L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
Affichage des articles dont le libellé est batterie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est batterie. Afficher tous les articles

27.6.13

"Music should be about having fun"

Même un mois après les faits, nos souvenirs de Kilbi n’ont pas encore entièrement séché. Le week-end de mai bien arrosé évoque encore quelques réminiscences des concerts lumineux de Tinariwen, Thee Oh Sees, Julian Sartorius, Connan Mockasin et d’autres. Mais le petit festival de la campagne singinoise nous a surtout donné l’occasion de ruminer quelques questions sur l’absurde condition du festivalier. C’est vrai au fond, où puise-t-on cette résignation à s’infliger trois jours sans sommeil sous la pluie glaciale ? Si on fait abstraction du plaisir que peut procurer la musique, l’intérêt d’aller se planter en masse devant trois pelés qui font joujou sur une scène a de quoi surprendre. D’où la question : qu’est-ce qui fait un bon concert ? Le temps de cuver nos crèves post-festival, nous avons dressé une liste non exhaustive et sans hiérarchie de quelques points qui nous semblent importants.


KILBI
23, 24, 25 mai 2013
bad bonn, düdingen

a – le confort
Lorsqu’on est harassé par la grêle et la boue, cette notion prend toute son importance. C’est con mais c’est quand même dur d’être attentif à un concert moyennement captivant si on a la gambette qui fléchit, l’oreille martyrisée, des courants d’air quelque part entre les plis de l’écharpe ou que l’emplacement choisi dans la foule compactée est évidemment un endroit de passage où on se fait constamment bousculer. L’énumération de ces petites plaies pourrait continuer encore quelques pages mais vous avez compris le principe. Le confort n’est par essence pas garanti en festival. Du coup, autant faire en sorte d’en "perdre" le moins possible. A ce sujet, nous conseillons vivement les cornets en plastique par dessus les chaussettes dans les chaussures. On a l’air ridicule mais ça tient au sec et au chaud dans le meilleur des cas.

b – l’ambiance
On ne se lassera jamais de dire du bien de l’ambiance relax qui règne à la Kilbi, sans pour autant savoir à quoi cela tient. Est-ce la moyenne d’âge du public (probablement dans la trentaine)? Est-ce le calme de la campagne environnante? Ou bien la programmation, exigeante, variée, qui attire des gens aux goûts similaires ? Seule certitude : le cadre a permis à plusieurs groupes de se lâcher, et même d’entrer complètement en symbiose avec le public. Cet exploit dépend souvent de pas grand chose. Ca peut partir d'états d’esprit qui se rejoignent, d’un côté et de l’autre des retours. Par exemple, Thee Oh Sees sont parvenus à enflammer le public en deux secondes. Pour des Suisses, péter une durite à ce point, c’est quand même rare. Mais par la grâce du garage californien, Johnny le Bruyant et sa bande de tatoués en short l'ont fait. Tant et si bien qu’il a même fallu prévenir un auditeur secoué par les pogos et un peu trop entiché des enceintes : "Wear earplugs, it’s gonna get louder, and we’re too good to play lower" - c’est bien la preuve d’un concert qui défonce. Autre formidable exemple d’unicité, mais dans un style moins "fracassant", Tinariwen a réussi un des meilleurs concerts du week-end. Captivants, les touaregs maliens ont emporté le public si loin avec leurs mantras et leurs danses, que tout un chacun s'est éclaté les paumes en exigeant rappel sur rappel. 

28.10.12

"Y a eu un tremblement de terre?"

Une sensation sous les pieds et dans les genoux, une légère oscillation au niveau des yeux et toujours la même question: en gros c'est comme ça les agitations tectoniques dans le Jura Suisse. En France ça doit être tout pareil, sauf que c'est également synonyme d'un gros ramdam de caisse, gratte et choeurs en mineur rassemblés sous l'intitulé Salvage Blues par le groupe - on vous le donne en mille - La Terre Tremble !!!. Excepté la considération esthétique douteuse des trois points d'exclamation qui accompagnent leur nom, les drilles sismiques s'en sortent vachement bien au niveau de la musique qui fait des crevasses dans les oreilles. Ils sont comme la chantilly sur les crêpes de Honey for Petzi et on s'en sert de grosses louches avant de perdre totalement la tête.

