L E O F A N Z I N E O Q U I O M E T O L A O C U L T U R E O E N O S A C H E T S
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11.2.13

"Entre la vérité et la légende, imprimez la légende"

Parce que notre bibliothèque grouille de disques de groupes de Manchester, parce que nous sommes convaincues que Factory est un des labels les plus importants qui aient jamais existé, parce qu'on a choisi d'en faire un peu la bande-son de notre vie, nous sommes parties en "pèlerinage" en Terre Sainte, visiter les dernières reliques du Manchester de la fin des 70s au début des années 90. Sauf qu'évidemment, il n'en reste plus rien. Triste vision de l'emplacement de l'Haçienda, où trône désormais  une résidence de standing, baptisée the Haçienda Apartments. Pourtant, ce n'était pas il y a si longtemps, quand même, la salle n'a fermé définitivement qu'en 1997.
On a décidé d'interroger une personne qui y était, à la grande époque. Au début des années 80, JD Beauvallet, tout jeune et pas encore aux Inrocks, décide de quitter la France pour habiter dans la ville de New Order, des Smiths et surtout de feu Joy Division, persuadé que la vie et la musique sont plus excitantes là-bas. Et c'est le cas. Il a fouillé dans ses souvenirs pour nous et donné une autre lecture de l'aventure Factory.
"A Manchester il reste très peu de choses de l'époque finalement. Il y a cette espèce de reconstitution historique qui est presque un truc Disneyland, le Factory Club, où ils ont refait une espèce d'Haçienda en plus petite qui est faite par Peter Hook. C'est la même déco, c'est le même architecte... Et c'est dans les anciens locaux de Factory. Il y a un côté un peu tristouille je trouve dans ce lieu. Sinon, dans les autres endroits qui existent encore, y a l'ancien café Dry, qui était le café de Factory et qui s'appelle toujours Dry d'ailleurs, sur Oldham Street, mais qui bien sûr n'appartient plus à Factory. 
Mais ça c'est assez propre à Manchester. D'une certaine façon Manchester est une ville qui déteste la nostalgie, qui n'a jamais spéculé sur sa nostalgie. Quand même, n'importe quelle ville au monde serait hyper fière et vendrait le fait que c'est quand même là où a eu lieu la révolution industrielle. Or le musée de l'industrie il est à peine indiqué, il est à côté de Deansgate, pas dans un quartier forcément très visible, et c'est quand même assez dingue. Il y a vraiment un refus de nostalgie qui est propre à la mentalité de Manchester. C'est une ville qui préfère regarder devant plutôt que regarder derrière." L'exact inverse de la voisine Liverpool, qui elle spécule à fond sur les Beatles.

Tout raser, reconstruire, repartir à zéro. A l'image de Hulme, le quartier populaire où vivaient, entassés dans des barres d'immeubles insalubres, tous les groupes, les étudiants, et les junkies.
"Quand ils ont rasé Hulme, ils ont rasé l'équivalent de trois arrondissements de Paris. Bon, je l'ai raconté plein de fois mais je peux vous le raconter une nouvelle fois, il m'est arrivé quand même un truc assez troublant. J'habitais à Bonsall street dans les années 80, et après des années et des années, je reviens dans ma rue. J'avais jamais vraiment voulu la revoir. Ça c'était mal fini, j'avais la porte de mon appartement qui avait été éventrée à la hache, et on avait volé tout dans l'appartement sauf mes disques, dieu merci. Et puis un jour, c'était peut être quinze, vingt ans après que j'y ai habité, j'avais quelques heures à tuer, je me dis « Allez, je vais aller sur ma rue, je vais aller là-bas, voir ce qu'est devenu mon appart ». Et au moment précis où je rentre dans Bonsall street, qui était ma rue, je vois une énorme boule d'acier qui traverse le ciel, et qui « shlak ! », nique complètement mon appartement, l'immeuble où j'habitais. Pourquoi je suis venu ce jour-là ? De tous les jours ? J'ai assisté à la mort de mon appartement en direct."

10.12.11

"On a repris une salle à la dérive"

Depuis sa créaton, la TEAm a déjà interviewé pas mal de groupes (d'ailleurs vous pouvez toujours les (re-)lire . bisous). Et avec le temps, nous nous sommes rendues compte que les gens auxquels on ne pense pas vraiment - les gens de la face cachée de l’iceberg si vous voulez – avaient tout autant, voire plus, de trucs intéressants à nous dire. C’est pourquoi on a décidé d’ouvrir une nouvelle rubrique consacrée aux "pros" de la musique. Tous ceux qui contribuent de près ou de loin à la création ou à la circulation de la musique y auront leur place. On a d’ailleurs déjà quelques exemples à vous proposer (programmateur du Chabada à Angers, programmateur du festival Les Femmes S’en Mêlent, disquaires, eutécé) et nous sommes bien déterminées à en trouver d’autres. Un nouvel opus tout de suite avec une bande de Suisses courageux qui gèrent une salle de concert de A à Z alors qu’ils n’ont même pas terminé leurs études.


INTERVIEW TEAM AMALGAME 

C’est arrivé à la rentrée : tout à coup, une petite salle yverdonoise jusque là dévouée au rock dur en mode grosse planque crasseuse pour vétérans chevelus s’est mise à tapisser des affiches à losange un peu partout, indiquant une toute nouvelle orientation autant dans la ligne graphique et dans l’hygiène que dans la programmation. Alors que jusqu’alors, Yverdon se résumait pour nous aux bains, on y trouve désormais dans L'Amalgame une salle indé orientée découvertes et dates uniques en Suisse romande (STRFKRGardens & VillaBombay Bicycle ClubThe Black Box Revelation, Aucan, General Elektriks, Siskiyou, Radical Face...). A la tête de cette renaissance digne d’un Phénix se trouve une nouvelle équipe de jeunes gens déterminés à faire bouger (enfin) leur ville avec tous les hauts et les bas que cela implique. On en a rencontré cinq dans un tout petit bureau avec seulement trois chaises. Et c’est à peine dérangés par la coupure de courant survenue en plein milieu de l'interrogatoire ("voilà qui résume bien notre situation") que Damien (prog), Tom (admin), Juliette (com), Léa (responsable bénévole) et Karene (membre du comité) nous on conté tout le chemin parcouru depuis mars 2011.


