gens au Bikini à Toulouse ce mercredi 25 mai, d'avoir assisté à un moment extraordinaire. 

PULP
@LE BIKINI, TOULOUSE
25/05/11

"Do you remember the first time?" entonne le groupe à neuf heures pétantes, sans avoir été précédé par une quelconque première partie.  Mon first Pulp ? Oui, je vais m'en souvenir, merci de demander. 
Une impression d'irréel se trimballe déjà dans la salle, le public n'a pas encore tout à fait fini de s'installer et il ne réalise pas vraiment à qui il a affaire en face de lui : "Non, c'est vraiment Pulp là ?". Affirmatif. Oh, ils ont certes vieilli quand on les compare aux photos des livrets des CDs, des cheveux en moins, pas mal de rides, une silhouette qui n'est plus aussi élancée qu'elle l'était, mais on reconnait quand même le line-up de l'époque Different Class. Celui qui a le moins changé, c'est bien Jarvis Cocker : toujours aussi dégingandé, toujours avec des mèches de cheveux a l'air gras qui tombent dans les yeux, chemise et costard, même voix grave et séduisante... il n'y a que la barbe qui se charge de rappeler que de la bière a coulé sous les ponts depuis. 
Depuis quoi au juste ? Le 25 mai 1994 d'après Jarvis. Dix-sept ans jour pour jour plus tôt Pulp jouait au Bikini à Toulouse. D'ailleurs à ce propos il fait une blague super drôle en demandant s'il y a quelqu'un dans la salle qui serait né en février 1995 ("So it was you! I came back for you!"). Pendant presque tout le set il ponctuera chaque chanson d'une petite remarque toujours pertinente et plaisante, parfois dans un français très approximatif, avec son air de dandy anglais un peu négligé qu'on lui imaginait bien avant même de le voir en vrai (exemple au début de cette vidéo). Un bémol cependant dans son interaction conséquente avec le public : il ne parle qu'aux vieux. Par vieux j'entends trentenaires ou quarantenaires, je ne sais pas trop, des gens qui répondent bien fort "we procreated!" quand le grand diable leur demande ce qu'ils ont bien pu faire en dix-sept ans. Pas vraiment le même délire que celui des petites poignées de jeunes présents quand même ce soir là. On n'aurait pas le droit d'être ici si on n'a pas dansé sur "Common People" à notre crémaillère en 1996 ? 
Et puisque nous sommes lancés sur le public, une précision. Si Jarvis Cocker n'a rien perdu de son déhanché animal et de sa fougue sur scène, le public lui, s'est ramolli (les grossesses sûrement) et même s'il adore "Disco 2000", il peine à remuer comme il le faudrait sur un tel tube. Il compense en s'époumonant sur les paroles.