L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
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20.10.16

Salon de thé #5 : faux freelances, temps qui passe, France Culture

La Mer du Nord (-M)

Chaque quinzaine, TEA vous propose d'aller au Salon de thé, où l'on discute une petite sélection de liens qui nous ont intéressées dernièrement, ce qu'on a aimé ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.

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"Devenez votre propre patron" et autres conneries
Ces derniers temps, je cogite énormément à propos de ma situation professionnelle et surtout de mon statut. Voyez-vous, je suis journaliste indépendante, ou freelance, ou auto-entrepreneuse, choisissez votre terme préféré. En gros, je suis ma propre entreprise et je fais des factures au journal pour lequel je travaille. C'est moi qui paye mes cotisations sociales, fais ma comptabilité, etc. En tant que chef d'entreprise, je n'ai pas droit aux congés payés, si je suis trop malade pour aller travailler, je ne gagne rien, si du jour au lendemain, le journal ne veut plus de moi, je ne pourrai pas toucher le chômage. Ce ne sont que des exemples des acquis sociaux auxquels je n'ai pas droit. Pourtant, je travaille tous les jours pour la même entreprise, j'ai des sortes d'obligations envers elle comme n'importe quel salarié en a. Mais je n'ai pas le statut, et donc les droits, d'une salariée. Et mon cas est loin d'être unique évidemment, la plupart de mes jeunes amis journalistes sont aussi ce qu'on appelle en Belgique de "faux indépendants", qui travaillent pour la même boîte. On nous explique que c'est comme ça au début, que ça coûte trop cher de nous salarier, que le monde des médias est en crise, qu'on devrait déjà être contents d'avoir du boulot et de vivre d'une activité aussi bouchée, que si on n'est pas content, on peut partir, ça se bouscule derrière pour prendre notre place. 
Et loin de moi l'idée de m'apitoyer, j'aime faire partie d'une rédaction, avoir de chouettes collègues, apprendre chaque jour une foule de choses en reportage, rencontrer des gens sur le terrain, faire le métier dont j'ai toujours rêvé et, effectivement, gagner assez pour subvenir à mes besoins sans l'aide de personne. Reste que je ressens un sentiment profond d'injustice, pour toute cette jeunesse corvéable à merci, qui n'ose pas l'ouvrir de peur de perdre son "poste", qui, sous prétexte de crise, doit accepter des conditions inacceptables, un statut ultra précaire, un avenir plus qu'incertain. Tandis que les patrons sont assis tranquillement dans le fauteuil de leur beau bureau vitré, au sixième étage. On vire de vieux salariés car ils coûtent trop chers, on les met en retraite anticipée, et on les remplace par de jeunes faux indépendants, qui ne sont pas payés à la hauteur de leur travail et de leur qualification. Pas assez d'argent pour embaucher... J'imagine que je ne vous apprend pas grand chose. Si tous les journalistes faux indépendants décidaient de ne pas se pointer un jour au boulot, les journaux du lendemain seraient réduits à peau de chagrin, en Belgique francophone tout du moins. J'ignore la situation de l'autre côté de la frontière linguistique et de l'autre côté des frontières tout court. Je sais aussi que j'ai ma part de responsabilité : j'ai accepté ce deal, je ne fais rien pour tenter de changer les choses. Je n'en ai pas le courage. Pourtant, la loi belge condamne le recours à de faux indépendants, qu'elle qualifie de "fraude sociale qui porte gravement préjudice à la solidarité sur laquelle repose tout le système de la sécurité sociale belge". 
