L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
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17.4.15

"Allez prends ma main, dis moi des merveilles, ..."

Après une longue gestation, il est arrivé, soleil, lumière et détente. À point pour le printemps, le fribourgeois Muddy Monk a pondu un album qui fleure bon l'amoureux du sud, la sensualité cliché et tout le tralala banana banana henrisalvadora. Or, quand reviennent les saintes-glaces, le petit tic de l'avril-ne-te-découvre-pas-d-un-fil, on l'apprécie chaudement, cet Ipanema. Un album love comme Sebastien Tellier, plage comme "les véliplanchises" de Flavien Berger et jazz/bossa nova comme toutes les référence à gratter dans le titre et le nom de l'artiste. En prime, une dose de street cred importée de France étaie l'album. Pour cet ancien fan de hip hop, ça évoque l'amour et le bled. Pour nous, Muddy Monk c'est typiquement ça : un gars du coin qui, si si, fait les choses bien. Pour la découverte, on l'a rencontré au café et discuté musique, angoisses et ambiance sous-marine.

Mini Monk

MUDDY MONK
IPANEMA




16.3.15

Tractopelle

On parle beaucoup des Riot Grrrls ces temps. Les vingt années réglementaires pour un véritable "revival" sont passées, chacun peut y aller de sa contribution. D’un côté, Arte a sorti son documentaire plutôt pas mal samedi dernier, à proximité fortuite avec la journée de la femme (et puis ça tombe bien, en parallèle HBO vient de sortir son trailer pour un docu sur le Christ Kobain, pathos à la pelle). Du côté des initiatives à petite échelle, on retrouve l’équipe de l’excellent Making Waves Zine, qui publie son troisième numéro. Des filles partout, des filles énervées avec des choses à dire, des groupes féminins à tour de bras et des débats sur le harcèlement, le féminisme, le porn plus respectueux et l’égalité au goût du jour. Le timing semble parfait.

En marge de la sortie du documentaire sur Arte, le Nouvel Obs a publié un article relevant la forme "particulière" de communication et de propagation du mouvement : le fanzinat. Micro-éditions papier, "beaucoup de zines sont des confessions, des sortes de journaux intimes publics. Les filles y font leur coming-out, ou racontent des histoires d’inceste, de viol, d’anorexie... Ce sont des lieux d’entraide, des “safe spaces” où elles peuvent se livrer sans risque." cite la journaliste. Skyblogs de l’avant internet, les fanzines de ces filles souvent hyper jeunes servent à créer un réseau tout en encourageant chacun(e) à faire quelque chose de ses mains et avec ce qu’il y a dans les têtes.

Bien sûr, le phénomène n’est pas nouveau dans les années nonante et il n’a pas complètement disparu aujourd’hui. Tout amateur de musique ou d’art a déjà rencontré un fanzine. De nombreuses expos, collectifs et festivals les mettent à l’honneur. Il y a dans ces impressions une sorte de fantasme romantique : on va faire un truc entier, un truc concret, un "journal" fait maison avec Indesign ou de la colle et des ciseaux. Or, bien souvent, les fanzines "modernes" sont plus orientés vers le dessin, la photo ou la BD. Au dernier Monstre festival à Genève par exemple, sur les deux-trois étages de stands couverts de publications toutes plus jolies les unes que les autres, seul un mini pourcentage proposait des textes, souvent bien engagés comme ci-dessous :

24.6.13

Mavralous

On n’a pas souvent l’occasion de voir un opéra dans une halle industrielle, encore moins dans une ex-usine à bière. Opéra Louise l’a fait. Et après La Chauve-Souris l’année dernière à Fri-Son, l’audacieuse équipée a présenté Mavra dans feu la brasserie Cardinal. Ce lieu est hautement symbolique à Fribourg. Fermée l'an dernier après avoir brassé le malt de nos canettes pendant plus d'un siècle, l’usine est aujourd’hui vouée à la destruction et fera place à un parc technologique. Il s’agissait donc d’une occasion unique, aussi bien pour la troupe que pour ses auditeurs, d’investir l’immense halle d’embouteillage. Jouant sur l'aspect exceptionnel du lieu, Opéra Louise a campé son Mavra devant un décor tout en hauteur, à la manière d'un immense calendrier de l'avent coloré. Répartis sur plusieurs niveaux, les personnages de la pièce se découvraient puis disparaissaient successivement derrière des stores intégrés à l’ensemble. Balayant avec talent les défis acoustiques de la salle, les interprètes ont superbement incarné l'oeuvre de Stravinsky si bien qu'au final, l'originalité de la halle Cardinal devenait plus anecdotique pour le public. 