La Terre Tremble !!!
Salvage Blues

Sorti lundi dernier pour ceux qui investissent encore dans des galettes physiques, le disque Salvage Blues est fait pour chambouler l'acquéreur dès son ouverture en forme de coup de tonnerre. [tintintiiin] Le premier titre - "Elements" - brise en effet brutalement la glace de ses coups de grosse caisse matraqués qui prennent toute la place et donnent d'emblée le ton pour la suite. Par ailleurs, un coup d'oeil aux rares vidéos grattées à gauche à droite, fait capter assez vite la place centrale que prend la percu dans la musique du groupe. Parmi ladite filmographie il y a notamment ces expérimentations acoustiques (un peu datées) de la Blogothèque au son moyen mais dans lesquelles on ne perd jamais de cette fibre primitive, brute, virile comme une bonne claque. S'il faut comprendre pourquoi la terre tremble, maintenant on sait.


Sur Salvage Blues donc, pas de miracle, ça tape sec. Ça chante aussi (et c'est là qu'on pense à Honey for Petzi). Chaque membre du groupe s'y met d'ailleurs. Il en résulte des choeurs tendus comme des strings qui ne manquent jamais d'exploser en hurlements. Exemple école: "The Frame In" dont le chant commence tout simplement sur un accompagnement minimaliste, avant de partir complètement en couille, ponctué par des accords assourdissants. Joli coup également dans la chanson-bijou "European Germs" dont l'intro gling-gling-vazy-la-chanson-folk-va-commencer est interrompue brutalement par un hurlement qui sonne comme un "GIIRLS" désespéré (mais on n'est pas sûres des paroles exactes). Enfin, le tube "Through France" de près de huit minutes caresse d'abord les oreilles avec les accords les plus souples et mélodieux du fatras de rythmes stoppés/repris/variés/destructurés qui compose l'album. Mais qu'on ne se laisse surtout pas attendrir: le long interlude qui fait croire que le moment blues, le vrai, c'est là maintenant avec cette fausse cornemuse et cette espèce de chant façon Black Keys (mais oui, bisous) n'est qu'une cocotte minute dont la soupape, évidemment, ne manque pas de sauter.

Détail cool: pour la promo de cet assemblage bouillonnant, La Terre Tremble !!! a composé un encart promotionnel beau comme un camion. On y lit qu'aucun adjectif de la trempe "noise-math-post-blues-rock" ne saurait décrire ce disque que les auteurs ne comprennent pas eux-mêmes. Pour nous, concrètement, Salvage Blues est avant tout un album boum boum qui fera boum boum dans ton coeur si t'aimes ça faire boum boum avec ta tête.

19.1.12

"On va à l'extrême de ce qu'on sait faire"

Julien Fernandez est le grand manitou de la tribu Africantape. Accessoirement, il joue aussi dans deux groupes géniaux: Chevreuil et Passe Montagne. On a parlé de ses activités au sein de son label dans la première partie de cette interview. Il s'agit maintenant d'en apprendre un peu plus sur son moi-batteur. Celui qui a transpiré la bouche ouverte au milieu de la Case à Chocs puis du Romandie en éclatant vigoureusement nos tympans joyeusement consentants. 


INTERVIEW JULIEN FERNANDEZ
PARTIE 2 : CHEVREUIL ET PASSE MONTAGNE

Il parait qu'avec Africantape, tu produis des groupes dont tu rêves d’être le batteur. Ce n'est pas un peu frustrant ?
Je ne rêve pas de prendre la place de leur batteur. Mais c'est vrai que souvent, je me reconnais dans la batterie d'un groupe. Je me dis que j’aimerais bien faire ce que le batteur fait.
Et si tout à coup il y avait une place vacante, tu remplacerais ?
Oui, pourquoi pas.
Mais aurais-tu le temps ? Tu joues déjà dans deux groupes...
On peut toujours s'arranger.