Et depuis que je pense de plus en plus à ce statut bâtard, je me rends encore plus compte de l'omniprésence de ces messages à la con, qu'on nous assène à longueur d'émissions politiques et économiques. "Devenez votre propre patron", "créez vous-même votre emploi"... La dernière fois, je fumais tranquillement au pied d'un immeuble de verre quand mes yeux se sont arrêtés sur l'affichette en face de moi. On y voyait un jeune homme tout sourire, avec des lunettes branchées, une petite chemise, et la mention : "Je suis mon boss ! - suivez nos ateliers d'aide à la création d'une activité indépendante". J'ai pensé à la tête du gars quand il recevrait la note de paiement de ses cotisations sociales. J'étais dégoutée. Mais il y a de l'hypocrisie partout. L'association des journalistes professionnels de Belgique, par exemple, clame haut et fort vouloir lutter contre les faux indépendants et appelle les grandes entreprises médiatiques à requalifier leurs indépendants en salariés. Dans le même temps, elle accorde en fermant les yeux des cartes de presse à des journalistes, comme moi, alors qu'ils voient très bien, dans nos pièces justificatives, que nous n'avons qu'un seul "client". Moi-même, j'ai pu encourager ce genre de pratiques à plusieurs reprises. Quand j'utilisais UberPop, à l'époque où cela existait encore à Bruxelles par exemple, parce que ça me coûtait moins cher qu'un taxi pour rentrer ivre chez moi.
On nous fait croire que tous les jeunes rêvent d'être freelances, de devenir leur propre patron. Mais une enquête internationale de Manpower parue plus tôt cette année indiquait que le rêve de 87 % des jeunes de la génération Y (j'ai honte d'écrire cette expression) était d'avoir la sécurité de l'emploi. Si on va dans des carrières de freelance, c'est surtout par défaut, parce qu'on ne pense pas pouvoir trouver mieux. C'est d'autant plus vrai dans les milieux populaires, chez les personnes qui n'ont pas de grands diplômes ou n'ont pas le "bon profil", parce qu'issues de l'immigration, ayant fait de la prison, etc. Ce qui m'amène à cet article sur Slate, publié en août, sur l'étude d'une ethnologue française, Fanny Parise, à propos des chauffeurs Uber de Paris et de sa banlieue. S'il n'y a pas forcément de grandes surprises dans ses observations et conclusions, cela vaut quand même la lecture. Il est notamment intéressant de remarquer qu'Uber, comme d'autres, participe à ce que l'auteure appelle "le paradoxe du capitalisme banlieusard". "En voulant s'émanciper de leur carcan socio-culturel, ils (les chauffeurs Uber) se retrouvent propulsés au sein d’une nouvelle logique sociale où les différences de classe sont (encore) plus marquées. Ils perdent les bénéfices sociaux de la banlieue : entre soi, consommation collaborative et gestion de la solidarité à l’échelle de proximité, au profit d’une mixité sociale qui leur renvoie brutalement leur impossibilité de s’élever socialement". Aujourd'hui, le premier secteur de création d'entreprise dans la banlieue parisienne, ce sont les VTC.
En faisant des recherches pour cet article déjà trop long, je suis tombée sur cette initiative ultra intéressante dont je n'avais pas eu écho, et dont traite l'Obs. Un collectif de coursiers à vélo s'est créé sur Paris pour demander enfin une requalification de ces faux indépendants et pourquoi pas plutôt s'organiser en coopérative. Son créateur parle de lutter contre "cette ubérisation qui nous ramène à Germinal". En tant que grande lectrice d'Emile Zola, je ne peux qu'apprécier. - M 

