L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S

14.8.10

[GUEST 4] A la mémoire de Johnny Borrell, quelqu'un qui a quitté le bateau du coeur de la blogo ces dernières années

[Guest : Juliet TheQueenIsDead]

C'est avec un plaisir non dissimulé que je réponds aujourd'hui à l'invitation de mes camarades Marie et Anne Valérie, qui dans un moment d'inconscience semblent avoir trouvé judicieux de me confier cet été un article sur le TEAzine. Le fait est qu'en vrai j'aime beaucoup ce qu'elles font donc je vais tenter de ne pas leur faire trop honte, et à la rigueur si ce qui suit ne vous plaît pas, relativisez! Vous avez quand même échappé à "pourquoi le Hard Rock c'est la vie" et "qu'est-ce que ça fait d'avoir malgré ça dédié sa vie aux Strokes".

J'ai donc décidé de répondre à la question suivante:
"Toi qui est une vieille de la blogo, c'était mieux avant?"

Je sévis officiellement dans le monde des blogs musicaux depuis début 2007 et je suis tout ça assidûment depuis presque 5 ans, ce qui en années-internet représente une quasi éternité. 5 ans, ce sont des douzaines de blogs lus, des centaines d'albums téléchargés/écoutés/achetés, des carrières qui se font et se défont par poignées. On ne compte plus le nombre de groupes sur lesquels on a pu s'enthousiasmer en 2006/2007 qui ont depuis disparu de la surface de la terre ou on simplement sombré dans les abysses de la ringardise précoce. Et maintenant, comment se porte le monde du blabla musical virtuel?

La nostalgie semble être l'option la plus évidente, parce que mine de rien on ne va pas se mentir: Skyblog nous manque cruellement. Lui, ses listes de favoris, celles d'amis, ses commentaires et visites par centaines. Le premier élément à prendre en considération, c'est la fraîcheur (ou naïveté, question de point de vue) dont nous faisions alors preuve. 5 minutes passées sur nos anciens blogs suffisent bien souvent à nous couvrir de honte. Par exemple, il m'a plusieurs fois été difficile de trouver le sommeil après m'être rappelé avoir un jour posté une chanson de The Twang sur mon Skyblog. Leur nom ne vous dit rien? Voir deuxième paragraphe, mention ringardise précoce. Globalement, nous avions tendance à beaucoup plus poster, commenter, et tout du moins dans mon cas, lire. C'était plus court, plus maladroit et souvent on s'extasiait sur un rien, mais ça avait le mérite de faire de notre petite blogosphère une vraie petite usine à nouveautés un peu trop rapidement périssables.
Proposition numéro 1: on avait vraiment que ça à faire de nos vies, parce que le quotidien dans un lycée de ville de province, c'est rarement bien fascinant et un blog, ça occupe.
Proposition numéro 2: on avait des choses à prouver, une indie credibility à entretenir pour se faire une place/ des amis chez les bloggeurs.
Donc par exemple pas question d'avouer un penchant pour un groupe semi-douteux demi-mainstream, on était entre gens de bon goût, liés par de nobles passions communes (généralement les Libertines et les Strokes, les gens edgy se réclamaient alors du Velvet parce que c’est plus vintage). Et pour faire nos preuves, on grattait l'internet avec application dans une quête permanente de la next big thing, pour pouvoir dire 6 mois après qu'on avait été parmi les premiers à en parler. Poster avant tout le monde le dernier single des Hives m'avait par exemple donné l'impression d'être quelques heures durant la reine du monde. Oui, j'avais peut être le triomphe facile et le plaisir simple.


Trois ou quatre ans plus tard, nous avons fini par obtenir nos bacs respectifs et migrer vers des villes plus grandes où le concept de concert a en bonne partie perdu de son caractère exceptionnel. Cela a généralement eu pour effet d'avoir supprimé la plupart de nos articles "review larme à l'oeil/ X chanteur m'a serré la main-je peux mourir" (quoi que). On donnait souvent dans le sentimentalo-niaiseux, n'empêche que c'était distrayant. Un autre constat rapide s'impose : nombre d'entre nous (les bloggeurs un peu bornés qui continuent à entretenir le flambeau URL de nos jours) ont opté pour des études orientées arts/ culture/ lettres/ com. Effet direct et parfois regrettable: une semi-professionnalisation de la Blogo. Concrètement, le webzine grappille quotidiennement du terrain au blog, remplaçant bien souvent personnalité de l’auteur par nécessité de promotion. On peut difficilement en vouloir au bloggeur étudiant moyen de vouloir rentrer gratuitement dans des concerts et interviewer des groupes, mais c'est quand même un peu triste de voir à quel point ça commence à s'imposer comme modèle. Vous me direz que si ce que je cherche, c'est d'abord des gens intéressants et pas nécessairement des groupes excitants, il faut peut être aller voir au delà de la sphère des blogs musicaux, mais j'aime voir transparaitre l'auteur derrière ses lignes, comprendre qui il est et donc pourquoi il a aimé un groupe. D'ailleurs le truc que j'aime bien chez les filles du TEA, c'est qu'elles savent bien aligner pertinence du choix musical et ton qui donne envie de lire plus de que trois lignes et demi avant de passer à l'onglet suivant (session fleurs : fin. Elles ne m’ont pas forcé hein.). Les interviews un peu plates (soyons honnêtes, le Lester Bangs 2.0 n'est pas encore parmi nous) de groupes un peu plats eux aussi qui s'enfilent comme des perles, je ne prends même plus la peine de les lire, je pense qu'elles valent surtout pour ceux qui les réalisent car c’est toujours sympa de pouvoir se dire qu’on a rencontré un tel ou un tel.

Cependant impossible de généraliser sur cette tendance, nombre de bloggeurs demeurent fidèles aux fondamentaux qui ont fait leur réputation virtuelle, pour le plus grand bonheur des vieux lecteurs un peu aigris de mon espèce. Je ne cite pas de noms, je ne vais pas faire dans le copinage, mais le truc vraiment bien aussi avec la blogo en 2010, c’est que comme on a un peu tous les mêmes activités extrascolaires, à savoir les concerts, on a fini par se croiser et faire aussi connaissance dans la vraie vie. N’ayant pour ma part pas eu de mauvaises expériences avec les gens dont je suivais les aventures musicales, je ne peux céder au sempiternel « c'était mieux avant ». Se fréquenter de l’autre côté de l’écran, boire des bières ensemble et aller camper sur les festivals, c’est beau aussi. Concrètement, en 2010, la blogo 2010 est peut être simplement plus fréquentable en chair et en os qu'en html.

Née il y a 18 ans de ça dans le seul département français où ne passe ni autoroute ni ligne sncf, j'ai un jour trouvé un moyen constructif de m'occuper du haut de ma montagne: acheter un peu trop de disques et emmerder les gens en racontant à tout ce qui respire ce que j'en ai pensé. Devant le peu de réactions positives dans mon collège, je me suis tournée vers le web où je coule depuis des jours paisibles au milieu de plein de personnes aussi aigries que moi. Admiratrice devant l'éternel du retour rock du début du 3° millénaire, j'aurais aimé vivre à New York entre 2001 et 2004 pour boire des bières avec le contenu de mon iPod. Hélas mon jeune âge m'en ayant empêché, je suis depuis à la recherche du prochain groupe qui changera tout. Le reste du temps j'écoute Interpol, je blog sur Thequeen-isdead et SizzlingYouth, et parfois je vais en cours au 27 rue Saint Guillaume, sans grand succès.