MAVRA 
Opéra Louise @Ancienne brasserie Cardinal, Fribourg

Arrivés sur le parking à camions du site industriel, les spectateurs étaient accueillis par un panneau ultra glamour portant la mention "saucisses". Décidément, chez Louise, le moindre petit détail est prétexte à chambouler les "conventions", quelles qu’elles soient. Les instigateurs aiment d’ailleurs à le rappeler, affirmant dans leur programme l’ambition d’une compagnie "[qui] renouvelle les codes de l’art lyrique. Qui ose bousculer et provoquer. Qui ose l’indispensable, en somme.". Heureusement, les œuvres présentées relevaient ce défi avec un vrai sens de la dérision, sans quoi ce foin prétentieux aurait semblé un peu lourd.

L’opéra, justement, parlons-en. Composée lors de la phase dite "néo-classique" de Stravinsky (si tant est qu’Igor puisse être taxé de classicisme), Mavra est à elle seule un objet curieux. Durant à peine une demi-heure, la pièce met en scène un hussard travesti en cuisinière afin de pouvoir s’infiltrer chez sa bien-aimée au nez et à la barbe de la mère de celle-ci. Alors que la matrone rentre plus tôt que prévu d’une balade avec sa voisine, elle surprend sa nouvelle employée en train de se raser et s’évanouit. Fin de l’histoire. Inspirée par une nouvelle de Pouchkine, l’histoire passe à la vitesse de la lumière, telle une bulle qui gonflerait inexorablement jusqu’à l’explosion. Point final.

25.6.12

Kilbi III: The Final Countdown

La dernière soirée de Kilbi démarrait sous un étendard très rock. Entre vieilles sensations remises au goût du jour (Mudhoney, Afghan Whigs) et nouvelles perles de la région (Hubeskyla, La Gale), il y en avait pour tous les bouchons d'oreilles. On y a vu une jolie prestation de The War On Drugs ainsi qu'un bon nombre de trucs étranges. Par exemple, ce drône qui prenait des photos du festival depuis le haut. Puis un gars qui s'est arrêté en plein pogo pour lire l'inscription d'une affiche scotchée sur le dos d'un festivalier ("cherche colocataire"). Il y avait aussi une fille qui essayait de faire la maligne en étalant son vocabulaire extrêmement fourni (se résumant peu ou prou à "Meerschweinchen") devant un suisse-allemand. Et puis l'improbable groupe Praed dans lequel semblait se concentrer toute l'absurdité du monde. Cela dit, heureusement qu'il y avait des trucs rigolos à voir parce qu'au final, malgré la joliesse de l'affiche, le samedi est le jour où l'on s'est le plus ennuyé de tout le Kilbi.


 BAD BONN KILBI 2012
31, 32, 33 mai, Düdingen
(dernière partie)

Samedi 33: "Ca veut aller ce rock'n'roll ou bien?"
Ca avait pourtant super bien commencé. Il faisait toujours beau et chaud et on se mettait bien avec les fribourgeois Hubeskyla. Ces mecs jouent super fort de la noise super lente et ce faisant, s'excitent bien comme il faut sur leur instrument. Le groupe est un véritable distributeur à acouphènes et c'est super. Un peu plus et l'on entrait en transe comme le type devant nous qui s'est vu offrir un LP en guise de récompense pour ses danses-tortillement inspirées. Après cette belle prestation, on s'attendait à en voir encore plus, encore mieux auprès de Action Beat mais malheureusement, ça n'était pas vraiment le cas. Premièrement, ils n'avaient "que" 3 batteries (au lieu de 5) et ne puis ils ne jouaient pas dans le public (raisons logistiques excusables). On s'est alors dirigés vers La Gale pour passer le temps et là, trop dur, on ne sait toujours pas quoi en penser. D'un côté, le rap, on y pige pas grand chose alors on pourra pas dire si c'est mieux ou pire qu'un autre artiste. De l'autre, la meuf en question a un truc tellement rock'n'roll qu'on a bien aimé. Avec son look vieille punk et ses tatouages, sa voix un peu rauque et ses intonations agressives, elle plaide pour la Palestine, crache (au figuré, contrairement à Lee Scratch Perry) sur les grands méchants de ce monde tandis qu'un type balance des beats binaires assez chouettes. Selon moultes médias, elle est la sensation suisse du moment (même qu'elle joue dans un film actuellement dans les salles. Encore une meuf trop parfaite). On n'est pas encore entièrement converties mais elle vaut à coup sûr la peine d'être surveillée.

