L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
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13.6.16

Thé dansant #4 : Déreglement hormonal, love love peace peace, new wave


TEA vous propose tous les quinze jours ses thés dansants, une petite sélection de ce qu'on a aimé écouter dernièrement, ce qu'on a vu en concert ou encore ce qu'on a redécouvert. C'est totalement non exhaustif et arbitraire, et c'est ça qu'on aime. Bisous.

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Quand on a une vie bien chargée, qu'on passe plus de temps à écouter des disques sortis en 1981 ou des groupes que l'on a récemment vu en concert, ce n'est pas toujours facile de se tenir au courant des dernières sorties musicales. Résultat, on est vite à la ramasse et on découvre, cinq mois plus tard, que Geneva Jacuzzi a sorti un album en début d'année. Pourtant, Geneva Jacuzzi, on l'aime beaucoup. On l'a même interviewée en 2012 et dansé pour elle lors d'un de ses concerts à Anvers. Donc la Californienne a sorti un nouveau album, après son fantastique Lamaze qui date, quand même, de 2010. On ne s'attendait pas forcément à un nouvel album de sa part. Quand on l'avait rencontrée, elle disait même : "Les gens veulent que je sorte un nouvel album, mais je ne veux pas. Je n'ai jamais voulu sortir un seul disque. Ça m'ennuie. C'est trop de pression. Et c'est le genre de pression qui ne me stimule pas du tout. Je pense que ce doit être quelque chose d'accidentel, et de stupide. Je n'ai aucune intention d'être une musicienne professionnelle. J'admets être une mauvaise musicienne. J'enregistre une chanson et j'oublie comment la jouer, presque intentionnellement". Finalement, elle a changé d'avis, où provoqué assez d'accidents. Quoiqu'il en soi, ça fait plaisir de la retrouver sur "Technophelia". On la retrouve là où on l'avait laissée, avec sa synth pop lo-fi immédiatement reconnaissable et ses petits tubes en puissance, comme "Casket". Vous pouvez écouter l'album ici. - M



Depuis le temps qu'on tarde c'est devenu old news mais comme mon amour n'a pas fané je prends ça pour un bon signe : le nouvel album de Zombie Zombie, Slow Futur, tabasse. Il s'écoute sur The Drone où l'on en apprend un peu plus sur le contexte de la fabrication du disque et de sa proximité avec le spectacle. Chez moi, il réaffirme un goût prononcé pour les mantras répétitifs. Une fascination de l'expérimentation sonore. Avec, toujours, comme maîtres absolus, l'ombre de Kraftwerk qui plane. L'homme machine. J'aime aussi l'épure du spectacle dont on voit un extrait dans cette vidéo.
Le côté hypnotique repris dans le jonglage des protagonistes, le regard vide sur les boules blanches. Un aspect un peu inquiétant. Ca m'évoque également la pièce de théatre Electronic City de Falk Richter vue il y a quelques années qui traite justement de ces thèmes franchement malaisants. A revoir aussi : notre vieille playlist "travail à la chaîne". - AV


17.8.15

"Baby it's all beyond control"

Cela fait des mois et des mois que j'ai peur d'écrire cet article, même si une partie de moi en ressent le besoin et que, surtout, j'estime qu'il faut bien le dire tout haut, arrêter d'être dans le déni. Vous n'êtes pas stupides et cela se voit clairement que ce blog vit plus qu'au ralenti. Le terme vivoter est d'ailleurs plus approprié. Nous avons posté sept articles en 2015, et encore, l'un d'entre eux a été rédigé par une amie. En 2014 déjà les premiers indicateurs étaient là, à nous deux, nous avions pondu dix-neuf petits articles. Avec beaucoup d'amour, certes, mais tellement d'irrégularité. 

Alors voilà, je sais que vous êtes tout de même plusieurs à nous suivre quasi depuis le début, ou à nous avoir rejointes en cours de route, et nous avoir soutenues vaille que vaille, et nous vous devons tout de même des explications à ce quasi silence, plutôt embarrassant d'ailleurs quand on se targue de parler musique. La vérité, c'est qu'on s'est laissées prendre comme des merdes. Par le temps, par la vie. Tenir un blog représente un énorme investissement, aussi bien moral qu'en matière de temps. C'était tout à fait faisable lorsque nous étions encore au lycée ou au début de nos études. Avec l'âge, les responsabilités arrivent et, à 23 et 24 ans, on ne sait où donner de la tête. Et même si nous nous étions jurées que TEA n'en pâtirait pas, force est de constater que c'est rapé. 

