L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
Affichage des articles dont le libellé est cinéma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est cinéma. Afficher tous les articles

3.5.13

"My log has something to tell you"

Au cas où vous n’étiez pas au courant, Twin Peaks est la meilleure série au monde. N’essayez même pas de protester, c’est comme ça, c’est sûr. Twin Peaks est inégalable. David Lynch a réussi à créer un univers d’une richesse telle qu’il fascine encore plus de vingt ans après. 

La semaine dernière, à une convention de geeks à Anvers, on a pu assister à une conférence de Catherine E. Coulson, aka la log lady. La femme à la bûche est un des personnages cultes de Twin Peaks, bien qu’elle n’ait qu’un rôle secondaire. C’était assez étrange de rencontrer l’actrice, bien plus sympathique que la grincheuse qu’elle campait au début des années 90. On a bu les paroles de cette dame d’un âge respectable (69 ans) au sens de l’humour aigu.


UNE RENCONTRE AVEC LA LOG LADY DE TWIN PEAKS 

Aujourd’hui, Catherine E. Coulson a abandonné sa bûche pour les planches. Elle travaille à l’Oregon Shakespeare Festival depuis des années. Elle adore jouer et "entendre les applaudissements", d’autant plus que vu son âge désormais avancé (elle l'admet elle-même), on lui donne des rôles plus intéressants. La seule chose qu’elle regrette, c’est qu’il n’y ait pas assez d’amour dans les rôles pour femmes matures. "Il faudrait écrire des parties pour que les vieilles dames comme moi puissent encore embrasser, c’est important." Issue d’une famille où le théâtre était omniprésent (sa grand-mère était actrice en Hongrie, sa mère dans des Vaudevilles) elle a toujours su qu’elle jouerait et en ferait sa carrière. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’elle a aussi travaillé de l’autre côté de la caméra. Elle a même été l’assistante de David Lynch pour Eraserhead

"Avoir été au bon endroit, au bon moment"
Dans les années 70, Catherine Coulson travaille pour l’American Film Institute où elle apprend les bases du métier d’acteur à de jeunes réalisateurs. Parmi eux, David Lynch. "C’était un cas à part. Il portait toujours trois cravates à la fois, il avait différentes cravates porte-bonheur… Une fois, David est venu à un de mes cours. Il l’a bien aimé, mais c’était beaucoup trop tôt le matin pour lui. Vous savez, il travaille la nuit." Le jeune Lynch demande à Catherine et son mari à l’époque, Jack Nance (oui, le même qui joue Pete Martell dans Twin Peaks) s’ils veulent bien travailler avec lui sur Eraserhead (1977). C’est son premier film, et aussi le plus étrange – donc forcément celui auquel les fans prétentieux et chiants de David Lynch font sans cesse référence.

28.5.12

Campez en festival comme dans Moonrise Kingdom

Nous sommes à peu près tous d'accord pour dire que Moonrise Kingdom, le dernier Wes Anderson, est un très bon film mignon tout plein, sauf peut être ceux qui n'aiment pas les choses mignonnes ou qui sont vieux et aigris. Esthétiquement, c'est un pur eye candy avec son esprit vintage (nous sommes dans les années 60), ses couleurs chaudes, ses chatons et ses déguisements d'oiseaux. L'histoire est tout aussi choupi, puisqu'on suit deux amoureux de douze ans partant en camping ensemble et dansant maladroitement au bord de la mer sur du Françoise Hardy. Ça nous a tellement plu d'ailleurs que nous avons décidé que cet été, pour les festivals, nous camperons comme dans Moonrise Kingdom. Voici notre petit guide pour bien faire les choses.


I. Dans la valise
Ou dans le gros sac à dos de scout pour les gens qui sont frileux à l'idée de tout porter à bout de bras. 
a) matériel de survie : Premièrement, l'indispensable tente : on choisit une version classique, la traditionnelle canadienne avec des piquets et de la toile. C'est certes moins pratique que les Quechuas, mais c'est plus charmant et, si elle est haute, on pourra décorer l'intérieur d'un grand portrait de cerf comme Edward-Norton-chef-scout. Pour le confort, on emmène aussi une petite table et des chaises pliables.

b) accessoires : Dans sa valise jaune, Suzy trimbale tous ses livres préférés. En festival, on évitera d'emmener une bibliothèque entière par simple souci de scoliose. Cela dit, on ne crache pas sur un ou deux volumes d'histoires à lire avant de s'endormir (voir aussi III. b) Activités en rentrant des concerts). Ceux qui auront oublié d'emmener une lampe-torche ou des allumettes obtiendront le même effet détente nostalgique en écoutant un bon vieux vinyle sur un tourne-disque portable emprunté à Grand-Papa (à moins que votre petit frère teigneux en possède un). En outre, les indispensables jumelles rouges de la fillette s'avèreront utile pour anticiper l'arrivée des vilains garçons pas chics du tout en string Borat. Ou tout simplement pour apprécier les concerts dans une dimension nouvelle.

