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24.6.13

Mavralous

On n’a pas souvent l’occasion de voir un opéra dans une halle industrielle, encore moins dans une ex-usine à bière. Opéra Louise l’a fait. Et après La Chauve-Souris l’année dernière à Fri-Son, l’audacieuse équipée a présenté Mavra dans feu la brasserie Cardinal. Ce lieu est hautement symbolique à Fribourg. Fermée l'an dernier après avoir brassé le malt de nos canettes pendant plus d'un siècle, l’usine est aujourd’hui vouée à la destruction et fera place à un parc technologique. Il s’agissait donc d’une occasion unique, aussi bien pour la troupe que pour ses auditeurs, d’investir l’immense halle d’embouteillage. Jouant sur l'aspect exceptionnel du lieu, Opéra Louise a campé son Mavra devant un décor tout en hauteur, à la manière d'un immense calendrier de l'avent coloré. Répartis sur plusieurs niveaux, les personnages de la pièce se découvraient puis disparaissaient successivement derrière des stores intégrés à l’ensemble. Balayant avec talent les défis acoustiques de la salle, les interprètes ont superbement incarné l'oeuvre de Stravinsky si bien qu'au final, l'originalité de la halle Cardinal devenait plus anecdotique pour le public. 

MAVRA 
Opéra Louise @Ancienne brasserie Cardinal, Fribourg

Arrivés sur le parking à camions du site industriel, les spectateurs étaient accueillis par un panneau ultra glamour portant la mention "saucisses". Décidément, chez Louise, le moindre petit détail est prétexte à chambouler les "conventions", quelles qu’elles soient. Les instigateurs aiment d’ailleurs à le rappeler, affirmant dans leur programme l’ambition d’une compagnie "[qui] renouvelle les codes de l’art lyrique. Qui ose bousculer et provoquer. Qui ose l’indispensable, en somme.". Heureusement, les œuvres présentées relevaient ce défi avec un vrai sens de la dérision, sans quoi ce foin prétentieux aurait semblé un peu lourd.

L’opéra, justement, parlons-en. Composée lors de la phase dite "néo-classique" de Stravinsky (si tant est qu’Igor puisse être taxé de classicisme), Mavra est à elle seule un objet curieux. Durant à peine une demi-heure, la pièce met en scène un hussard travesti en cuisinière afin de pouvoir s’infiltrer chez sa bien-aimée au nez et à la barbe de la mère de celle-ci. Alors que la matrone rentre plus tôt que prévu d’une balade avec sa voisine, elle surprend sa nouvelle employée en train de se raser et s’évanouit. Fin de l’histoire. Inspirée par une nouvelle de Pouchkine, l’histoire passe à la vitesse de la lumière, telle une bulle qui gonflerait inexorablement jusqu’à l’explosion. Point final.

15.6.12

Kilbi I: L'amour est dans le pré.

De retour du Kilbi, j'avais pondu une intro pleine de voyelles du style "j'adoooooore ce festival/je n'arrive pas à être objectiiiiiiive/cette année c'était comme des vacances idéaaaaales/blablablaaaa". Avec un peu de recul ça semble un tantinet ridicule. Pourtant, c'est la vérité: le/la Bad Bonn Kilbi inspire un amour démesuré à toute une frange de petits Suisses. Helvètes branchouillards ou briscards de la région, ils sont quelques milliers à s'être doré la pilule ce week-end de début juin dans une atmosphère idyllique qui tient beaucoup du lieu, de l'ambiance décontractée et de la programmation. On ne reviendra pas sur la qualité de l'affiche - c'est la meilleure de la saison (avec le B-Sides peut-être, petit frère lucernois qui se déroule ce week-end, sous le soleil également). Reste qu'au final, ça s'est soldé en déceptions et découvertes, comme partout ailleurs. Sauf que bon, c'était Kilbi. Avec cette simple mention, tout est déjà dit.
 BAD BONN KILBI 2012
31, 32, 33 mai, Düdingen
(première partie)

Une première chose à savoir, c'est que - dans la région du moins - le club Bad Bonn est entouré d'une aura jaune/verte (dynamisme, amour universel) contagieuse. Même campée au fin fond de la campagne, toute seule au milieu des champs, la maison attire. Et elle porte fièrement sur sa façade le slogan "Where the hell is Bad Bonn?" qui a dû traverser la tête de plus d'un musicien/spectateur se rendant pour la première fois sur les lieux. Deuxième point non moins important, c'est l'âme du lieu, qui doit tant à la personnalité de son programmateur, pardon, ses programmateurs - et à son staff aux longs cheveux, gros bras, et tatouages (pour certains). L'esprit est à la décontraction. On va pas s'emmerder avec des têtes d'affiches lucratives, ni s'encombrer de sponsors trop envahissants. Le festival annuel doit lui aussi garder une proportion humaine. Oh et n'oublions pas que la promo, à petit budget, n'est qu'accessoire et fait rire un peu jaune, car tous les billets ont été vendus en un tour de main. C'est ça d'être un petit mythe.

2.5.12

Champagne vs. bière

Dimanche dernier s'achevait une semaine bien particulière à Fri-Son. Dans ce lieu généralement réservé aux soirées passant de la dubstep au doom metal, on avait rarement vu un orchestre symphonique. Encore moins celui de Prague. Et que jouait la bande de Tchèques peu accommodés à la sueur et à la bière? Un opéra, tout simplement. "La Chauve-Souris" de Johann Strauss Fils (celui du Danube Bleu ouais) plus précisément. Et c'est la troupe fribourgeoise Opéra Louise qui occupait la scène pour un mélange de styles parfaitement réussi.
LA CHAUVE-SOURIS
Opéra Louise @Fri-Son

Dès l'ouverture, la musique du Vienne XIXe sautillait tellement qu'on ne savait pas si toute cette histoire était très ironique ou ridiculement sérieuse. Sûrement que le contraste entre le genre et le lieu nous déstabilisait quelque peu. Ou alors était-ce parce que nous préférons Richard Strauss au "roi de la valse". Cela dit, la première impression a vite fini par se tasser, car le sérieux n'était pas à proprement parler la caractéristique principale de cette opérette bouffe (ou "buffa" c'est à dire "comédie" et non "ripaille"). Au contraire, dans le livret que Strauss a mis en musique, toute façade de bourgeois sans rien à se reprocher est aussitôt craquelée et révèle des personnages dignes d'un épisode de Top Modèles. Un sujet qui, au final, était facilement adaptable au lieu et à l'époque actuelle. Ce qu'ont fait avec talent les instigateurs du projet qui se sont même infligé la traduction du texte original ("Die Fledermaus") dans un français peut-être plus audacieux que la version latine déjà pré-existante. En tout cas dans des envolées lyriques louant la fête et l'alcool, il suffisait de remplacer "champagne" par "bière" et "couche" par "baise" pour qu'on s'y croit.