8.3.16

Salon de thé #2 : gamins fantastiques, miss prison, président

Illustration par Charline Barber (voir aussi son tumblr)

Chaque quinzaine, TEA sélectionne ses sachets pour le Salon de thé, où l'on discute une petite sélection de liens qui nous ont intéressées dernièrement, ce qu'on a aimé ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.

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-Président désopilant
Cette semaine, on commence avec cette magnifique vidéo du président de la Confédération qui, le prompteur dans l'oeil, nous a gratifié de cette allocution pince sans rire à l'occasion de la "journée des malades". Même le petit journal ne s'en est pas remis. - AV

-Nouvelles excitantes des fonds marins
Au niveau de l'actualité de la semaine, il y a également cette nouvelle trop cool : au cours d'une exploration sous-marine au large d'Hawaï, une équipe de chercheurs a filmé par hasard un petit céphalopode translucide trop mignon qui serait le représentant d'une espèce encore jamais observée auparavant (!!!).
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6.5.15

Un petit guide de Bruxelles

vue depuis la cathédrale 

En septembre 2012, j'immigrais, petite Française, en Belgique, à Bruxelles, complètement par hasard. Je ne pensais pas y rester longtemps, et puis finalement, sans crier gare, je suis tombée amoureuse de la ville et ai décidé d'y rester, au moins pour un temps. Ça fait bien longtemps qu'on ne vous avait pas proposé de guide sur TEA, et comme je remarque que de plus en plus de mes connaissances décident d'y faire une visite le temps d'un week-end, je me suis dit qu'un petit topo s'imposait. Voici donc, en toute subjectivité, un petit guide de Bruxelles.

la périphérie

Une ville, une région
Petit précis géographique tout d'abord. Quand on parle de Bruxelles, on parle surtout de la Région bruxelloise. Une des trois régions de Belgique avec la Wallonie et la Flandre. La Ville de Bruxelles en elle-même est vraiment toute petite, et vous aurez vite fait de la quitter pour vous retrouver dans une autre des communes qui constituent la région. L'agglomération de Bruxelles, composée de 19 communes, est, comparée à Paris, franchement vivable, avec un tout petit peu plus d'un million d'habitants. Une capitale à taille humaine. Beaucoup de choses peuvent se faire à pied, mais si vous voulez sortir un peu des sentiers battus et du centre touristique, vous devrez sûrement prendre les transports. Chaque commune et quartier a ses lieux de rassemblement, ce qui fait qu'on bouge pas mal mine de rien. 

excepté corbillard

3.8.14

[GUEST 1] Les sanglots longs des violons de l'automne

[GUEST 1 : Claire]

Mon grand père est un homme peu bavard, de moins en moins avec le temps, mais parfois on réussit à lui faire raconter des choses. Quasi centenaire, il est né en 1917 en Bretagne, alors que ses parents fuyaient la guerre en Belgique pour s'installer quelques mois en France. Quand la paix a été annoncée, la famille est retournée sur ses terres noires natales, près de Charleroi. Mon grand-père n'a plus habité nulle part ailleurs, à part pendant la deuxième guerre mondiale, quand il a été fait prisonnier par les Allemands, avec des milliers d'autres Belges. Après avoir avoir été enfermé quelques mois dans une caserne belge, il a été envoyé en Allemagne pendant un an, pour travailler dans une usine comme mécano. De cette année, papy garde un bon souvenir. Son patron était agréable, et il ne lui manquait de rien : en effet il réparait aussi les voitures des civils, qui en échange le rétribuaient souvent en nature, une miche de pain par ci, une truite par là. Papy habitait chez une famille. La seule exigence qu'il avait émise en s'installant là bas, c'était d'avoir tous les matins un petit déjeuner avant d'aller travailler (léger degré badass de la demande).

Un jour, après un an de service non-stop à l'usine, son boss avec qui il s'entendait bien lui a dit qu'il lui accordait deux semaines de vacances pour qu'il retourne en Belgique voir sa famille. C'était dit avec un clin d’œil, le cœur ouvert, un cadeau d'homme à homme qui savaient tacitement qu'une fois la permission accordée, mon grand père ne reviendrait jamais en Allemagne.