24.6.12

Kilbi II: Le dilemme live / enregistré.

Cette intro ne parle pas du tout du vendredi de Kilbi. Vous êtes donc autorisés à passer direct au reste du récit. Mais on tenait tout de même à mentionner que c'est chouette parce que lors du concert de Brian Jonestown Massacre au Bad Bonn mercredi passé (c'était incroyaaaable, oui, mais là n'est pas le sujet), on a été bien contents de voir que la déco de la Kilbi était toujours debout. Déco, késako? En fait, chaque année, une équipe met sur pied une sculpture géante dans l’enceinte du festival. L'an dernier, c'était un cube en caisses à bouteilles de bière Cardinal. Cette année, c'étaient des diamants en bois énorme, éclairés au VJing qui changeant ainsi de couleur au fil des projecteurs. Évidement, pas de risque pour les festivaliers car les constructeurs font en sorte que la chose soit bien stable ("schtabil"). Cette riche idée offre un agréable point d'appui aux dos des festivaliers fatigués et fait aussi partie de l'identité du rendez-vous. Imaginez un peu si les autres s'y mettaient, on aurait peut-être droit à des gants de boxe géants encadrant le lac du Malsaucy. Ou bien un arc-en-ciel énorme s'étalant au dessus du public de la scène de la plage, sur lequel on pourrait gambader comme des licornes. Ca ferait toujours plus d'ombre que les troupes de théâtre ambulant des Eurocks. Mais venons en plutôt aux faits.

 BAD BONN KILBI 2012
31, 32, 33 mai, Düdingen
(deuxième partie)

Vendredi 32 mai: Metronomy oustiti
Après une première soirée pour se mettre en jambes, on est arrivées déjà à moitié cassées à Kilbi, pour un deuxième round très pop. Il faisait toujours beau et chaud et nous l'avons bien senti dans les bouchons qui ont ralenti notre route nous faisant rater Aïe Ca Gicle. Parait que c'était pas mal. Ce qui est sûr c'est que nous avons finit par arriver juste à l'heure pour la découverte de la journée - Station 17 - ainsi que tous les bons (et moins bons) restes.


15.6.12

Kilbi I: L'amour est dans le pré.

De retour du Kilbi, j'avais pondu une intro pleine de voyelles du style "j'adoooooore ce festival/je n'arrive pas à être objectiiiiiiive/cette année c'était comme des vacances idéaaaaales/blablablaaaa". Avec un peu de recul ça semble un tantinet ridicule. Pourtant, c'est la vérité: le/la Bad Bonn Kilbi inspire un amour démesuré à toute une frange de petits Suisses. Helvètes branchouillards ou briscards de la région, ils sont quelques milliers à s'être doré la pilule ce week-end de début juin dans une atmosphère idyllique qui tient beaucoup du lieu, de l'ambiance décontractée et de la programmation. On ne reviendra pas sur la qualité de l'affiche - c'est la meilleure de la saison (avec le B-Sides peut-être, petit frère lucernois qui se déroule ce week-end, sous le soleil également). Reste qu'au final, ça s'est soldé en déceptions et découvertes, comme partout ailleurs. Sauf que bon, c'était Kilbi. Avec cette simple mention, tout est déjà dit.
 BAD BONN KILBI 2012
31, 32, 33 mai, Düdingen
(première partie)

