L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
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16.3.16

Thé dansant #3 : instruments bizarres, terroristes belges, petites constellations


TEA vous propose tous les quinze jours ses thés dansants, une petite sélection de ce qu'on a aimé écouter dernièrement, ce qu'on a vu en concert ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.
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Cette semaine j'ai eu la chance de (re)voir Beach House en tournée pour leur nouvel album Depression Cherry à la superbe salle Rialto, un théâtre aux airs art nouveau de Montreal. C'était tellement beau. Dans la semi-obscurité et les lumières dorées qui ondulaient sur les tentures, la voix légèrement rauque de Victoria Legrand n'a pas manqué de captiver la salle en entier. Et soudain, au bout de trois, quatre morceaux qui avaient achevé de nous envoûter, un mur de petites lumières s'est allumé dans le fond comme une myriades de petites constellations. L'effet était saisissant. Cela illustre bien la dynamique à double tranchant du groupe. D'un côté confondant de douceur cotonneuse et de l'autre, fascinant par ses nappes plus sombres, carrément shoegaze sur la fin. Trop beau je vous dit.
Ça m'a inspiré le gif ci-dessus. J'ai aussi relu l'article de mon premier concert de Beach House (lol vieux moi). Ah et la première partie c'était pas mal aussi, c'était un type qui s'appelle Moss of Aura. - AV

Point excitation : vivement vivement vivement le nouvel album de Suuns. Leur dernier disque (si l'on excepte cette intéressante collaboration avec Jerusalem In My Heart) date d'il y a trois ans. Il est donc grand temps. On a tous besoin de nouveaux morceaux sombres et hypnotisants et parfois malsains, s'il vous plait merci. Le troisième album des Canadiens, Hold/Still, sort le 15 avril. En attendant, il y a le premier single, "Translate", et surtout, surtout, le petit dernier, "Paralyzer". Le groupe fait une tournée au Canada et arrive ensuite en mai sur le vieux continent, Bruxelles, Lille, Paris. Très bien. - M


6.3.15

“The present circumstance, you can change it, you’re absolutely free”

Ça fait longtemps qu'on n'a plus parlé tout simplement de groupes sur TEA, avec la vocation d'un blog de musique qui évoquerait ses nouvelles/anciennes passions. Une tendance aujourd'hui réparée puisqu'au gré de programmations audacieuses, on se retrouve encore avec bonheur à tomber sur des groupes inconnus et complètement géniaux. La dernière en date :

ABSOLUTELY FREE
"On était en tournée avec toutes nos affaires dans notre van, c'était déjà tard le soir et les conditions étaient mauvaises. Au bout d'un moment on a carrément dû s'arrêter tellement il y avait de brouillard. On a passé plusieurs heures coincés là, à ne rien pouvoir faire. Ça fait partie de ces moments hors du temps." c'est ainsi que Matt King, tout transpirant après son concert au Bad Bonn, m'introduit ses paroles éthérées de la chanson "Beneath the Air", une sorte de balade psyché-à-la-Tame-Impala au clip tout dessiné :


Plus romanesque tu meurs. Nous venions de discuter de l'importance qu'on accorde aux paroles des chansons et comment lui les conçoit pour ses compositions. La réponse ne casse pas des briques : en gros, les paroles sont importantes pour lui, même s'il est difficile d'avoir l'assurance nécessaire pour les scander. Qu'il se rassure, la plupart de ses évocations poétiques se fondent dans la masse sonore des compositions. A mon goût, ce qui fait avant tout le charme d'Absolutely Free, c'est plutôt ces changements de rythme, d'une lourde tendance martiale vers quelque chose de plus éthéré slash voyage intergalactique comme ici :