27.4.12

"Ceci n'est pas un film social"

Ursula Meier a de grandes lunettes à bordure noire. Le genre de monture entre ovale et carré que portent les vieilles tantes collet monté dans les bandes dessinées. Elle aime bien parler de solitude et de drames familiaux. Des "aléas de la vie" qu'elle nous sert à la pelle dans son nouveau long métrage : l'Enfant d'en Haut. On avait découvert la réalisatrice suisse avec un premier film: Home (2008). Ce dernier mettait en scène une famille ébranlée par la construction d'une autoroute sur le pas de sa porte, le tout dans des tons jaunes/orangés et avec Isabelle Huppert dans le rôle de la maman. A l'époque, j'avais carrément fait le casting pour le rôle (discret) de la fille-du-milieu. Et au final le film était cool même sans moi dedans alors je n'avais pas été frustrée en le voyant. C'est dire la coolitude (et mon égo de "pétasse"). Avec ce deuxième long métrage, Ursula Meier touche à nouveau là où il faut. Si bien qu'elle a été distinguée au Festival du Film de Berlin et ça, ça n'est pas rien.

L'Enfant d'en Haut
Ursula Meier, 2012

Ursula Meier, comme on le disait plus haut, est une réalisatrice suisse. Et en bonne suissesse, elle s'empare ici d'un sujet hautement helvète : la montagne. Mais pas sous un angle traditionnel, au contraire, avec l'Enfant d'en Haut, Meier se focalise sur une réalité probablement plus banale que l'on croit. Son regard, à la fois tendre et cru, dévoile le revers d'une fierté nationale de carte postale. Autrement dit, le film n'hésite pas à montrer de la neige sale de village de vallée, dont le James Blunt rutilant des pistes de Verbier n'a même pas idée.

Pour mieux souligner le contraste "haut / bas" qui balise tout le film, le décor a carrément été coupé en deux : une belle station anonyme et une tour brunâtre s'opposent au milieu de nulle part et symbolisent le clivage entre deux altitudes. Dans la volée, elles illustrent les deux théâtres sociaux dans lesquels évoluent les deux protagonistes aux vies cabossées. Car avant toute chose, l'intrigue tourne autour de la relation amour-haine entre un garçon et une fille. D'un côté, Louise (Léa Seydoux) une grosse pouffe de campagne en bottes blanches, n'est bonne à rien et enchaîne les boulots de merde ainsi que les mecs à caisse vrombissante avant de se faire jeter, plus bougonne que jamais. De l'autre, il y a Simon (Kacey Mottet). Un vrai garçon - dans les 12-13 ans - qui chaparde des équipements de ski en station, avant de les revendre à bas prix aux saisonniers et aux gamins de son immeuble. Ces recels sont la principale source de revenus du petit foyer que forment les deux personnages. Coincés dans la tour sans charme évoquée plus haut, Simon et Louise se croisent et se chamaillent. Ils sont comme des frères et soeurs en mauvais termes. Et bien souvent dans l'histoire, le gaillard semble plus mature que son aînée.

24.3.12

"Tu devrais monter un groupe et l'appeler "The Tea's""

