L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
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6.8.14

[GUEST 2] Sheena n'était pas la seule punk rockeuse

[GUEST 2 : Célia (Tally-Ho)]

D'une manière générale, quand on parle de punk la conversation ne s'oriente pas vers la question féministe. Disons que c'est le genre de transition qui déconcerte autant que "en parlant de Satan [...]". C'est pas bien choquant et pourtant, ce serait là de la salive utilisée à bon escient. Car comme le mouvement dada/surréaliste l'avait fait, le punk et son éthique auto-déterministe se sont montrés très disposés à ignorer les différences de genre (traditionnels du moins) : les filles étaient donc les bienvenues. Mieux, comme tous les futur(e)s protagonistes punk, elles étaient encouragées à faire comme les mecs et à choper n'importe quel instrument et se mettre à jouer. On ne recherche pas la virtuosité mais un moyen de s'exprimer et de devenir acteur au sein d'une contre-culture. Pour ce faire, il suffit de connaitre 3 accords comme le scande le fanzine Sideburns en 1976. Que tu décides de monter un groupe ou de créer un fanzine, l'essentiel est de t'investir dans toutes les étapes de création et de distribution, enfant du DIY.

Sideburns , décembre 1976
Certes, cette incorporation des filles par le punk constitue un bouleversement capital et il ne pouvait véritablement avoir lieu qu'au sein d'un mouvement aussi aveugle aux différences, autrefois handicapantes. Comme être black (coucou les Bad Brains) ou être l'heureuse propriétaire d'un vagin. (Malaise).

4.10.12

J'ai vu D.A.F. en concert, et c'était de la merde

En avril dernier, ma très chère collègue à fort accent allait voir D.A.F. en concert à Genève pendant que je pleurais devant mes cours tous pourris. J'étais super jalouse, parce qu'il parait que c'était fou fou et même qu'un de ses potes avait pleuré tellement c'était bien. Ça, c'était ce qu'elle avait écrit ici même. Ouais, sauf que y a pas si longtemps, j'ai moi aussi pu aller voir les deux Teutons, et c'était de la grosse daube. Il fallait que je rétablisse la vérité (sans rancune, Anne Val).

D.A.F. @Ratrock, Harelbeke, Belgique
15/09/12

Précisons déjà le contexte, même s'il n'y est pour rien dans la nullité du concert. D.A.F. jouait à Harelbeke, une petite ville tranquille perdue en Flandre où, tous les ans, plein de types à crêtes et à clous se retrouvent pour le festival gratuit Ratrock. Cette année, la tête d'affiche était Exploited, histoire que vous situiez le truc, et Anti-Nowhere League. D'ailleurs c'était marrant. Y avait aussi le Prince Harry, un groupe belge trop cool signé chez Teenage Menopause. Pour aller à Harelbeke (qui se prononce d'une manière archi dégueulasse), il fallait prendre deux trains depuis Bruxelles, trouver le lieu du festival, qui en fait était en plein centre (salut les voisins), et passer quatre grosses heures en after avec des Flamands avant de pouvoir prendre le premier train du matin le lendemain. Heureusement, la kriek max ne coutait qu'un euro cinquante. 

On appréciera la beauté de l'affiche

Donc au milieu de tous ces keupons, on ne sait trop comment, il y avait D.A.F. L'idée de les voir enfin en live était assez pipiculotte, parce qu'on a un petit crush sur la Neue Deutsche Welle chez TEA, vous savez. Et comme personne n'était venu à Harelbeke pour eux, on a réussi sans trop de problème à se mettre juste devant les barrières, prêtes à kiffer quoi.

1.4.12

"Nous chantons comme des poulets"

Peter Kernel n'existe pas, c'est un groupe. Il est tessinois (une région italophone au sud de la Suisse) et elle est canadienne. A la manière de Betty Bossi, ils ont choisi un nom de personnage fictif pour labelliser leurs créations. Parmi lesquelles, cette musique qu'ils qualifient d'"art-punk", soit un bon coup de pied dans les fesses de auditeurs blasés qui pensent que la musique suisse est ennuyeuse. Lors de leur passage à Fri-Son vendredi dernier, on les a rencontrés pour discuter et rire (beaucoup). Ils ont ensuite bien profité du distributeur de bières des backstages avant de livrer un concert énervé comme on les aime. Une prestation marquée par la complicité entre la chanteuse et le guitariste sautillant ainsi qu'un bel esprit punk.