24.6.14

Falafel deluxe

La Kilbi et moi, on a une relation basée sur l'amour et l'émerveillement. Ca fait plusieurs années qu'on se rencarde et elle est toujours aussi intéressante. Ah ça, elle a du goût, la Kilbi. Comme un falafel "deluxe", avec tous les légumes qui suintent et la sauce blanche qui macule le menton. Je lui ai déjà chanté la sérénade en long, en large et en travers, à un moment on était même assez à l’aise pour se poser des questions pas simples, genre "qu’est-ce qui fait un bon concert ?". Et pour le coup, ça tombait bien, parce que c’est un peu sa spécialité, les bons concerts. La preuve avec cette nouvelle édition du festival, qui nous a fait découvrir des groupes dont j’aurais envie de graver le nom en lettres capitales, dorées et constellées de paillettes dans l’écorce des arbres et sur les cadenas du Pont des Arts. Jusqu’à ce qu’on s’écroule tous.
image: bad bonn
BAD BONN KILBI 2014
29.-31.05.2014
Düdingen

/ GOAT / MERIDIAN BROTHERS / BOMBINO / ACID ARAB /
Ces groupes là sont de bons mélanges de genres. Si on avait passé la quarantaine on dirait "du métissage", mais ça fait un peu babs et macramé alors on préfère parler de bouillabaisse globalisée. En gros, une partie des meilleurs concerts de la Kilbi 2014 étaient basés sur des mix de cultures. Non pas qu’on cherche ici à prendre des airs condescendants en applaudissant la présence d’un djembé dans un groupe de rock-psyché. Au contraire, on parle plutôt d’un melting pot comme il y en a toujours eu dans l’histoire de la pop music. Une réappropriation de codes fortement connotés, comme par exemple de la rumba, remixés avec des trucs qui n’ont à priori rien à voir, genre un synthé aux sonorités intergalactiques. Et à la fin ça donne MERIDIAN BROTHERS, un groupe colombien génial, dont la facétieuse reprise de "Purple Haze" suffit à me mettre la larme à l’œil. Il faut les voir ces bougres, insérer des effets rigolos dans des classiques de salsa pour un résultat digne d’AtomTM reprenant Kraftwerk avec son orchestre chilien fictif Senor Coconut :
En plus ils portent bien la chemise en satin.

4.12.13

"Au fond, il est impossible de renoncer à la nostalgie."

En temps normal, j'enregistre toutes mes interviews avec un vieil enregistreur cassette hérité de ma maman. Je l'aime bien, il fait un petit bruit rassurant quand il est en marche et le gros "clac" sur la bande à la fin de l'interrogatoire a quelque chose de très satisfaisant. Franchement désuet, l'outil suscite souvent des réflexions amusées de la part des groupes du genre "ça court plus les rues ce genre d'engin!" et parfois, j'ai même droit à un chapitre nostalgique sur les playlists qu'untel a façonné dans sa folle jeunesse. Avec son album Cabinet of Curiosities qui compile un tas d'instrument qu'on n'a plus tant l'habitude d'entendre de nos jours, Jacco Gardner semblait être le client parfait pour discuter face aux bobines usées de mon vieux clou d'enregistreur. Malheureusement, pile poil ce jour là, je n'avais plus de cassettes vierges à remplir de l'anglais parfait du jeune Hollandais. Ce sont donc les bobines virtuelles de mon téléphone qui ont déclenché une remarque nostalgique de la part du petit jardinier. Aaah qu'il était beau le passé! Nageant en plein dans la "rétromania" ambiante, Jacco nous a longuement entretenues de sa vision idéalisée des sixties. Bien moins timide que ce qu'il ne laisse paraître, il a pris le temps de répondre de façon réfléchie à toutes nos interrogations - que ce soit au sujet de sa collection d'orgues vintage ou de sa mascotte Fredrik. Aperçu de l'univers onirique d'un garçon le cul entre deux temps.