Une première chose à savoir, c'est que - dans la région du moins - le club Bad Bonn est entouré d'une aura jaune/verte (dynamisme, amour universel) contagieuse. Même campée au fin fond de la campagne, toute seule au milieu des champs, la maison attire. Et elle porte fièrement sur sa façade le slogan "Where the hell is Bad Bonn?" qui a dû traverser la tête de plus d'un musicien/spectateur se rendant pour la première fois sur les lieux. Deuxième point non moins important, c'est l'âme du lieu, qui doit tant à la personnalité de son programmateur, pardon, ses programmateurs - et à son staff aux longs cheveux, gros bras, et tatouages (pour certains). L'esprit est à la décontraction. On va pas s'emmerder avec des têtes d'affiches lucratives, ni s'encombrer de sponsors trop envahissants. Le festival annuel doit lui aussi garder une proportion humaine. Oh et n'oublions pas que la promo, à petit budget, n'est qu'accessoire et fait rire un peu jaune, car tous les billets ont été vendus en un tour de main. C'est ça d'être un petit mythe.

2.5.12

Champagne vs. bière

Dimanche dernier s'achevait une semaine bien particulière à Fri-Son. Dans ce lieu généralement réservé aux soirées passant de la dubstep au doom metal, on avait rarement vu un orchestre symphonique. Encore moins celui de Prague. Et que jouait la bande de Tchèques peu accommodés à la sueur et à la bière? Un opéra, tout simplement. "La Chauve-Souris" de Johann Strauss Fils (celui du Danube Bleu ouais) plus précisément. Et c'est la troupe fribourgeoise Opéra Louise qui occupait la scène pour un mélange de styles parfaitement réussi.
LA CHAUVE-SOURIS
Opéra Louise @Fri-Son

Dès l'ouverture, la musique du Vienne XIXe sautillait tellement qu'on ne savait pas si toute cette histoire était très ironique ou ridiculement sérieuse. Sûrement que le contraste entre le genre et le lieu nous déstabilisait quelque peu. Ou alors était-ce parce que nous préférons Richard Strauss au "roi de la valse". Cela dit, la première impression a vite fini par se tasser, car le sérieux n'était pas à proprement parler la caractéristique principale de cette opérette bouffe (ou "buffa" c'est à dire "comédie" et non "ripaille"). Au contraire, dans le livret que Strauss a mis en musique, toute façade de bourgeois sans rien à se reprocher est aussitôt craquelée et révèle des personnages dignes d'un épisode de Top Modèles. Un sujet qui, au final, était facilement adaptable au lieu et à l'époque actuelle. Ce qu'ont fait avec talent les instigateurs du projet qui se sont même infligé la traduction du texte original ("Die Fledermaus") dans un français peut-être plus audacieux que la version latine déjà pré-existante. En tout cas dans des envolées lyriques louant la fête et l'alcool, il suffisait de remplacer "champagne" par "bière" et "couche" par "baise" pour qu'on s'y croit.

1.4.12

"Nous chantons comme des poulets"

Peter Kernel n'existe pas, c'est un groupe. Il est tessinois (une région italophone au sud de la Suisse) et elle est canadienne. A la manière de Betty Bossi, ils ont choisi un nom de personnage fictif pour labelliser leurs créations. Parmi lesquelles, cette musique qu'ils qualifient d'"art-punk", soit un bon coup de pied dans les fesses de auditeurs blasés qui pensent que la musique suisse est ennuyeuse. Lors de leur passage à Fri-Son vendredi dernier, on les a rencontrés pour discuter et rire (beaucoup). Ils ont ensuite bien profité du distributeur de bières des backstages avant de livrer un concert énervé comme on les aime. Une prestation marquée par la complicité entre la chanteuse et le guitariste sautillant ainsi qu'un bel esprit punk.