INTERVIEW PETER KERNEL

TEA : Commençons par clarifier un peu le line up du groupe. La dernière fois qu'on vous a vus, vous aviez un batteur avec des dreads (vraiment) et là vous n'êtes que deux. Comment ça se fait?
Aris: A la base, on a essayé de créer un vrai groupe, pas un duo. Mais comme nous sommes un couple dans la vraie vie, pour nous c'est très facile d'agender des concerts et des répèts. Les autres musiciens, en revanche, ont leurs propres familles, leurs propres boulots, on a de la peine à s'arranger.
Vous pourriez faire un couple à trois.
Barbara: On a essayé mais je ne crois pas que Ema s'intéresse à moi. Il aime bien Aris par contre (rires). En fait je pense que si on lui proposait, sa femme ne serait pas très contente.
Aris: Finalement nous avons opté pour une autre solution: Peter Kernel, c'est juste nous deux, et puis nous avons 2-3 amis qui se relaient à la batterie, en fonction de leurs disponibilités.
Barbara: Sur le premier album toutefois (How To Perform A Funeral, ndlr), nous étions quatre. Deux couples en fait. Mais la guitariste et le batteur ont rompu, puis ils ont quitté le groupe.
Et si vous vous séparez, il n'y aura plus de Peter Kernel?
Aris: Je ne sais pas. Je me suis déjà posé la question mais sérieusement, je sais pas. Peut-être qu'on peut continuer à faire de la musique tout en se disputant tout le temps.
Barbara: On pourrait être des lutteurs.
Aris: De toute façon on se dispute déjà tous les jours.
Barbara: On se dispute seulement à propos de Grégoire (leur batteur ce soir là, ndlr).

24.11.11

Branleurs

Je ne sais pas trop ce que les Français ont de spécial dans le caleçon. Ce qui est certain c'est qu'au niveau garage couillu, ça chauffe du bois sec chez les Latins. A travers le label Born Bad (Frustration, Cheveu, Magnetix...) qu'on ne présente plus et des foisons de petits producteurs/collectifs, le fuzz frouze ne "renait" pas à proprement parler de ses cendres (quelles cendres?). Mais il a à coup sûr encore de belles années devant lui grâce à une scène bouillonnante au milieu de laquelle s'ébrouent des groupes de punks sans chien de qualité variable mais dont la sueur et les cheveux hirsutes sont certifiés 100% authentiques. L'autre jour au Queen Kong Club, on a eu l'occasion de s'en réjouir plutôt deux fois qu'une : après la projection d'un documentaire fort intéressant sur l'underground vancouverois (coucou Nü Sensae), MAGNETIX et CATHOLIC SPRAY y sont allés de leurs vociférations sur la petite scène. Nous + les 10-12 autres personnes présentes avons fortement apprécié ces prestations de gros excités. Et surtout, nous avons rencontré les plus jeunes d'entre eux (Catholic Spray donc) peu après. Cela a donné lieu à une tentative d'interview complètement foireuse dont voici les éléments saillants :


INTERVIEW CATHOLIC SPRAY

"On est tous de vrais branleurs"
Bon, d'accord, c'est nous qu'on a commencé : "Alors comme ça vous êtes juste des branleurs qui grattent pour pécho des meufs?" et ils n'ont pas trop apprécié. "Mais c'est quoi un branleur au juste? Un mec qui fout rien? Dans ce cas on n'est pas du tout des branleurs parce qu'on fait tous quelque chose." Pas faux : en à peine un an et demi, Catholic Spray a déjà sorti une K7 (Fruits Of The Moon) et un LP (Amazon Hunt) et tourné en Europe de l'est. Mais il y a aussi eu des tentatives manquées. Une cassette avec le super label Moon Glyph par exemple: "On a des amis qui nous ont mis en contact et on leur a envoyé les démos mais on n'a pas eu de réponse. Si ça se trouve ils ont détesté." Reste que si proposition il y a, le filon se laisse sûrement creuser. En attendant de signer ailleurs ("C'est votre but ultime?" - "OOOH OUI"), ils crèchent chez Inch Allah Records "le meilleur label du monde" et lâchent de l'info cruciale "il parait qu'ils ont des grosses bites".