C'était en 43. Papy est allé vivre sous une autre identité en Belgique et a travaillé dans une cimenterie le temps que la guerre finisse. Il ne s'est pas manifesté auprès de sa famille, de peur qu'ils aient des ennuis ou que les voisins dénoncent. Ma grand mère, qu'il n'avait pas encore rencontrée, se souvient de la guerre comme d'une époque où on ne mangeait pas à sa faim. Un œuf au marché noir coûtait 50 francs, ce qui équivaudrait à 10 heures de travail au smic de nos jours. Selon mes grands-parents, l'occupant allemand, le soldat basique, n'était pas plus désagréable qu'un flic, et après tout, ne faisait qu'exécuter les ordres. Ça, c'est en gros ce que je sais de la deuxième guerre mondiale vécue par mes grands-parents. Quand la paix a été annoncée une deuxième fois sur le continent, le père de ma grand-mère, que je n'ai jamais connu mais qu'on appelait Nono ('un homme formidable' dit parfois mon père les larmes aux yeux) a acheté des caisses et des caisses de savon au cas où il y aurait une troisième guerre mondiale. Au moins ils pourraient se laver. Comme ce temps n'est jamais venu, Nono a dû tout jeter car ça avait fini par pourrir dans la cave.

13.6.14

Le royaume de Belgique savait faire la fête



The Sound of Belgium a beau être sorti il y a plus d'un an, les médias outre Belgique en ont tellement peu parlé qu'on s'est dit, après avoir vu le documentaire mercredi dernier au Brussels Film Festival, que ce serait trop bête de ne pas parler de cette pépite ici. Dont acte. 

The Sound of Belgium
un documentaire de Jozef Devillé

Vous ne le savez peut-être pas mais il s'est passé quelque chose d'assez fou à la fin des années 80 au plat pays : la new beat. Un mouvement, une scène, un style de musique bien spécifique qui a eu une vie aussi courte qu'intense, entre 1987 et 1989. Alors que le musique house et bientôt techno envahissent les clubs américains et anglais, les Belges reprennent la chose à la sauce Bicky, en produisant à un rythme effréné des milliers et des milliers de morceaux electro sombres aux beats bien bourrins mais avec un tempo plus lent : la bande son idéale pour une jeunesse en mal d'identité qui voulait juste danser et faire la fête dans des clubs à la campagne pleins à craquer, comme le Boccaccio près de Gand. Un véritable phénomène bouillonnant et éphémère, avec son identité propre, qui mit la Belgique au premier plan de la création musicale, avant que le petit pays ne retombe dans un oubli scandaleux. À ce titre, le documentaire du Bruxellois Jozef Devillé sonne comme un hommage à un mouvement trop peu reconnu aujourd'hui. 

29.4.13

Une journée avec des fans de science-fiction flamands


Dimanche, je suis allée à la troisième édition de la Antwerp Convention. Un nom bien sérieux pour un truc qui ne l'est pas vraiment, enfin je crois. C'est une journée où tous les fans de Belgique de science-fiction, mangas, jeux vidéos et tout ce genre de choses qu'on a un peu honte d'aimer retrouvent leurs pairs. Moi-même n'assumant pas trop ma présence là-bas, je me sens obligée de préciser que je m'y suis au départ rendue pour travail pour la fac. Si si, je vous le jure. 


Ça se passait dans une grande salle déprimante comme les parc expos savent si bien faire, mais c'était nettement plus bondé que le salon des énergies renouvelables à Rennes où mon père m'avait traînée jadis. La journée s'annonçait riche en moments forts, l'organisation avait mis le paquet : animations à la japonaise, conférences, concours de cosplay, bornes d'arcades en libre accès, séances de dédicaces d'auteurs de livres fantastiques (au sens de "magie" hein, je ne suis pas vraiment sûre de la qualité littéraire de ces récits), stands en tout genre... Jamais je ne me suis sentie aussi proche de Sheldon Cooper qu'en entrant dans cette convention. 


Il y avait des tonnes de gens super bien déguisés. Rien qu'en faisant la queue à la caisse, je me suis retrouvée coincée entre Gandalf le blanc et une Khaleesi obèse. Un peu plus tard, un robot de Star Wars (comment ça s'appelle déjà ?) m'a demandé si j'avais du feu et Pikachu m'a poussée contre la DeLorean en expo. Ils avaient vraiment dû dépenser énormément de temps et d'argent pour leurs costumes. Du coup, ils étaient super fiers et toujours partants pour une petite photo.