INTERVIEW PETER KERNEL

TEA : Commençons par clarifier un peu le line up du groupe. La dernière fois qu'on vous a vus, vous aviez un batteur avec des dreads (vraiment) et là vous n'êtes que deux. Comment ça se fait?
Aris: A la base, on a essayé de créer un vrai groupe, pas un duo. Mais comme nous sommes un couple dans la vraie vie, pour nous c'est très facile d'agender des concerts et des répèts. Les autres musiciens, en revanche, ont leurs propres familles, leurs propres boulots, on a de la peine à s'arranger.
Vous pourriez faire un couple à trois.
Barbara: On a essayé mais je ne crois pas que Ema s'intéresse à moi. Il aime bien Aris par contre (rires). En fait je pense que si on lui proposait, sa femme ne serait pas très contente.
Aris: Finalement nous avons opté pour une autre solution: Peter Kernel, c'est juste nous deux, et puis nous avons 2-3 amis qui se relaient à la batterie, en fonction de leurs disponibilités.
Barbara: Sur le premier album toutefois (How To Perform A Funeral, ndlr), nous étions quatre. Deux couples en fait. Mais la guitariste et le batteur ont rompu, puis ils ont quitté le groupe.
Et si vous vous séparez, il n'y aura plus de Peter Kernel?
Aris: Je ne sais pas. Je me suis déjà posé la question mais sérieusement, je sais pas. Peut-être qu'on peut continuer à faire de la musique tout en se disputant tout le temps.
Barbara: On pourrait être des lutteurs.
Aris: De toute façon on se dispute déjà tous les jours.
Barbara: On se dispute seulement à propos de Grégoire (leur batteur ce soir là, ndlr).

22.2.12

"Viens voir ma chatte"

La semaine passée, on n'a pas vraiment échappé à la Saint Valentin. Aucune attitude vis-à-vis de la célébration ne semblait réellement adaptée. Lorsque l'ignorer relevait du défi d'obtus, célébrer l'amour te faisait passer pour le dernier des niais. Sur TEA, nous avons choisi le compromis avec deux playlists ("amours heureuses" et son inverse) tandis qu'à la salle de concert Fri-Son, on se moquait gentiment en programmant "Too Much Pussy", aux antipodes du romantisme. Ce "documentaire de Feminist Sluts en tournée Queer x Show" d'Emilie Jouvet a donné du grain à moudre aux spectateurs. Pour notre part, on n'a réussi à se faire un avis tranché que sur la chouette bande son composée, évidemment, de groupes lesbiens/trans/et al. . En sus, nous avons appris deux-trois trucs sur notre anatomie. C'était intéressant.
TOO MUCH PUSSY
Emilie Jouvet

"Deceptacon" - Le Tigre : Un début à l'aise.
Le pitch du film "Too Much Pussy" est tout simple: pendant quelques semaines de l'été 2009, une bande de meufs se rassemble dans un bus et part en tournée à travers l'Europe. Issues d'horizons divers et variés (2 actrices porno, une écrivaine danseuse burlesque, une prostituée artiste, une performeuse, une DJ...) les filles ont en commun d'être affiliées à une certaine "scène queer". Caméra au poing, Jouvet les a suivies partout entre les performances et les loges en passant par la rue. Elle dévoile ainsi des parties de la vie (et du corps) de toutes ces femmes engagées. Les blablas qui entrecoupent régulièrement les scènes un peu plus "légères" prouvent d'ailleurs par A + B que leur action n'est pas gratuite comme on le craignait au départ. C'est au contraire un véritable choix de vie qu'elle défendent, une réflexion en profondeur sur le corps, le sexe, ses orientations ainsi que la condition de la femme, des fems et d'autres variantes. Le tout est servi dans la joie et la bonne humeur façon road trip ensoleillé, si bien qu'à la longue, on a presque envie d'embarquer avec elles.

"Castles" - Huh-Uh ; Cervix. 
La plupart des artistes de la troupes sont d'ailleurs diplômées. Elles ont des cerveaux et pas uniquement des chattes, des biberons et des trips régressifs à la "va que je pisse sur scène". Elles vivent comme elles l'entendent et le racontent car le tabou est l'ennemi. On en entend sur les fantasmes muselés par la bienséance. Des envies de violence ou justement, de régression, qui font culpabiliser au lieu d'être assouvies sans honte. Elles débattent aussi du "post porno" (alors qu'on ne savait même pas que cela existait) pour conclure: "Si tu n'aimes pas le porno tel qu'il est, tu n'as qu'à faire mieux toi même". Et puis d'autres fois, ça parle juste maquillage ou tampons. Mais le mieux du mieux, c'est quand Sadie Lune se fout un machin de gyneco dans le vagin et invite les gens à regarder son col de l'utérus avec une lampe de poche. Grâce à son numéro, les femmes mais aussi les hommes découvrent une partie du corps généralement connue uniquement par les praticiens. Et comme elle le fait de façon tout à fait relax et, si l'on peut dire, asexuée, on ne se gène pas trop de regarder. Au moins maintenant, je sais à quoi ressemble mon fort intérieur.