7.10.11

"I wish that every time he touched me left a mark"

Elle n'a pas la carrure fragile d'une chanteuse mignonne qu'on prendrait dans ses bras, et sûrement qu'elle s'en fout. Erika M. Anderson n'est pas là pour papillonner des cils, au contraire, elle flanquerait plutôt des baffes. De bonnes grosses claques pleines de hargne et de sueur tout en réglant ses comptes avec des paroles bien senties et une fougue punk de cave sombre. Vue et appréciée au Bad Bonn vendredi passé. Écoutée et aimée sur son premier opus solo Past Life Martyred Saints, EMA ne nous laisse pas indifférentes. Et peut-être bien qu'elle s'imprime insidieusement en nous. Comme elle le chante si bien: "I Wish That Every Time He Touched Me Left A Mark". 

EMA
Past Life Martyred Saints 
@Bad Bonn 30/09/11

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Certes, hors contexte, certaines paroles font un peu emo ("I'm just 22; I don't mind dying"). Mais lorsque les morceaux sont pris comme un tout, comme il se doit, la tension des phrases d'EMA colle parfaitement à l'atmosphère générale de son album. Tour à tour brutal presque crado ("Butterfly Knife", "Milkman") puis lent ("The Grey Ship") puis quasi parlé ("Marked") puis torturé et lancinant, Past Life Martyred Saints mue sans s'égarer. Ca lui a valu une bonne note p4k et des tas d'éloges. De notre côté, on apprécie surtout la sincérité de la meuf. Et peut-être même qu'on l'envie un peu: après avoir été bien déçue par les rêves qu'elle projetait sur la Californie, elle se venge d'un bien senti "Fuck California". C'est sûrement un bon argument marketing mais soyons francs: tout le monde ne peut pas se targuer de régler ses comptes d'aussi belle (et tubesque) façon. Fuck le mirage évaporé du rêve américain? Ouais, c'est ça, fuck la vie. Et paf, dans ta face.


13.5.11

"Little girls should be seen and not heard"

Vers la fin des années 70, Poly Styrène avait encore un appareil dentaire proéminent et vendait des fringues bizarres vers King's Road à Londres. Heureusement pour nous, elle s'est pas contentée de coller des fleurs en plastique sur des sacs fluo et a formé un groupe, X-Ray Spex. Elle avait alors 19 ans et chantait sur le fait que les gens sont esclaves de la vie matérielle.
"Oh Bondage Up Yours!"

Après, je sais pas trop ce qu'elle a fait de sa vie d'adulte responsable mais en tout cas, maintenant, c'est fini. La chanteuse punk la plus cool du monde a été fauchée par le cancer du sein. Par hasard, la funeste nouvelle est tombée pile le jour du concert d'Owen Pallett qui s'est dit très ému de cette disparition. Ca nous a d'abord un peu étonnées qu'un type comme lui kiffe une meuf comme elle mais après... on n'allait pas parler uniquement de Poly avec Owen donc voilà. A propos, ce dernier s'est avéré tout aussi mignon en face à face que sur scène. Sauf qu'on n'a pas pu discuter longtemps parce que son avion partait à l'aube le lendemain. On a donc dû se contenter de prendre une photo, de lui serrer la pince tout en étant submergées par un mélange confus d'excuses et de remerciements. Mais bon, c'est pas trop grave parce que par la suite, il a pris le temps par mail. Il en a même profité pour esquiver nos questions un peu trop banales et pour incruster la cause homo dans certaines réponses. Un type bien cet Owen.