INTERVIEW JACCO GARDNER

TEA : Ta musique est clairement référencée sixties. D’ailleurs, tu cites souvent des groupes de cette époque en tant qu’influence. Il n’y a rien de bien en 2013 ?
Jacco Gardner : D'une certaine façon, oui. Mais ce que je considère comme de la bonne musique ne le sera pas forcément pour quelqu’un d’autre. J’aime beaucoup la musique qui excite l’imagination, qui transporte l’auditeur dans son propre univers et le détache de la réalité. La musique doit être marquée par différentes énergies. Toutes ces choses étaient très importantes dans les années soixante.
Tu penses que cet "esprit" a disparu avec le temps ?
C’est en train de revenir. Un certain nombre de nouveaux groupes sont inspirés par les sixties comme je le suis moi-même. Actuellement, il n’y a que peu de groupes qui font des choses qui sonnent radicalement "nouveau".
Si la plupart des groupes sonnent clairement référencés, c'est parce que tout a déjà été composé ?
Je ne sais pas. Je pense que la musique avait un sens différent dans les sixties. Malgré tout, je pense que l’inspiration qu’on en tire aujourd’hui est différente que celle de l’époque. Aujourd'hui, la musique combine le contexte actuel avec les inspirations des années soixante. Je ne pense pas que les groupes se contentent de copier le passé. Je pense au contraire qu’ils parviennent à faire des choses très nouvelles tout en étant très inspirés par les sixties.

20.5.13

Bikini Kilbi

Hoplà! Dans quelques jours c'est Kilbi! Le petit festival du trou d'cul de la campagne singinoise se profile une fois de plus avec une programmation irréprochable. Il ne reste plus qu'à peler quelques carottes à emporter en guise de casse-crôute et on y est! En attendant, ça nous donne un super prétexte pour faire une playlist pleine de guitares histoire de nous échauffer les oreilles. Ou plutôt à nous réchauffer les oreilles par les temps qui courent.
☂ ♫ ☂ ✿ ☂
"Sandy" - Allah Las 
(samedi - 19:15 - main stage)
"Get Found" - Bass Drum Of Death 
(samedi - 16:15 - b-stage)
"I Got Skills" - Mozes and the Firstborn 
(vendredi - 18:00 - b-stage)
"Ausland" - Camera 
(samedi - 21:30 - club stage)
"While You Wait For The Other" - Grizzly Bear 
(vendredi - 23:00 - main stage)
"No Barrier Fun" - Liars 
(vendredi - 00:30 - b-stage)
"Die in 1977" - Rebuilding the Rights of Statues
(vendredi - 17:00 - main stage)
"Only Shallow" - My Bloody Valentine 
(jeudi - 22:30 - main stage)
"Scissor People" - Ty Segall & White Fence 
(samedi - 17:00 - main stage)
"Tenere Taqqim Tossam" - Tinariwen 
(jeudi - 00:00 - b-stage)
"Smoke Ring For My Halo" - Kurt Vile & The Violators 
(jeudi - 19:30 - b-stage)
"Opposition" - Thee Oh Sees 
(jeudi - 21:30 - b-stage)
"It's Choade My Dear" - Connan Mockasin 
(vendredi - 21:00 - main stage)
☂ ✿ ☂ ♫ ☂

Ca promet d'être bien aussi : le concert participatif de Dan Deacon, le batteur Julian Sartorius, les expérimentations de Minimental, le baptême du nouveau chat de la salle, Speck, et tout un tas d'autres trucs.

28.9.12

Summer crush

A l'école, la première rédaction portait toujours sur les trucs qu'on avait fait en vacances. Des activités forcément trop cools parce qu'on n'avait pas encore l'âge de passer l'été à trimer histoire d'avoir de quoi se payer une vie. Cette semaine on a fait nos listes d'amours de vacances dans le même esprit nostalgique et la même envie d'y retourner là maintenant tout de suite.

SUMMER CRUSH

❤ M a r i e ❤

❤ A n n e - V a l é r i e ❤

24.6.12

Kilbi II: Le dilemme live / enregistré.