S'il n'y avait pas eu un bug à London Bridge lors d'une soirée pluvieuse, on n'aurait jamais vu les Still Corners au Bad Bonn. Du moins, pas sous cette forme. En effet, chez ce groupe américo-briton, tout repose sur l'heureux hasard de la rencontre entre le musicien Greg Hughes et Tessa Murray, la chanteuse à la voix éthérée. Ensemble, ils ont réalisé un premier LP  dream pop langoureuse plutôt réussi -  Creature of an Hour. On les a découverts en concert mercredi dernier et c'était bien, gentil, atmosphérique. Dans sa robe blanche, Tessa prenait des airs d'enfant perdue, comme s'il n'y avait pas d'autre moyen d'incarner une voix de petite fille timide. Pendant ce temps, en retrait, à la batterie, Greg supervisait les opérations. Épaulés par un guitariste et un bassiste, le duo a enchaîné les titres pendant qu'en fond s'égrainaient des images de vieux films. Un peu comme dans "Video Games" tsé, mais en plus joli. On retient notamment cette version d'Alice au Pays des Merveilles en carton ainsi que les jolis losanges N/B. Paradoxalement, notre moment musical favori fut celui où, pendant quelques minutes, les musiciens se sont adonnés à une partie instrumentale à la croisée entre mantras kraut et intro à la "Sea Within A Sea". Cela dit, on a quand même bien apprécié les "History of Love" et autres "Endless Summer" exécutés avec précision (comprendre ici "exactement comme sur l'album"). Sans parler de la nouvelle chanson "Blue Eyes", en mode Beach House blond. Mais ce qui importe ici, c'est qu'on a  discuté avec le groupe autour d'une eau citronnée en début de soirée. On pense avoir tout compris et bien retranscrit malgré le soundcheck de Buvette, qui dévoilait son nouvel album en première partie ce soir là.


 INTERVIEW STILL CORNERS

On peut lire partout que vous vous êtes rencontrés par hasard sur un quai. Que se serait-il passé si vous n'aviez pas pris le train ce jour là?

Greg Hughes: Je ne sais pas.
Tessa Murray: Il aurait sûrement rencontré une autre chanteuse.
Greg: Tu crois? Je ne sais pas.
Tessa: Still Corners serait très différent.
Greg: Ca c'est certain.
Y aurait-il tout de même un groupe du nom de Still Corners?
Greg: Oui. Je sortais déjà des trucs sous ce nom avant.
Donc sur l'EP "Remember Pepper", ce n'est pas Tessa qui chante?
Greg: Non, c'est une autre personne. Mais parfois, les gens confondent.
Tessa: Je crois qu'ils aiment bien ce côté romantique de la formation du groupe, basé sur une rencontre inattendue. Mais en fait, je n'ai fait que rejoindre un groupe déjà existant.



22.2.12

"Viens voir ma chatte"

La semaine passée, on n'a pas vraiment échappé à la Saint Valentin. Aucune attitude vis-à-vis de la célébration ne semblait réellement adaptée. Lorsque l'ignorer relevait du défi d'obtus, célébrer l'amour te faisait passer pour le dernier des niais. Sur TEA, nous avons choisi le compromis avec deux playlists ("amours heureuses" et son inverse) tandis qu'à la salle de concert Fri-Son, on se moquait gentiment en programmant "Too Much Pussy", aux antipodes du romantisme. Ce "documentaire de Feminist Sluts en tournée Queer x Show" d'Emilie Jouvet a donné du grain à moudre aux spectateurs. Pour notre part, on n'a réussi à se faire un avis tranché que sur la chouette bande son composée, évidemment, de groupes lesbiens/trans/et al. . En sus, nous avons appris deux-trois trucs sur notre anatomie. C'était intéressant.
TOO MUCH PUSSY
Emilie Jouvet

"Deceptacon" - Le Tigre : Un début à l'aise.
Le pitch du film "Too Much Pussy" est tout simple: pendant quelques semaines de l'été 2009, une bande de meufs se rassemble dans un bus et part en tournée à travers l'Europe. Issues d'horizons divers et variés (2 actrices porno, une écrivaine danseuse burlesque, une prostituée artiste, une performeuse, une DJ...) les filles ont en commun d'être affiliées à une certaine "scène queer". Caméra au poing, Jouvet les a suivies partout entre les performances et les loges en passant par la rue. Elle dévoile ainsi des parties de la vie (et du corps) de toutes ces femmes engagées. Les blablas qui entrecoupent régulièrement les scènes un peu plus "légères" prouvent d'ailleurs par A + B que leur action n'est pas gratuite comme on le craignait au départ. C'est au contraire un véritable choix de vie qu'elle défendent, une réflexion en profondeur sur le corps, le sexe, ses orientations ainsi que la condition de la femme, des fems et d'autres variantes. Le tout est servi dans la joie et la bonne humeur façon road trip ensoleillé, si bien qu'à la longue, on a presque envie d'embarquer avec elles.