INTERVIEW
OWEN PALLETT 

Poly Styrene (X-Ray Spex) est décédée mardi passé (le 26 avril, ndlr). Tu as dis que cela te rendait vraiment triste. Elle était une grande source d'inspiration pour toi ?
En général, les homos sont attirés par les fortes personnalités féminines en musique. C'est pas un truc de drag queen, c'est juste parce que la voix est perçue de la même façon chez les femmes et les homos. Alors quand Poly Styrene chantait "Little girls should be seen and not heard", cela formait un réponse, à mon sens, à l'éternel reproche fait aux homosexuels: "Je m'en fiche de ce qu'ils font en privé chez eux mais je ne veux pas qu'ils se montrent juste en face de moi tout le temps". Je n'essaie pas de faire une cause homo à partir de la musique de Poly Styrène. Je parle juste de ma propre expérience.

Si tu étais une femme célèbre, tu serais qui ?
Je ne peux pas vraiment répondre à cette question. La plupart des personnes avec lesquelles je m'identifie sont des personnes que je connais personnellement. Mis à part 3 ou 4 personnes, je ne connais aucune femme célèbre. Pour moi, fantasmer à propos d'une femme célèbre, ça serait juste une espèce de quête de virilité dans laquelle je ne saurais pas vraiment m'impliquer.

6.11.10

Grosmuttis Kräutertee

Je suis malade. Je ne demande qu'à dormir. Je vais donc m'en tenir au strict minimum en ce qui concerne la Tisane de Mamie du jour. Quant à vous, n'hésitez pas à chercher plus loin sur le compte de Kleenex, le meilleur punk girl band suisse-allemand des années 78-83 dont les filles avaient dû changer leur nom en LiLiPut (beaucoup moins cool) après avoir été attaquées par la marque de mouchoirs. Bien du plaisir pendant que moi, je retourne sous ma couette avec ma tisane aux herbes. Bisous.








+ une interview de Marlene Marder

28.1.10

Twilight, la bande son

VAMPIRE WEEKEND
CONTRA

C'était en décembre dernier, on ne buvait pas d'"Horchata" mais du thé (ça vous étonne?) et on l'attendait patiemment. Tous les moyens étaient mis en oeuvre pour nous faire baver: 2 singles des plus sympathiques et des affiches sur tous les murs de Londres, parfois même en grand format: Ezra Koening et les acolytes se laissaient désirer. Enfin, ce début janvier, 2 ans après le premier opus, les Vampires ont CONTRAttaqué. On a aimé.

Finit la CONTRAception. Après avoir ému la presse internationale avec leur (génial) premier album, les 4 jeunes américains saisis de CONTRActions ont enfin accouché d'un second. Sympa. Bon, en ce qui nous concerne et CONTRAirement à une foule de CONTRAriés, on ne s'attendait pas à une révolution. En effet, les moyens plutôt énormes mis en oeuvre pour la promotion, ça bousille pas mal le charme du débutant... et Contra nous a finit par nous donner raison. Car les Vampire Weekend, contents de servir un style indéfinissable et mélange de genres (souvent comparés à Paul Simon, ils conjuguent des sonorités indie/afro/ska/indie/pop/carillonnantes/ouh-ouh-ouaaah-antes/vampiriques/...) se complaisent dans leur style sans l'approfondir des masses.

Qu'importe, ce qu'on appréciait chez eux - ces mélodies sautillantes, ce chant un brin naïf, cette énergie entêtante - tout est là. Un peu retouillé, remanié, tortillé dans tous les sens. Juste de quoi élargir leur répertoire. Au fond, il faut être clair: Vampire Weekend, ça a un goût de Vampire Weekend. Un peu toujours le même, furieusement reconnaissable mais souvent appréciable. (D'ailleurs, leur positivité explose aussi sous forme de confettis dans leurs clips - ici notre chéri "A Punk" et ci-après, le lovely "Cousins" - un petit air de famille?)