Sauf erreur, le premier des deux - Chevreuil - a démarré à l'école d'art de Nantes. Avais-tu déjà joué de la musique avant cela ?
Quand j’étais ado, oui, j’avais un groupe. J'écoutais des trucs qui me motivaient et j'essayais de faire la même chose avec des copains. Mais on a abandonné.
Après, je n'ai plus du tout joué pendant trois ans passés à l'école d'art. Puis j’ai rencontré Tony et on s’est mis à faire de la musique ensemble. On a tout de suite créé Chevreuil. C’était vraiment notre truc. On n'aimait pas trop l'école parce qu'on s'y ennuyait beaucoup donc on a eu l’idée de faire ce nouveau truc beaucoup plus divertissant : Chevreuil.
Ca a tout de suite marché ?
Non, pas vraiment. C’était un peu flip flop parce qu'on était des losers. Techniquement, on était vraiment nuls. Et puis les gens pensaient qu’on était extrêmement prétentieux. D'une part parce qu’on voulait absolument jouer au milieu du public. Et aussi parce qu’on utilisait quatre amplis.
Effectivement, le système que Tony a inventé, c'était un peu bizarre à l'époque. C'était presque comme s'il avait inventé une machine pour aller dans le futur.
C’est quoi ce truc ?
C'est un système quadriphonique. Tony joue avec une seule guitare mais créé des boucles différentes pour chaque ampli. C’est devenu hyper commun maintenant, mais à l’époque c’était…voilà. Et donc on passait pour des gros prétentieux.
Pour ne rien arranger, nos concerts étaient très mauvais. Nous avions de l'idée mais nous n'étions pas bons du tout. Heureusement, au bout d'un moment, à force de jouer, on a commencé à s'améliorer un peu. On a même fait des disques et plusieurs labels nous ont suivis. Il y a un label parisien qui était avec nous dès le début. Et maintenant on a aussi un label au Japon et un autre aux Etats-Unis. Grâce tout ça, on a persisté dans notre voie.
Mais à un moment, vous avez fait une pause.
Oui. On a arrêté pendant six ans. On a repris en novembre dernier et maintenant, on sait vraiment bien jouer notre musique... après dix ans !

17.1.12

"Les CDs c'est de la merde"

Julien Fernandez est batteur dans les groupes Chevreuil et Passe Montagne. Accessoirement, il gère aussi son propre label : Africantape. Ses multiples activités l'ont amené en Suisse en novembre dernier alors on en a profité pour le rencontrer. D'abord autour d'une dîner où le type jonglait avec les trois langues des convives sans même avoir l'air de s'en rendre compte. Puis dans le seul coin à peu près tranquille des coulisses du Romandie, pour un entretien d'une heure à propos de tous les trucs trop cools qu'il fait. En résulte une interview fleuve qu’on a divisé en deux rivières de taille moyenne. D'un côté, le bras "Julien F., Producteur", charriant des groupes trop cools qui plairont à tout ceux qui affectionnent "des trucs extrêmes, très viscéraux". De l'autre, "Julien F., Musicien", lequel fait pression sur les tympans jusqu'à l'extrême à coups de baguettes (mais ça pourrait tout aussi bien être des battes). En résumé, Julien Fernandez est un type hyperactif mais aussi hyper intéressant. Voyez par vous-même.


INTERVIEW JULIEN FERNANDEZ
PARTIE 1: AFRICANTAPE

Comment est-ce que tout à commencé ?
En fait, je n’ai jamais eu l’ambition d’avoir un label. C’est arrivé un peu par hasard. Un jour, j’ai reçu un enregistrement qui m’a plu et j’ai décidé de le sortir avec mon propre label.
Ca n’a pas été trop dur ?
J’avais déjà travaillé pour des labels auparavant donc je connaissais déjà un peu le fonctionnement. J’avais aussi rencontré beaucoup de gens en tournant avec Chevreuil donc je pouvais m’appuyer sur une base très solide pour commencer le projet. J’ai fait un premier disque début 2008. Puis un deuxième, la même année. En 2009 je crois que j’en ai fait 4 et puis en 2010, j’en ai fait 10.
Comment es-tu passé de 4 à 10 ?
J’ai reçu plein de trucs super et j’ai eu envie de tout faire ! Mais ouais, 10 par an ça représente un rythme extrêmement soutenu. En 2011 j’en ai fait presque 10 aussi. Mais je vais me calmer un peu je crois. Je n’ai pas envie que ce soit tout le temps aussi intense.

Y a-t-il des labels qui t’ont inspiré dans ta démarche ?
Aujourd’hui ? Non. Mais quand j’étais plus jeune, y a plein de labels qui m’ont inspiré. Touch and Go en particuler. Sinon, j’ai commencé par travailler dans l’édition de livres. Dans ce milieu là, il y a les éditions Allia et Christian Bourgois qui m’ont aussi beacoup inspiré.
Ce sont eux qui t’ont donné envie de te lancer ?
Non, mais je me rappelle que quand je regardais ce qu’ils faisaient je me disais : "Putain, comment ils font ? Ca doit être génial !" Et puis ça a été mon tour. Mais mon label a une image complètement différente. Peut-être qu’en le développant, j’avais ces modèles là un peu inconsciemment dans ma tête.

Tu habites à Pescara, en Italie. Comment gères-tu ton label alors que tu es géographiquement plutôt isolé ?
Pescara c'est la zone. C'est une plutôt grande ville mais au fond, c'est un trou paumé. J’aime bien être un peu coupé des trucs, près de la mer, dans un lieu de vacances. J'y habitais déjà avant de faire le label. C'est peut-être justement parce que j'étais isolé que j'ai décidé de faire Africantape. Ou alors c'est parce que je m'emmerdais trop.