Parallèlement au côté fun et accessible du film, la vie de gouine a aussi des côtés plus sombres. On (ré)apprend notamment en filigrane l'histoire de l'attentat de Tel Aviv, lorsqu'un homme armé a blessé et tué plusieurs personnes LGBT dans la ville israélienne. Lors des faits, la troupe du "Queer x Show" se trouve à Copenhague. Elles participent alors à une procession-hommage, roulent des pelles à des inconnu(e)s et brûlent des bougies. C'est touchant, mais c'est aussi triste de voir que la cause ne rallie que des gens du bord. "Nous ne sommes en sécurité qu'au sein de notre communauté" commente à ce titre l'écrivaine Wendy Delorme. Pas cool. En ce sens, on pourrait voir "Too Much Pussy" comme une espèce de message-pro-tolérance. Car à force de suivre les filles, tu te rends compte qu'elles ne sont pas forcément différentes de tes potes. Ce qui est surtout vrai si tes amis se baladent seins nus, distribuent des flyers en disant "Viens voir ma chatte." et font régulièrement des séances de taï-chi collectives sur le pont d'un ferry.

8.6.11

Kilbi II


BAD BONN KILBI
26, 27, 28 mai 2011

Après avoir bien aimé la première soirée, je suis repartie pour deux nouvelles journées de festival à Düdingen. J'y ai trouvé quelques supercalifragilisticexpialidocious concerts et fait des rencontres rigolotes tout en oubliant de dormir, ce qui peut avoir ses conséquences. Second volet des aventures de TEA au Kilbi, sans chat pour cette fois.

VENDREDI// "Gonjasufi, petit zizi. Caribou, gros matou."
Retour dans l'arène avec de gros nuages gris, ça caille un peu. Encore une fois, je rate honteusement le truc à voir : Julianna Barwick. Mais j'ai une excuse valable : j'ai loupé mon train à cause de la "Fête de Pérolles" (un rassemblement de cavaliers endimanchés qui empêche tout le monde d'atteindre la gare). Grosse haine pour bien commencer la soirée, check. Mais heureusement, ça a plutôt tendance à s'améliorer par la suite avec notamment Akron/Family sur la grande scène. Les deux barbus et le batteur servent un répertoire assez trippé à inspiration ethnique qui passe moyen en CD mais qui, en live, fait bien plaisir. Après, on est peut-être pas 100% convaincues par les chorégraphies que le chanteur tient absolument à nous faire faire mais au fond, l'humour et la bonne humeur du groupe sont plutôt contagieux. Mention aussi aux changements de rythmes inopinés qui ponctuent leurs compositions (et sans lesquelles on s'ennuierait, très probablement). 

Bâtonnets de carotte et Blévitas.
Arrive ensuite l'heure des Crystal Fighters, pathétiques. Depuis leur prestation un peu simpliste à la Superette il y a deux ans, ils ont gagné en membres et en cheveux mais si le concert à la Case à Choc passait encore tellement c'était brouillon/punk, ici, c'est juste horrible. Des pseudo-tubes incarnés par un chanteur tellement pété qu'il voit même plus ses pieds. J'ai préféré passer mon chemin et grignoter des carottes en attendant la suite soit The Tallest Man On Earth qui déçoit aussi. Alors qu'il avait cassé la baraque au Fri-Son cet hiver, il fait juste figure d'un song-writer romantique mou du genou là. Vient Gonjasufi que beaucoup attendaient au tournant. Mais encore une fois, grosse déception. Alors que la bombe "A Sufi And A Killer" laissait présager un concert d'enfer, on se retrouve avec un groupe de musiciens prétentieux et un Gonjasufi acariâtre qui insulte le technicien pendant vingt bonnes minutes alors que ce dernier a visiblement fait de son mieux pour tenter de palier les problèmes de son récurrents de la B-Side. Une fois n'est pas coutume, on va largement préférer le disque que la bande semble malheureusement bien incapable de rendre en live.