Et oui, c'est dommage. Car cette aventure m'a apportée tellement, et je pense pouvoir ici parler aussi pour ma chère collègue helvète en écrivant cela : TEA nous a apporté plus que ce que nous pouvions imaginer. Des amis, des rencontres incroyables, des découvertes majeures, une sacrée expérience, des échanges enrichissants, des moments d'intense joie, et des instants de doutes et d'engueulades, aussi. TEA a fait en partie ce que nous sommes aujourd'hui.

Je ne pense pas que nous voulions abandonner le bébé, mais effectivement, nous avons été de bien piètres mères ces derniers temps. Cela va sûrement reprendre, mais certainement pas à la cadence de deux articles par semaine que l'on arrivait à tenir, parfois. Peut-être que nous continuerons à écrire mais seulement une ou deux fois par mois, un peu comme maintenant, en se sentant malgré nous coupables d'un tel délaissement mais également impuissantes face à toutes les autres obligations qui se sont désormais greffées à notre quotidien. En fait on ne sait pas. Mais on aime TEA et surtout, on vous aime. 

Pour ne pas vous avoir fait cliquer pour rien, j'ajoute une playlist de ce que j'ai écouté le plus clair de mon été. Bisous.



Illustration par ✞ Eva May Chan

19.8.13

[GUEST 10] Pop-rock en Yougoslavie

[GUEST 10 : Edina]



Le reste de l’Europe voit souvent l’ex-Yougoslavie – et les Balkans en général – comme une terre austère et hostile peuplée de tribus barbares qui se détestent, qui écoutent de la musique tzigane toute la journée en buvant de l’alcool fort et qui fournissent les prostituées et la coke aux grands de l’Union Européenne. 

Pourtant, pendant plus de 3 décennies, celle qui fut la république de Yougoslavie constituait un véritable berceau artistique, et tout particulièrement musical, méconnu de l’Occident et qui vaut la peine d’être exploré. En voici un (tout) petit aperçu :


Considérée souvent à tort comme un ancien Etat du bloc soviétique, la Yougoslavie (1942-1991) était un Etat fédéré communiste. Plus grand que le Royaume-Uni, sur le même méridien que le nord de l’Italie et le sud de la France, cet état a éclaté en 1991, donnant naissance à la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie, la Macédoine et le Kosovo.

La Yougoslavie était dirigée par Josip Broz Tito, maréchal, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Militant communiste, celui-ci avait combattu les nazis, les oustachis (nationalistes) et les tchetniks (autres nationalistes) avec son armée de partisans, composée d’hommes ET de femmes qui n’étaient ni préparés ni vraiment super bien équipés. Et tout cela sans aucune aide extérieure, ni celle de l’armée rouge de Staline ni celle des Alliés. 

Jusqu’à sa mort en 1980, Tito restera dirigeant d’un pays plutôt prospère grâce à l’industrie tertiaire et au tourisme. Et même les américains trouvaient la Yougoslavie plutôt cool pour un pays socialiste.

Contrairement à d’autres dirigeants de l’époque, Tito n’était pas réticent à l’art. Il jouait lui-même du piano – qu’il avait appris lorsqu’il était apprenti mécanicien à Vienne – et aimait beaucoup le cinéma – et les films de guerre. C’est pour cela que dès le milieu des années 1950, les jeunes yougoslaves ont pu s’exprimer – plus ou moins – librement dans toutes les disciplines et tout particulièrement dans la musique. 

La richesse de la musique et de l’art en Yougoslavie en 3 décennies


7.3.12

Petit canari ébouriffé chantant comme Dieu


Les rééditions ont cette capacité de nous rappeler l'existence de groupes géniaux (parfois) mais dont on avait quelque peu oublié l'existence. Le label 4AD vient de ressortir en vinyle Stars And Topsoil, une compilation des meilleurs morceaux des Cocteau Twins, initialement parue en 2000.  L'occasion idéale pour se (re)plonger dans la  dense discographie de ce trio des années 80. 