Cette intro ne parle pas du tout du vendredi de Kilbi. Vous êtes donc autorisés à passer direct au reste du récit. Mais on tenait tout de même à mentionner que c'est chouette parce que lors du concert de Brian Jonestown Massacre au Bad Bonn mercredi passé (c'était incroyaaaable, oui, mais là n'est pas le sujet), on a été bien contents de voir que la déco de la Kilbi était toujours debout. Déco, késako? En fait, chaque année, une équipe met sur pied une sculpture géante dans l’enceinte du festival. L'an dernier, c'était un cube en caisses à bouteilles de bière Cardinal. Cette année, c'étaient des diamants en bois énorme, éclairés au VJing qui changeant ainsi de couleur au fil des projecteurs. Évidement, pas de risque pour les festivaliers car les constructeurs font en sorte que la chose soit bien stable ("schtabil"). Cette riche idée offre un agréable point d'appui aux dos des festivaliers fatigués et fait aussi partie de l'identité du rendez-vous. Imaginez un peu si les autres s'y mettaient, on aurait peut-être droit à des gants de boxe géants encadrant le lac du Malsaucy. Ou bien un arc-en-ciel énorme s'étalant au dessus du public de la scène de la plage, sur lequel on pourrait gambader comme des licornes. Ca ferait toujours plus d'ombre que les troupes de théâtre ambulant des Eurocks. Mais venons en plutôt aux faits.

 BAD BONN KILBI 2012
31, 32, 33 mai, Düdingen
(deuxième partie)

Vendredi 32 mai: Metronomy oustiti
Après une première soirée pour se mettre en jambes, on est arrivées déjà à moitié cassées à Kilbi, pour un deuxième round très pop. Il faisait toujours beau et chaud et nous l'avons bien senti dans les bouchons qui ont ralenti notre route nous faisant rater Aïe Ca Gicle. Parait que c'était pas mal. Ce qui est sûr c'est que nous avons finit par arriver juste à l'heure pour la découverte de la journée - Station 17 - ainsi que tous les bons (et moins bons) restes.


15.6.12

Kilbi I: L'amour est dans le pré.

De retour du Kilbi, j'avais pondu une intro pleine de voyelles du style "j'adoooooore ce festival/je n'arrive pas à être objectiiiiiiive/cette année c'était comme des vacances idéaaaaales/blablablaaaa". Avec un peu de recul ça semble un tantinet ridicule. Pourtant, c'est la vérité: le/la Bad Bonn Kilbi inspire un amour démesuré à toute une frange de petits Suisses. Helvètes branchouillards ou briscards de la région, ils sont quelques milliers à s'être doré la pilule ce week-end de début juin dans une atmosphère idyllique qui tient beaucoup du lieu, de l'ambiance décontractée et de la programmation. On ne reviendra pas sur la qualité de l'affiche - c'est la meilleure de la saison (avec le B-Sides peut-être, petit frère lucernois qui se déroule ce week-end, sous le soleil également). Reste qu'au final, ça s'est soldé en déceptions et découvertes, comme partout ailleurs. Sauf que bon, c'était Kilbi. Avec cette simple mention, tout est déjà dit.
 BAD BONN KILBI 2012
31, 32, 33 mai, Düdingen
(première partie)

Une première chose à savoir, c'est que - dans la région du moins - le club Bad Bonn est entouré d'une aura jaune/verte (dynamisme, amour universel) contagieuse. Même campée au fin fond de la campagne, toute seule au milieu des champs, la maison attire. Et elle porte fièrement sur sa façade le slogan "Where the hell is Bad Bonn?" qui a dû traverser la tête de plus d'un musicien/spectateur se rendant pour la première fois sur les lieux. Deuxième point non moins important, c'est l'âme du lieu, qui doit tant à la personnalité de son programmateur, pardon, ses programmateurs - et à son staff aux longs cheveux, gros bras, et tatouages (pour certains). L'esprit est à la décontraction. On va pas s'emmerder avec des têtes d'affiches lucratives, ni s'encombrer de sponsors trop envahissants. Le festival annuel doit lui aussi garder une proportion humaine. Oh et n'oublions pas que la promo, à petit budget, n'est qu'accessoire et fait rire un peu jaune, car tous les billets ont été vendus en un tour de main. C'est ça d'être un petit mythe.

