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15.7.12

[GUEST 3] Décalogue pour un Art Nouveau

[Guest: La Pieuvre]

Décalogue pour un Art Nouveau

Quel titre prétentieux. C'est ce que l'art est devenu : une course à qui pourra se permettre d'être le plus prétentieux. Toi qui écoutes de la musique indé à longueur de journée, tu participes un peu à ce paradigme. Tu ne te demandes plus « Qu'est-ce que cette œuvre signifie pour moi ? », tu es passé à « Qu'est-ce qu'il faudrait que j'écoute ? » C'est dommage : on cherche finalement – grand paradoxe – à développer notre individualité à travers ce qu'il y a de commun. Lorsqu'on se rend compte de notre bêtise, on commet une seconde erreur en visant l'underground. Le problème est le même : on n'entretient pas de rapport personnel à l'art, seulement un lien conventionnel régi par notre crise identitaire et sociale. On a appliqué, tout en pensant soutenir une contre-culture, un modèle culturel basé sur le conformisme et la hiérarchie. Entre autres, tout ce que les mouvements artistiques indépendants se sont jurés de ne pas reproduire. « Indie » n'est désormais plus qu'un vestige du langage, un idéal en peine qui s'est retrouvé happé par les lois du commerce. Certains diront que nous n'avons de toute manière pas-vraiment-le-choix. Une remarque bien triste pour nous rappeler que la jeunesse actuelle est en crise, comme tout le reste ces derniers temps, qu'elle a l'état d'esprit d'un petit vieux qui craint le moindre changement. Le changement, parlons-en.

Qui écoute-t-on, aujourd'hui ? Certainement pas les politiciens, ni même les activistes. Tant d'information pour si peu de résultats, c'est déplorable. Le langage qui s'intègre le mieux, aux dernières nouvelles, c'est la pop. John Maus, du haut de sa folie, a bien saisi qu'elle seule avait le pouvoir de bouleverser le statu quo, comme elle l'a fait dans les années soixante. Après la prohibition des psychédéliques et quelques crises pétrolières, on a vite perdu espoir et ça s'est reflété dans le punk, les sonorités mortifères des eighties et la fuite perpétuelle à coups de crack et d'héroïne. Qu'en est-il aujourd'hui ? On a récupéré la petite vague d'indépendance des nineties pour en faire un énième secteur du marché, étouffant ainsi toute sa valeur progressiste. Si l'on comprend mieux la pop que n'importe quoi d'autre, autant qu'elle se range aux côtés du progrès social. Ces termes manquent un peu de pulpe, mais ils signifient tout plein de choses palpitantes, que vous découvrirez dans ces dix suggestions adressées au commun des mortels.