Même un mois après les faits, nos souvenirs de Kilbi n’ont pas encore entièrement séché. Le week-end de mai bien arrosé évoque encore quelques réminiscences des concerts lumineux de Tinariwen, Thee Oh Sees, Julian Sartorius, Connan Mockasin et d’autres. Mais le petit festival de la campagne singinoise nous a surtout donné l’occasion de ruminer quelques questions sur l’absurde condition du festivalier. C’est vrai au fond, où puise-t-on cette résignation à s’infliger trois jours sans sommeil sous la pluie glaciale ? Si on fait abstraction du plaisir que peut procurer la musique, l’intérêt d’aller se planter en masse devant trois pelés qui font joujou sur une scène a de quoi surprendre. D’où la question : qu’est-ce qui fait un bon concert ? Le temps de cuver nos crèves post-festival, nous avons dressé une liste non exhaustive et sans hiérarchie de quelques points qui nous semblent importants.
KILBI
23, 24, 25 mai 2013
bad bonn, düdingen
a – le confort
Lorsqu’on est harassé par la grêle et la boue, cette notion prend toute son importance. C’est con mais c’est quand même dur d’être attentif à un concert moyennement captivant si on a la gambette qui fléchit, l’oreille martyrisée, des courants d’air quelque part entre les plis de l’écharpe ou que l’emplacement choisi dans la foule compactée est évidemment un endroit de passage où on se fait constamment bousculer. L’énumération de ces petites plaies pourrait continuer encore quelques pages mais vous avez compris le principe. Le confort n’est par essence pas garanti en festival. Du coup, autant faire en sorte d’en "perdre" le moins possible. A ce sujet, nous conseillons vivement les cornets en plastique par dessus les chaussettes dans les chaussures. On a l’air ridicule mais ça tient au sec et au chaud dans le meilleur des cas.
b – l’ambiance
On ne se lassera jamais de dire du bien de l’ambiance relax qui règne à la Kilbi, sans pour autant savoir à quoi cela tient. Est-ce la moyenne d’âge du public (probablement dans la trentaine)? Est-ce le calme de la campagne environnante? Ou bien la programmation, exigeante, variée, qui attire des gens aux goûts similaires ? Seule certitude : le cadre a permis à plusieurs groupes de se lâcher, et même d’entrer complètement en symbiose avec le public. Cet exploit dépend souvent de pas grand chose. Ca peut partir d'états d’esprit qui se rejoignent, d’un côté et de l’autre des retours. Par exemple, Thee Oh Sees sont parvenus à enflammer le public en deux secondes. Pour des Suisses, péter une durite à ce point, c’est quand même rare. Mais par la grâce du garage californien, Johnny le Bruyant et sa bande de tatoués en short l'ont fait. Tant et si bien qu’il a même fallu prévenir un auditeur secoué par les pogos et un peu trop entiché des enceintes : "Wear earplugs, it’s gonna get louder, and we’re too good to play lower" - c’est bien la preuve d’un concert qui défonce. Autre formidable exemple d’unicité, mais dans un style moins "fracassant", Tinariwen a réussi un des meilleurs concerts du week-end. Captivants, les touaregs maliens ont emporté le public si loin avec leurs mantras et leurs danses, que tout un chacun s'est éclaté les paumes en exigeant rappel sur rappel.