6.5.12

Kermesse

Ouais ouais ouais voilà, il ne reste plus qu'un petit mois avant la Kilbi. Le festival (faut-il encore le présenter?) se déroulera les 31, 32 et 33 (sic) mai prochains au Bad Bonn à Düdingen. Déjà quasi complet, le rendez-vous est un incontournable pour les mélomanes suisses qui ne vont pas au Primavera. Affirmant son positionnement à l'écart des grosses machinations avec le slogan, "Unkommerziel und Geldgierig", les organisateurs nous ont, comme à leur habitude, concocté une programmation aussi soignée que visionnaire et variée. Moins grandiloquente que l'édition 2011 (QOSTA, Animal Collective, Swans, ...), la liste 2012 rassemble tout de même quelques gros classiques (Afghan Whigs, Mudhoney), des habitués (Lee Ranaldo de Sonic Youth, Lee Scratch Perry), des fers de lance indiep4k (Oneothrix Point Never, Beach House), quelques fleurons locaux (Dieter Meier de Yello, Dimlite, Fai Baba, Demolition Blues) des groupes qui seront sûrement mieux en live qu'en mp3 (Action Beat, Dead Western, Za!), et une pincée de trucs surprenants dont la Kilbi a le secret. Pour se mettre d'hors et déjà dans l'ambiance, on vous a mitonné une petite playlist (où l'on s'est fendu le coeur à devoir choisir parmi tous ces artistes.).

BAD BONN KILBI 2012
PREVIEW PLAYLIST
⎊⎊⎊ KERMESSE ⎊⎊⎊



⎊⎊⎊ TRACKLIST ⎊⎊⎊

1.  Other Lives - "For 12"
Commençons en douceur, comme un lever de soleil, comme le jeudi de ce Kilbi 2012 qui promet de l'indie, de la folk et de l'éléctro planante. Un registre dans lequel on pourrait aisément caser le dernier album des ricains Other Lives Tamer Animals - sauf qu'en fait ils jouent le samedi. Allez comprendre.

2. Onipa Nua - "I Feel Alright"
Oké trop logique, maintenant on incruste un type qui ne figure pas au programme. Du moins, pas directement. Car c'est en parcourant le super blog de Brian Shimkovitz aka Awesome Tapes From Africa que nous avons découvert cet ancien busker Ghanéen. En effet, des suites de plusieurs voyages en afrique, Shimkovitz s'est donné pour mission de rendre son incroyable collection de cassettes accessible au monde. Il en fait des Djset (on a encore un peu de la peine à s'imaginer comment il fait ça avec des cassettes mais bon) et puis il y a le fameux blog sur lequel on découvre que "musique africaine" n'est pas forcément équivalent à de la "world music" tout en djembé et marimbas. Cela dit, les pochettes à elles seules valent déjà le détour. Voyez plutôt là, là et aussi là.

3. Mudhoney - "Good Enough"
Avec le même moto "rien à foutre je kiffe ma life" mais dans une version plus acerbe, les papis Mudhoney font partie de ces groupes pour lesquels on aimerait bien être nées plus tôt. Originaires du Seattle des années 80-90, les gars semblent encore avoir assez d'énergie pour un live fougueux. Espérons du moins.

4. Moonface - "Return to the Violence of the Oceans Floor"
Projet annexe de Spencer Krug (Wolf Parade, entre autres), Moonface se résume en des orchestrations de long morceaux assez jolis quoi qu'un peu lassants à la longue. Ca bip de partout sous forme de longs mantras de musique de jeux vidéos désorganisée. Et puis Krug y calque une voix quasi parlée pour compléter la méditation.