27.11.11

"Mes labels n'en ont rien à foutre"


Interview Publicist 

Le mec tout seul torse nu derrière sa batterie posée à même le sol et qui fait méchamment danser les gens devant, c'est Sebastian Thomson, aka Publicist. Il est aussi connu pour être le batteur de Trans Am, un groupe de post-rock formé dans les années 90, mythique pour ceux qui connaissent. Donc samedi dernier, Sebastian Thomson s'est ramené à l'I.Boat pour servir sa disco vocodée extrêmement entraînante à la petite vingtaine de personnes présentes (oui, seulement vingt, c'est scandaleux). C'était génial et vous avez manqué un truc. Une heure avant le concert, j'ai rencontré l'homme dans les cales du bateau, il a essayé de me faire goûter du lait de soja mais j'ai décliné et préféré faire une bataille de blagues. 

TEA : Qu'est ce qui s'est passé ? Un jour tu t'es dit "Je vais faire un projet solo d'electro" ?
Sebastian Thomson : Trans Am est un groupe qui est très démocratique, toutes les responsabilités sont partagées. C'est pour cela qu'on sait tout faire. Enfin, je veux dire que je joue de la batterie, mais aussi de la basse et des synthés, parce qu'on se dit tout. Donc à un moment j'ai réalisé que je pouvais faire tout ça moi-même. Être dans un groupe c'est super, j'aime mes amis, mais il y a l'inconvénient que chaque décision doit être prise en groupe. Alors quand tu veux tourner ou enregistrer, ça doit être une décision du groupe et c'est chiant des fois. D'un côté tu es très indépendant parce que tu es un musicien et que tu n'as pas de boss, mais tu es aussi pas indépendant du tout parce que tu as deux femmes, tu vois ce que je veux dire. (rires). Donc en gros le groupe a été a plein temps pendant longtemps, on a énormément tourné. Et j'étais à Londres et il y a plein de musique electronique underground cool ici, des clubs cools et de super fêtes, tellement plus qu'à Washington d'où je viens. Donc j'étais à une de ces soirées et je me disais "C'est super, j'adore ça. Tu sais quoi ? Pourquoi pas ? Ce sera un projet bizarre." Au lieu de programmer la batterie et jouer du synthé en live, ce que font la plupart des groupes, je programme les synthés et je joue de la batterie en live, c'est l'opposé quoi. Et j'ai trouvé que ce serait un projet intéressant et étrange. Ça a commencé comme une blague et après, on a commencé à me proposer des concerts et c'est devenu plus sérieux depuis genre deux ans et demi. Avant je jouais avec Trans Am et aussi dans un groupe londonien qui s'appelle les Dead Kids, alors Publicist n'était pas ma priorité. Mais maintenant c'est Publicist en premier, c'est sûr, parce que les mecs de Trans Am sont mariés, ont des enfants, un travail, donc on ne tourne plus beaucoup. C'est avec Publicist que je gagne ma vie aujourd'hui. 

6.4.09

Wish that we could see them soon


HERMAN DUNE @ LE CHABADA
1/4/09

Le mercredi 1er avril, il y avait mieux à faire que coller des poissons rouges dans le dos des gens : les Herman Dune jouaient au Chabada, à Angers. Alors ? Alors TEA y était, ben oui.

C'est David Herman Dune qui entre en scène le premier. Et joue seul, avec sa guitare, des mélodies assez tristes. Le public ne remue pas trop mais à un sourire énorme collé au visage. Ils l'aiment, le barbu.
David aka Yaya appelle quand même à la rescousse Neman Herman Dune et un bassiste venu pour l'occasion, et qui s'est très bien débrouillé. C'est parti pour plus d'une heure de concert. Les chansons s'enchaînent rapidement. On s'attendait, peut-être bêtement naïfs, à un set hippie et bondissant, et la réalité était tout autre. Des moments très calmes, assez intimes, avec seulement Yaya au ukulélé ou avec sa Gibson, côtoient des titres carrément rock moitié énervé. On n'imaginait pas vraiment les Herman Dune ici, mais il faut avouer que ça tient largement la route.
Peut-être le concert manque-t-il d'adresses au public, et puis, les chansons ne sont pas très différentes de ce qu'elles donnent en CD. David Herman Dune félicite quand même les régisseurs du Chabada qui arrivent à transporter sur le rideau rouge l'ombre géante de la mascotte-monstre du groupe (avec aussi, mais ça il ne l'a pas dit, le genou du bassiste ou de lui-même en gigantesque).