7.4.13

La Scientologie m'a donné des DVD

Même que j'ai tout regardé.

Devant le très petit nombre de monuments à Bruxelles, j'ai dû trouver de nouvelles idées de distraction pour mes amis de passage en la capitale mondiale de la frite. C'est ainsi que j'ai emmené une pote visiter l'Eglise de Scientologie. Après tout, c'est un point d'intérêt tout de même plus excitant que l'Atomium. En plus, les locaux près de la Porte de Hal abritent carrément le centre des "Églises de Scientologie pour l'Europe". Un gros truc de près de 8000 mètres carrés en plein centre ville, à l'aise.  

Oui, les captures Google Street View sont ma nouvelle passion. 
Voici la Scientologie à Bruxelles.

Expédition de l'échec
Nous voulions passer un test gratuit de personnalité. Je venais de relire les articles de Titiou Lecoq sur Slate à ce propos et j'avais envie d'essayer. Nous avons choisi nos noms, nos profils, et nous sommes mises en route. J'étais Nina, étudiante en biologie un peu perdue dans sa vie. D'ailleurs, si vous rencontrez à Bruxelles une brune avec beaucoup de rouge à lèvres qui s'appelle Nina ou Anika, c'est sûrement moi qui ai décidé que vous n'aviez pas l'air suffisamment intéressant pour avoir le droit de connaitre ma vraie identité. Just so you know. 

Mais en pénétrant dans le hall impressionnant, on a eu tout de suite une déception : une dame blonde nous explique qu'ils ne proposent pas de tests de personnalité ici. Partout ailleurs, mais pas ici. A la place, elle nous a proposé d'aller jeter un oeil dans la salle d'exposition où l'on trouve une multitude d'écrans hi-tech projetant des spots de propagande pour la Scientologie. On a dû se les coltiner parce que vu qu'on avait assez de temps pour passer un test de personnalité, on en avait aussi pour se fader les vidéos. Plus tard, une autre femme est venue nous tenir la jambe pendant une éternité en nous montrant tous les projets d'intérêt général menés par la Scientologie. Comme elle était en face de jeunes, elle a particulièrement insisté sur le programme contre les drogues. 

C'était assez ennuyeux et surtout, ma pote se sentait super mal à l'aise et voulait partir au plus vite. Avant de nous relâcher, les scientologues nous ont invitées à la fête d'anniversaire de leur défunt fondateur, L. Ron. Hubbard "Il y aura un groupe qui jouera, et à la fin, on apportera même un GÂTEAU !" J'y serais bien retournée, mais j'ai loupé la date. Ils nous ont aussi offert gracieusement des DVD de présentation, non sans avoir avant lourdement insisté pour qu'on achète quand même un bouquin qui pourrait répondre aux questions que l'on se pose sur la vie, puisque cela semble être le but ultime de la Scientologie.

27.3.13

"On a gazé le public avec du poppers"


Un soir de mars à Bruxelles. Alors qu'une tempête de neige de merde se pointe, je m'invite chez Elzo Durt dans son appartement près de la place Flagey. Je compte juste faire une petite interview, mais je sais pas, le temps passe vite, on cause de plein de trucs, il me fait écouter des cool groupes (j'ai enfin trouvé quelqu'un qui emploie plus souvent que moi les termes "cool" et "chouette"), et je me rends compte au bout d'un moment que ça fait trois heures que je suis là et que je devrais peut être le laisser tranquille bosser sur la pochette de l'album de La Femme, pour laquelle il a déjà accumulé trois nuits blanches. De cette rencontre, j'ai tiré treize pages word, et j'ai eu toutes les peines du monde à vous condenser cette discussion en un article un minimum assimilable que de toute façon vous ne lirez pas en entier parce que vous êtes des putains de flemmards. Mais ce mec a juste trop de trucs intéressants à dire, que ce soit sur son travail d'illustrateur, sur la musique, ou encore sur les soirées improbables qu'il a vécues. 