"Castles" - Huh-Uh ; Cervix. 
La plupart des artistes de la troupes sont d'ailleurs diplômées. Elles ont des cerveaux et pas uniquement des chattes, des biberons et des trips régressifs à la "va que je pisse sur scène". Elles vivent comme elles l'entendent et le racontent car le tabou est l'ennemi. On en entend sur les fantasmes muselés par la bienséance. Des envies de violence ou justement, de régression, qui font culpabiliser au lieu d'être assouvies sans honte. Elles débattent aussi du "post porno" (alors qu'on ne savait même pas que cela existait) pour conclure: "Si tu n'aimes pas le porno tel qu'il est, tu n'as qu'à faire mieux toi même". Et puis d'autres fois, ça parle juste maquillage ou tampons. Mais le mieux du mieux, c'est quand Sadie Lune se fout un machin de gyneco dans le vagin et invite les gens à regarder son col de l'utérus avec une lampe de poche. Grâce à son numéro, les femmes mais aussi les hommes découvrent une partie du corps généralement connue uniquement par les praticiens. Et comme elle le fait de façon tout à fait relax et, si l'on peut dire, asexuée, on ne se gène pas trop de regarder. Au moins maintenant, je sais à quoi ressemble mon fort intérieur.

Parallèlement au côté fun et accessible du film, la vie de gouine a aussi des côtés plus sombres. On (ré)apprend notamment en filigrane l'histoire de l'attentat de Tel Aviv, lorsqu'un homme armé a blessé et tué plusieurs personnes LGBT dans la ville israélienne. Lors des faits, la troupe du "Queer x Show" se trouve à Copenhague. Elles participent alors à une procession-hommage, roulent des pelles à des inconnu(e)s et brûlent des bougies. C'est touchant, mais c'est aussi triste de voir que la cause ne rallie que des gens du bord. "Nous ne sommes en sécurité qu'au sein de notre communauté" commente à ce titre l'écrivaine Wendy Delorme. Pas cool. En ce sens, on pourrait voir "Too Much Pussy" comme une espèce de message-pro-tolérance. Car à force de suivre les filles, tu te rends compte qu'elles ne sont pas forcément différentes de tes potes. Ce qui est surtout vrai si tes amis se baladent seins nus, distribuent des flyers en disant "Viens voir ma chatte." et font régulièrement des séances de taï-chi collectives sur le pont d'un ferry.

19.2.10

Quelque chose de bien


Dans un voyage, il y a toujours un moment où l'on s'égare - les petits protégés de Kitsuné, Two Door Cinema Club, ont débarqué sur le continent avec leur premier album intitulé "Tourist History". Efficace. Suivez le guide.

Avant d'anticiper le retour à la maison ("Come Back Home" regrettable cocktail de guitares façon rock commercial) les deux portes du club de cinéma s'ouvrent sur une bouffée théatrale : des guitares toujours, un petit son pop un rien nasillard et une batterie qui n'est pas en reste. Un peu pompeux à notre avis. Où donc sont passés les mélodies fraîches et entraînantes des singles? Dans quels abysses déprimantes se sont perdus les trois compères?

Mais Meteo-Tea a le bonheur de vous annoncer des éclaircies au tableau. Même si elle tarde à se mettre en marche, la machine à tubes que l'on attendait existe bel et bien. Et elle décolle avec "Do You Want It All". Bien sûr! Enfin! Joie! Le club à portes des frères Lumière explose. Les morceaux énergiques s'enchaînent. Mention spéciale à "I Can Talk". Et le clip est à voir aussi. On sait de quoi on parle.

Dans l'ensemble c'est donc un chouette album. Même si le mélomane regrette un peu le début du voyage morose, on se rassure vite - les trois irlandais sautillants ne sont pas parfaits. C'est la vie. Et on les aime d'autant plus. Mélodies pop et sautillantes. Pas révolutionnaires mais suffisantes pour vous faire danser. Un cinéma qui sait mettre le projecteur sur un bon mélange de sonorités aiguës sur fond brouillon. On se trémousse, on reprend les paroles simples sur une voix un peu monotone et pour terminer, on n'oublie pas une petite note mélancolique.

Remixés avec quelques longueurs par Moulinex sur la compilation Kitsuné Maison #8, le trio irlandais est sûr de faire sensation. "Something Good Can Work". On n'aurait pas dit mieux.