24.3.12

"Tu devrais monter un groupe et l'appeler "The Tea's""

S'il n'y avait pas eu un bug à London Bridge lors d'une soirée pluvieuse, on n'aurait jamais vu les Still Corners au Bad Bonn. Du moins, pas sous cette forme. En effet, chez ce groupe américo-briton, tout repose sur l'heureux hasard de la rencontre entre le musicien Greg Hughes et Tessa Murray, la chanteuse à la voix éthérée. Ensemble, ils ont réalisé un premier LP  dream pop langoureuse plutôt réussi -  Creature of an Hour. On les a découverts en concert mercredi dernier et c'était bien, gentil, atmosphérique. Dans sa robe blanche, Tessa prenait des airs d'enfant perdue, comme s'il n'y avait pas d'autre moyen d'incarner une voix de petite fille timide. Pendant ce temps, en retrait, à la batterie, Greg supervisait les opérations. Épaulés par un guitariste et un bassiste, le duo a enchaîné les titres pendant qu'en fond s'égrainaient des images de vieux films. Un peu comme dans "Video Games" tsé, mais en plus joli. On retient notamment cette version d'Alice au Pays des Merveilles en carton ainsi que les jolis losanges N/B. Paradoxalement, notre moment musical favori fut celui où, pendant quelques minutes, les musiciens se sont adonnés à une partie instrumentale à la croisée entre mantras kraut et intro à la "Sea Within A Sea". Cela dit, on a quand même bien apprécié les "History of Love" et autres "Endless Summer" exécutés avec précision (comprendre ici "exactement comme sur l'album"). Sans parler de la nouvelle chanson "Blue Eyes", en mode Beach House blond. Mais ce qui importe ici, c'est qu'on a  discuté avec le groupe autour d'une eau citronnée en début de soirée. On pense avoir tout compris et bien retranscrit malgré le soundcheck de Buvette, qui dévoilait son nouvel album en première partie ce soir là.


 INTERVIEW STILL CORNERS

On peut lire partout que vous vous êtes rencontrés par hasard sur un quai. Que se serait-il passé si vous n'aviez pas pris le train ce jour là?

Greg Hughes: Je ne sais pas.
Tessa Murray: Il aurait sûrement rencontré une autre chanteuse.
Greg: Tu crois? Je ne sais pas.
Tessa: Still Corners serait très différent.
Greg: Ca c'est certain.
Y aurait-il tout de même un groupe du nom de Still Corners?
Greg: Oui. Je sortais déjà des trucs sous ce nom avant.
Donc sur l'EP "Remember Pepper", ce n'est pas Tessa qui chante?
Greg: Non, c'est une autre personne. Mais parfois, les gens confondent.
Tessa: Je crois qu'ils aiment bien ce côté romantique de la formation du groupe, basé sur une rencontre inattendue. Mais en fait, je n'ai fait que rejoindre un groupe déjà existant.



13.3.12

"Concerto in K major"

Fin février, on a vu Tune Yards. Pardon: tUnE YarDs (mais c'est moche). Nous étions donc au super concert de la meuf lorsqu'en première partie, nous avons découvert un nouveau groupe qui allait enfoncer un peu plus le clou étiqueté "je veux aller en Islande ça m'a tout l'air d'être le meilleur pays du monde". En bref : l'autre jour, on a découvert par hasard Caterpillarmen. Et même que c'était bien.

CATERPILLARMEN
en première partie de Tune Yards
@Bad Bonn, 21/02/12

Ils sont donc islandais et ils ont des têtes bizarres. Je ne veux pas dire que l'un engendre forcément l'autre mais on peut quand même regarder Jonsi et Bjork et puis reconsidérer les choses (cela dit, on peut aussi regarder Olafur Arnalds et mourir devant tant de mignonnerie). Non, en fait, il serait plus approprié de dire "ils viennent d'Islande et sont de super musiciens". Check. Sérieusement, qu'est ce qui les rend tous si fantastiques dans ce pays? En plus d'être islandais, les gars de Caterpillarmen sont jeunes. Et pour l'heure, Google n'a pas l'air de savoir grand chose sur eux, si ce n'est que "caterpillar men" se traduit par "chenille homme" ou chaussures moches. Au détour de leur Bandcamp on apprend également qu'ils se sont rencontrés grâce à une certaine Iguun Erla. Et quand on cherche Iguun Erla, on tombe notamment sur ça. En somme, Caterpillarmen, c'est un groupe surprenant (en vrai, on a cru avoir affaire aux suisses Combineharvester jusqu'à ce qu'ils se mettent à converser). Ils font surtout du rock d'inspi 70ies et le reste est résumé dans cette vidéo de présentation:


Caterpillarmen rappellent un peu les Doors. Mais ils s'en distancient de façon, disons, survoltée et principalement instrumentale. En effet, dès l'ouverture de Babycum, le dernier album en date, le synthé se tortille ("Siggi"). D'ailleurs, il devient même très vite l'acteur principal de l'enregistrement. C'est lui qui décide du rythme, qui freine ou accélère et qui dialogue avec la basse ("Kalli"). Le chant "babe babe" à la Jim Morrison ne s'impose jamais vraiment. Il est plutôt murmuré les yeux fermés ("Penetration Baby"). Un peu plus loin, les paroles "like a balloon!" explosent avec un autre genre de passion ("Pop (like a balloon)"). Car Babycum se caractérise surtout par les changements de tension en forme de fonction sinus: ascendant - descendant à l'infini, sur motif mélodique répété et hypnotisant. Le plus étonnant dans tout cela, c'est que ça donne très bien en live. Mieux qu'en enregistrement même. Pourtant peu fan des longs nuages guitaresques (coucou Wolf and Rhino), là, on s'emporte. Surtout assis. Surtout fatigué. Et surtout, surtout, avec les petites blagues et les noms de chanson absurdes genre "Concerto in K Major". Le tout servi par des gus avec des chaussettes en laine énormes aux pieds. C'était vraiment pas mauvais.

7.10.11

"I wish that every time he touched me left a mark"

Elle n'a pas la carrure fragile d'une chanteuse mignonne qu'on prendrait dans ses bras, et sûrement qu'elle s'en fout. Erika M. Anderson n'est pas là pour papillonner des cils, au contraire, elle flanquerait plutôt des baffes. De bonnes grosses claques pleines de hargne et de sueur tout en réglant ses comptes avec des paroles bien senties et une fougue punk de cave sombre. Vue et appréciée au Bad Bonn vendredi passé. Écoutée et aimée sur son premier opus solo Past Life Martyred Saints, EMA ne nous laisse pas indifférentes. Et peut-être bien qu'elle s'imprime insidieusement en nous. Comme elle le chante si bien: "I Wish That Every Time He Touched Me Left A Mark". 

EMA
Past Life Martyred Saints 
@Bad Bonn 30/09/11

DSC_0047_Jkung

Certes, hors contexte, certaines paroles font un peu emo ("I'm just 22; I don't mind dying"). Mais lorsque les morceaux sont pris comme un tout, comme il se doit, la tension des phrases d'EMA colle parfaitement à l'atmosphère générale de son album. Tour à tour brutal presque crado ("Butterfly Knife", "Milkman") puis lent ("The Grey Ship") puis quasi parlé ("Marked") puis torturé et lancinant, Past Life Martyred Saints mue sans s'égarer. Ca lui a valu une bonne note p4k et des tas d'éloges. De notre côté, on apprécie surtout la sincérité de la meuf. Et peut-être même qu'on l'envie un peu: après avoir été bien déçue par les rêves qu'elle projetait sur la Californie, elle se venge d'un bien senti "Fuck California". C'est sûrement un bon argument marketing mais soyons francs: tout le monde ne peut pas se targuer de régler ses comptes d'aussi belle (et tubesque) façon. Fuck le mirage évaporé du rêve américain? Ouais, c'est ça, fuck la vie. Et paf, dans ta face.