INTERVIEW ELZO DURT

Elzo Durt ne fait pas de musique, il a "chipoté à la batterie, mais genre vraiment chipoté". Pourtant, il a envahi sans que vous vous en rendiez compte votre paysage musical. Il a réalisé les pochettes d'une tripotée de groupes de Born Bad et autres formations de garage louables (genre l'EP de Thee Oh Sees avec l'écorché-soldat et les intestins roses derrière - une grande fierté personnelle). Il a aussi lancé le label Teenage Menopause, où sont sortis les derniers Scorpion Violente et JC Satan. Un mec qui a du goût et sait bien s'entourer.

Un style immédiatement reconnaissable
Vous distingueriez le travail d'Elzo Durt entre mille (ou peu s'en faut), ce qui étonne d'ailleurs pas mal l'intéressé "Y a pas grand monde qui fait ça. C'est assez bizarre parce que c'est tout con en fait, comme technique". Le Belge de trente-deux ans a une imagerie un peu morbide, à base de collages de vieilles gravures, de couleurs vives, où les parties du corps humain ont souvent une place très importante. Il ne dessine rien. "J'ai jamais été à l'aise avec le dessin, donc j'ai cherché d'autres moyens de m'exprimer. J'ai fini par trouver une façon de me sentir bien avec ce que je veux mettre sur papier".

Elzo Durt travaille avec de vieilles gravures ou des images de comics qu'il trouve dans les bouquins innombrables qui tapissent son appartement. Il se considère d'ailleurs comme "chineur" et avoue passer un temps fou à trouver les bonnes images pour tel ou tel projet. Ensuite, il les assemble et les colore sur Photoshop, ce qu'il compare à du sampling en musique. "Ça prend sûrement autant de temps qu’un mec qui va le dessiner lui-même. Mais bon, c’est pousser le truc justement le plus loin possible. Au début c’était beaucoup plus simple mais au fur et à mesure, j’affine ma technique. Là maintenant, si j’ai envie d’une ligne droite, je pourrais la dessiner, mais j’ai plus envie d’aller la chercher pour avoir les accrocs que je veux".

28.11.12

J'ai été danseuse pour Geneva Jacuzzi

En envoyant une demande d'interview à Geneva Jacuzzi, je n'imaginais pas que j'allais finir par danser sur une flight case enroulée dans de l'essuie-mains devant deux cent personnes.

Geneva Jacuzzi est ce que l'on fait de mieux en ce moment en matière de synth pop influencée 80s. J'ai écouté plus que de raison son album Lamaze, sorti en 2010. et je pense sincèrement que "Love Caboose" et "Do I Sad?" sont de gros tubes cruellement ignorés.

Quand j'ai appris que c'était la Californienne qui ferait la première partie d'Ariel Pink (son ex, ou son mec, peu importe) à Anvers le 12 novembre, je n'ai pas hésité super longtemps. Je lui ai envoyé un mail pour savoir si je pouvais l'interviewer. En retour, j'ai eu droit à une réponse plutôt mystérieuse où elle me demandait si je ne pouvais pas lui rendre un service. Elle cherchait des gens pour lui construire un décor et monter sur scène avec elle, "c'est très facile et rapide". Je ne connais personne à Anvers mais j'ai motivé trois potes de Bruxelles à faire le déplacement. 

"Putain, on fait quoi ?"
Le jour-même, nous sommes arrivés super en retard à la salle TRIX, parce que les tramways de la ville de Bart De Wever sont vraiment nazes. Jeanine, Alphonse, Théophane et moi (j'ai changé les noms, parce que j'avais envie) avons été accueillis par une Geneva pleine de joie. Elle s'était teinte en blonde, ce qui lui va vachement moins bien, mais bon, elle conserve son charisme. On a tout de suite commencé à réfléchir à ce qu'on allait faire pour le concert. Il était 17h30, Geneva Jacuzzi jouait dans seulement trois heures et nous n'avions aucune idée de ce que nous allions faire. On a d'abord regardé la salle. La scène était super grande et le matériel d'Ariel Pink était déjà installé, alors Geneva a décidé qu'on jouerait par terre, sur le côté gauche, et a commencé à virer toutes les barrières qu'il y avait. 