La vie à Grangemouth, morne ville d'Écosse, doit sentir un peu le moisi quand on est jeune en 1979. Deux garçons d'à peine 20 piges décident de faire de la musique. Un soir dans un club ils remarquent une fille qui danse, et ils lui demandent de chanter pour eux. Coup de bol,  Elizabeth Fraser a une voix magnifique. Le groupe se baptise d'après une chanson de Simple Minds quand ils ne s'appelaient pas encore Simple Minds et faisaient encore du punk. Très vite, les Cocteau Twins signent chez 4AD, le label britannique qui connait ses grandes heures dans ces années-là justement. A la sortie de Garlands, en 1982, la critique voit une grande parenté avec Siouxsie And The Banshees et qualifie hâtivement le trio écossais de gothique. S'il est vrai que ce premier album est plutôt sombre, à l'image de l'excellent "Blind Dumb Deaf", les Cocteau Twins, au fil d'années prolifiques (six LP entre 1982 et 1990) explore plutôt du côté de la dream pop, mâtinée de guitares plus heavy. Mais la grande caractéristique des Cocteau Twins est la voix de leur chanteuse. Elizabeth Fraser, bien qu'elle fasse un peu peur avec ses grands yeux clairs et sa coiffure de petit canari énervé, gagne mille points de charisme quand elle émet des sons. La soprano a la voix féérique (on parlera plus tard de heavenly voices), habitant chaque morceau d'une aura singulière. Quelqu'un a dit une fois que c'était "la voix de Dieu", ni plus ni moins. Elle a aussi une façon toute particulière de chanter ses textes, la plupart du temps on ne comprend même pas ce qu'elle raconte, comme si elle s'attachait plus à la façon de chanter des paroles qu'aux paroles elles-mêmes. Après la période 4AD, les Cocteau Twins ont signé deux albums sur une major, avant de se séparer en 1997. Depuis, chaque membre s'est essayé à la carrière solo et Robin Guthrie et Simon Raymonde ont fondé le label Bella Union, qui a un catalogue plutôt recommendable.

6.3.11

Baiser glacé

Tu te souviens de la petite sélection de groupes élaborée sur le vif le mois dernier ? Eh bien peut-être que tu seras content d’apprendre qu’entre temps, l’une est rentrée de Londres et l’autre a terminé ses examens. Mais le plus chouette, c’est que depuis, Die Selektion a sorti un premier EP. Vise un peu.

DIE SELEKTION
KÜHLE LIPPEN

Un trait blanc sur fond noir et quelques mots, t'as vu. Le moins qu'on puisse dire c'est que dès la pochette, le trio lipsien annonce la couleur. En effet, "sombre" et "sobre" semblent être les mots d'ordre dominant la galette des jeunes allemands. Rien de très surprenant donc, si l'on se réfère à leurs singles  ou aux photos N/B du groupe - stéréotypes d'adolescents nostalgiques, biberonné à la DAF et au Joy Division avec t-shirts déchirés et côtés du crâne rasés.


Mais bon, on ne va pas s'en formaliser, vu qu'on aime ça, la new wave. Surtout que Die Selektion manie plutôt bien le synthé et les paroles scandées. Mieux encore, au chant déprimant type "Was ist dir dein Leben wert?" (Que vaut ta vie à tes yeux ?) s'alternent les phrases cuivrées  et claires d'une trompette et maman tu sais à quel point c'est trop beau la trompette.
Bref, passée l'intro un peu mystique genre visite de la grotte aux hiboux de Twin Peaks ou survol des pleines du Mordor, on retrouve le trio pile là où on l'attendait, un peu dansant/poppy dans toute la darkitude qu'autorisent les références 80ies. En gros, pendant 20min tu planes et tu sautilles, sans voir passer les 4 titres parce que d'une part, ils se ressemblent un peu tous, mais aussi parce que, admirablement arrangé, le tout coule naturellement, telle l'eau glacée d'une source.
En somme, Kühle Lippen n'est pas le baiser de la mort et du désamour, mais plutôt une bise toute fraiche tout à fait bienvenue entre deux coktails pop.

Kühle Lippen EP by Die Selektion
Au fait, l'album Noire (sic) est prévu pour le 28 avril.