7.6.11

Kilbi Killed Me (part 1)

BAD BONN KILBI
26, 27, 28 mai 2011

Oui, oui, oui, on est un peu à la traine avec notre chronique du Kilbi, on regrette et on compense avec une photo de chat. Bref, après avoir crié aux monts et merveilles en découvrant la programmation du Bad Bonn Kilbi en mars dernier, l'antenne suisse de TEA a finit par y mettre les pieds le week-end dernier. Et figurez-vous que pour une première, c'était une grande première. Chronique en deux volets d'un festival fait de beaucoup de hauts et de quelques bas (parmi lesquels, le spasme de la mort que se sont payé mes jambes lors du dernier concert). On espère que vous n'en avez pas déjà marre.

"Putain mais il est où ce Bad Bonn?"
Il y a 50 ans, un petit bout de patrimoine fribourgeois se noyait dans les eaux d'un tout nouveau lac. Le hameau en question avait beau abriter les plus anciennes thermes du pays, il fut sacrifié pour l'électricité que fournit dès lors le barrage de Schiffenen. Depuis, de l'eau a coulé dans les turbines (de la vapeur aussi, mais on essaie d'arrêter) et le nom "Bad Bonn" subsiste encore, grand et blanc sur la façade d'un petit club perdu au milieu des champs.
Perdu, c'est le mot. On m'avait dit "dix minutes à pieds, tout droit, en sortant de la gare" mais comme j'ai commencé par sortir de ladite gare du mauvais côté, j'étais pas rendue. Départ du bon pied, donc, dès le jeudi. Par la suite, j'ai trouvé le chemin balisé, et même décoré avec, euh, fantaisie; alors s'est allé tranquillou. Pour info, la bonne sortie, c'est celle vers la fabrique de fromage.


3.5.11

Chou

Une angine, ça pue. On ne peut ni parler, ni chanter et encore moins avaler. En gros ça interdit tout ce qu’il y a de cool dans la vie, ou presque. La preuve : mardi dernier, après avoir carburé au néo-angine et au thé au miel (il y a aussi des bons côtés), j'ai pu aller voir Owen Pallett au Fri-Son. D'ailleurs c’était tellement bien que j’en ai oublié de tousser. C’est dire.


OWEN PALLETT 
@FRI-SON, FRIBOURG 26/04/11

Déjà, prenons le personnage pour ce qu’il est, soit la mignonnerie incarnée. Genre il pourrait être membre de Be Wiz'U ou bien aussi dégarni que Will, on l'aimerait quand même. Mais le mieux c’est qu’il ne se contente pas d’être adorable. Au contraire, il passe son temps à essayer de s’effacer derrière sa musique qui est encore plus géniale en live que sur ses récentes productions. Bon, vous direz que c’est un peu normal pour un type qui a collaboré avec de désormais gros groupes comme Arcade Fire ou The National. Mais, voyez-vous, j’avais peur me lasser trop vite d’un gulu seul sur scène, en chaussettes, avec un violon, un synthé et une pédale looper. Trop pas en fait.


Non, et j’insiste sur ce point, Owen n’est pas un usurpateur. Bien que moyennement à l’aise en public, il s'investit corps et âme dans son concert et parvient à se renouveler de morceau en morceau, enchaînant les titres comme s’ils ne formaient qu’un. Piochant allégrement dans ses plus récentes compositions (de l'album  Heartland à l’EP A Swedish Love Story) il construit ses mélodies couche par couche sous nos petits yeux ébahis, avant d'agrémenter le tout de sa jolie voix. En vrac, on retient surtout les géniaux "Keep the Dog Quiet", "Lewis Takes Of His Shirt", "A Man With No Ankles" et  un "Scandal at the Parkade" particulièrement jouissif.