4.10.12

J'ai vu D.A.F. en concert, et c'était de la merde

En avril dernier, ma très chère collègue à fort accent allait voir D.A.F. en concert à Genève pendant que je pleurais devant mes cours tous pourris. J'étais super jalouse, parce qu'il parait que c'était fou fou et même qu'un de ses potes avait pleuré tellement c'était bien. Ça, c'était ce qu'elle avait écrit ici même. Ouais, sauf que y a pas si longtemps, j'ai moi aussi pu aller voir les deux Teutons, et c'était de la grosse daube. Il fallait que je rétablisse la vérité (sans rancune, Anne Val).

D.A.F. @Ratrock, Harelbeke, Belgique
15/09/12

Précisons déjà le contexte, même s'il n'y est pour rien dans la nullité du concert. D.A.F. jouait à Harelbeke, une petite ville tranquille perdue en Flandre où, tous les ans, plein de types à crêtes et à clous se retrouvent pour le festival gratuit Ratrock. Cette année, la tête d'affiche était Exploited, histoire que vous situiez le truc, et Anti-Nowhere League. D'ailleurs c'était marrant. Y avait aussi le Prince Harry, un groupe belge trop cool signé chez Teenage Menopause. Pour aller à Harelbeke (qui se prononce d'une manière archi dégueulasse), il fallait prendre deux trains depuis Bruxelles, trouver le lieu du festival, qui en fait était en plein centre (salut les voisins), et passer quatre grosses heures en after avec des Flamands avant de pouvoir prendre le premier train du matin le lendemain. Heureusement, la kriek max ne coutait qu'un euro cinquante. 

On appréciera la beauté de l'affiche

Donc au milieu de tous ces keupons, on ne sait trop comment, il y avait D.A.F. L'idée de les voir enfin en live était assez pipiculotte, parce qu'on a un petit crush sur la Neue Deutsche Welle chez TEA, vous savez. Et comme personne n'était venu à Harelbeke pour eux, on a réussi sans trop de problème à se mettre juste devant les barrières, prêtes à kiffer quoi.

26.7.12

[GUEST 7] "When will life find this fucking Wonderland?"

[Guest: Delphine]

Écrire, effacer, ré-écrire. Si je n’ai pas le complexe de la page blanche, celui de la page naze semble empirer avec le temps. Moi qui croyais que ça allait finir par passer… Après avoir hésité à me plaindre de la faible qualité des programmations musicales des festivals de cette année, de vous parler de mon idole de toujours Lindsay Lohan - on ne juge pas - je me suis reportée sur BRNS (prononcé Brains). On va sûrement me older, mais OSEF.

Encore en train de rouspéter dans mon coin, en geignant que je n’ai rien découvert de transcendant cette année, mon chef me conseille de jeter une oreille à BRNS, et me recommande le morceau Mexico, sans m’en dire plus. En bonne employée appliquée que je suis (hum) je m’en vais m’exécuter. Le morceau commence, entraînant avec cet ensemble de percussions, mais c’est une fois arrivé au refrain qu’on sent toute la force, la rage inhérente à ce hit en puissance.  Une vraie claque.



Comme un tox ne voulant pas redescendre de sa défonce on s’en va écouter les autres morceaux présents sur le Bandcamp du groupe. Tous, un par un, ont cette faculté à nous hypnotiser (mais plus particulièrement encore "Here Dead He Lies et Our Lights"), à nous faire tourner la tête et à nous la faire secouer machinalement. Aussitôt les sept titres achevés, le manque arrive, on appuie aussi sec sur replay pour ne pas faire de descente et pourtant rien ne sera jamais plus comme avant. On est ensorcelé par la magie de ces voix, de cette musique, de ces cris. On veut en faire partie, crier avec eux notre rage, notre désespoir, et sauter de joie en même temps. Nos sentiments s’emmêlent, on ne sait plus quoi ressentir, plus quoi penser, on s’assoit, pour reprendre notre souffle. Doucement.