2.8.11

"Notre Utopia c’est par exemple en ce moment même, le fait d’avoir cette conversation avec toi"


S'il y a bien un truc cool à propos du groupe YACHT, c'est tout le tintouin philosophique qu'ils s'appliquent à faire passer en arrière plan. Alors bon, on peut froncer sourcils et nez devant leur fascination pour la spiritualité mais si on creuse un peu, on trouve des gens intelligents et vachement conscients de leur truc. YACHT, pour eux, c'est une façon de vivre, un tout. Et cela s'applique avec une rigueur qui implique entre autres de la bouffe végétarienne, des lunettes de soleil, des triangles et de la musique bien dansante pour shaker son booty en scandant du James Hilton ("Shangri-La lalalala lalalala"). Plus chatoyant que paradoxal, le duo nous a accordé une petite heure sur une terrasse humide à Düdingen. Claire a beaucoup parlé pendant que Jona la regardait en opinant du chef d'un air concentré. Dans l'ensemble, on bien rigolé en mangeant de la salade de fruits.


INTERVIEW Y△CHT


TEA : Pour votre dernier album, See Mystery Lights, vous avez dit dans de nombreuses interviews que les lumières de votre lieu d’enregistrement, Marfa (TX), vous avaient beaucoup inspirées. Cette fois-ci, vous avez enregistré dans trois villes différentes. Est-ce que ce "Triangle de la Côte Ouest" comme vous l’appelez a été une nouvelle source d’inspiration pour vous ?
Claire L. Evans : Assurément.
Jona Bechtolt : Oui, le lieu joue un grand rôle selon nous.
Claire : Nous avons choisi ces trois endroits parce qu’ils ont une importance particulière pour notre développement en tant que personnes et en tant que groupe. Premièrement, il y a Portland, c'est de là qu'on vient. Deuxième point, Los Angeles, où notre relation a commencé et enfin, nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui en tant que YACHT à Marfa, c’est donc notre troisième point. 
Ces trois lieux représentent des étapes de nos vies. En même temps, ce sont les endroits où nous avons été le plus heureux. Evidemment, les notions de bonheur et d’utopie sont très importantes pour nous. Nous sommes captivés par la façon dont on peut créer son propre bonheur, avec son propre pouvoir. Il nous a donc semblé logique d’enregistrer notre album dans des lieux qui avaient eut un rôle dans cette construction du bonheur dans nos vies.
En fait, nous avons passé la plupart du temps à Marfa. C’est, d’un point de vue créatif, l’endroit le plus important pour nous. Parce qu’il est isolé. Et aussi parce qu’il y a tout un tas de qualités surnaturelles sur lesquelles on se concentre dans notre travail.
Les lumières ont donc toujours leur influence.
Claire : Absolument. Mais c’est bizarre parce que les lumières sont à Marfa depuis toujours. Les gens qui habitent là-bas y sont donc habitués. C’est un truc magique et mystérieux mais ça fait partie de la vie normale. Ce n’est pas particulièrement excitant ou nouveau pour la plupart d’entre eux.
Jona : C’est même presque ennuyeux.
Claire : Oui, une fois que tu as passé assez de temps là-bas, ça commence aussi à faire partie de ta mentalité. Nous aussi on s’y est fait. Mais ça ne veut pas dire qu’on les considère plus sérieusement. C'est vrai, au fond, pourquoi il n’y aurait pas de mystère autour de nous ? Ces lumières sont pour moi le symbole de mystères plus grands qui nous entourent. Bien que la plupart du temps on n’y fait pas attention parce qu’on est trop absorbés par ce qu’on est en train de faire. Mais si on y pense, nous vivons sur un bout de roc qui flotte dans un chaos infini. C'est dingue ! Il y a plein de trucs qu’on ignore encore. Les lumières sont une façon évidente de se rappeler ces choses.
En tout cas, vous m’avez donné envie d’aller à Marfa, à force d’en parler !
Jona : Oh oui, tu dois absolument y aller !