Quand on se renseigne un peu plus on apprend que le quatuor bruxellois est né en 2010 et qu’il a sorti un mini-album Wounded, le 21 mai dernier distribué par PIAS. Mini par le nombre de titres (7) mais pas par la longueur, car aucun d’entre eux ne dure moins de quatre minutes. Il aurait été inhumain de faire autrement. Sitôt la comparaison (facile) avec Wu Lyf (mon cœur saigne quant à leur pause/fin) se fait, même rock baroque, mêmes chants en chœur, même noirceur et pourtant il y a quelque chose de plus authentique, de moins forcée encore chez nos Belges. Réputés pour être aussi bons sur scène que sur disque, si j’ai le temps d’aller à Rock En Seine, ils feront partie de mes inratables.


***






Certains m’ont donné le surnom de "maman des Internets" même si les enfants me foutent une trouille bleue. Jeune fille à la crinière de feu, je suis sauvage au premier abord, mais il paraît que je suis aussi sympa et sociable même si je prétends le contraire. Je revendique le fait d’être une fausse fille, même si ma passion pour les pandas roux et les teen movies me trahissent souvent.

21.5.10

Acouphènes


The Black Box Revelation @ Le Chabada
Angers, 18/05/10

C'est bientôt l'été (nous tenons un scoop oui). Concrètement, ça veut dire que les festivals pointent le bout de leurs stands galettes-saucisse, ce qui est une bonne chose. Mais cela signifie aussi malheureusement que les salles de concerts (du moins celles de provinces), vont fermer et prendre des vacances. Donc plus de concerts près de chez nous. Par exemple, mardi, TEA a été à son dernier concert au Chabada à Angers de la saison, c'est triste oui. Mais nous avions pris garde de bien le choisir : une soirée "totale découverte" avec The Black Box Revelation.

The Black Box Revelation, pour ceux qui ne connaissent pas, ce sont deux Belges flamands aux noms pas évidents-évidents : Jan Paternoster et Dries Van Dijck. Ils ont deux albums à leur actif, ont tourné avec des compatriotes comme Ghinzu ou dEUS, et sont un peu des stars chez eux. Et il n'y a pas de raison pour qu'ils ne conquièrent pas la France. Parce qu'en plus d'avoir des noms très divertissants, ils font de la bonne musique. Pas de la pop ou de l'electro, non, tu sais, un truc beaucoup plus rock, et un rien bluesy, le genre de truc qui ne sonne pas moderne du tout en somme, mais qui est quand même très très efficace, à l'image de leur génial titre "High On A Wire".

Alors en live, c'est comment ? Plus d'énergie, plus de violence. Les gens qui ont le sens de la formulation diraient "ça envoie du pâté". Jan, le grand brun qui pourrait faire un concours de maigreur avec les Horrors change de guitare à chaque chanson ou presque et nous montre qu'il s'y connait en riffs le bougre, et drôlement bien en plus, pendant que le petit blond Dries, 19 ans seulement, bouge beaucoup de la tête avec un sourire figé (joie ? diarrhée ?) derrière sa batterie qu'il martèle de toutes ses forces. Deux personnes sur scène, ça peut vraiment faire du bruit. En interview deux heures plus tôt (prochainement sur vos écrans, promis), ils nous disaient qu'ils voulaient que leurs lives soient sexy aussi. Avec toute l'objectivité que des filles peuvent avoir, nous pouvons dire que oui, ils y arrivent, leur concert sue la sensualité sauvage. Et le public sue tout court lui, même s'il n'est franchement pas très remuant ce soir, dommage.