11.7.11

"On fait l'bilan calmement en s'remémorant chaque instant"

EUROCKEENNES 2011 : LE BILAN

Autant être honnêtes d'emblée : cette année, on a un peu moins aimé les Eurockéennes. C'est peut être dû au fait que nous devenons plus exigeantes, plus blasées, ou encore que nous sommes malgré nous de grosses connasses d'hipster. Mais on n'y croit pas trop, ou alors, si c'est vrai, ce ne sont pas les seuls facteurs qui ont fait que ce weekend à Belfort était un peu moins formidable que les trois précédents. Oui, "trois", car c'étaient nos quatrièmes Eurockéennes, alors nous pouvons nous permettre un peu de dire que "c'était mieux les autres années", même si quatre ans ce n'est pas forcément grand chose comparé à certains habitués du festival.

Première - et plus importante - fautive : la programmation. Cette année, c'était vraiment vaches maigres pour nous. Quand on a fait cette remarque en interview à Christian Allex, le directeur artistique des Eurockéennes, il nous a simplement demandé si on habitait Paris - lol. D'après lui, "la prog a été plutôt appréciée de tous les festivaliers. C'est unanimement reconnu qu'il y a eu plein de super moments [...], tout le monde a été super convaincu." Mouais, ben pas nous, ni la totalité de nos amis eux aussi présents à cette vingt-troisième édition. Certes il y a eu de bons concerts, mais en comparaison aux autres années, il y en a eu moins et on n'a pas forcément gagné en qualité non plus. C'était à nos yeux beaucoup mieux en 2010. Mais là encore on ne semble pas de l'avis de tout le monde. Christian Allex : " On s'est fait fracasser l'année dernière sur la prog alors que cette année on a eu un entrain incroyable. Moi j'aimais beaucoup la prog de l'année dernière, peut être plus pointue et plus exigeante."  Les adjectifs sont lâchés. Les Eurockéennes ont-elles laissé tomber la qualité, quitte à perdre leur clientèle plus érudite mais pour toucher davantage le grand public ? Le directeur artistique, tel un communiqué de presse vivant, explique juste que "la programmation de cette année est plus large et fait aussi la part belle à des artistes déjà connus comme Boys Noize ou Birdy Nam Nam. Il y a peut être un peu plus de points de repères qu'il y avait l'année dernière." Et effectivement, au final le festival y trouve son compte puisque l'affiche aura attiré près de 95 000 personnes (soit 15 000 de plus que l'an passé, quand même) faisant ainsi carton plein ou presque. Tant mieux pour eux après tout. La loi des grosses têtes d'affiche l'a emporté sur les middle names plus confidentiels. 

Concernant le budget, puisqu'il a son rôle aussi, il est resté quasi le même ces dernières années : 5,4 millions d'euros en 2011. Le festival français qui se rapproche le plus en taille et en budget est Rock En Seine, avec 5,2 millions et plus de 100 000 entrées. Et dans le match, c'est bien la prog de Rock En Seine qui gagne, comme quoi ce n'est pas juste une question d'argent. 


Chistian Allex est directeur artistique des Eurockéennes depuis onze ans déjà. 

22.6.10

"Je me pince encore souvent pour vérifier que je ne rêve pas"

Stéphane Martin n'est pas une rock star. Parait même qu'il est nul avec les instruments. Pas grave, à la place il est programmateur du Chabada, la salle de concerts de musiques actuelles d'Angers, et il est bigrement intéressant en plus. Extraits d'un long entretien avec ce passionnant passionné (et puis comme ça, si vous avez des réclamations concernant la prog du Chabada, vous saurez qui engueuler).


Qui es-tu et quel est ton rôle précis au Chabada ?
Alors, je suis Stéphane Martin... Je sors tout mon CV ou..? Je suis programmateur au Chabada, c'est à dire que je m'occupe de la programmation artistique. Donc je choisis ce que vous allez voir au Chabada à quatre-vingt... et quelques pour cent, François Delaunay le co-directeur s'occupant d'une partie de la programmation aussi parce qu'il aime bien ça. Et comme il a le bureau juste à côté du mien, on échange beaucoup sur le sujet. Voilà, évidement la programmation du Chabada est complétée par les producteurs privés et les associations. Mais ils m'amènent les projets et c'est moi qui décide si ça rentre dans la programmation du Chabada ou pas. Si on n'avait pas cette rigueur là, j'pense qu'on aurait vu des trucs dont on aurait un peu à rougir... Voilà. Parce que pour le public en fait, ça revient au Chabada. Ils s'en foutent les gens de savoir si c'est nous qui programmons, si c'est la société O Spectacles ou si c'est l'association l'Igloo qui le fait, tout le monde s'en fout, c'est au Chabada. Donc c'est l'image du Chabada, ça doit rester cohérent. C'est pour ça qu'on a pu refuser des groupes pour O Spectacles notamment, des artistes qui étaient un petit peu... plus variété que pop on va dire, voilà.

Comme qui ?
Dieu merci j'oublie ces artistes assez vite. C'est souvent des gens issus de la télé réalité, mais attention on en a vu ici, Olivia Ruiz en est une, par contre elle a bien réussi et sur la prochaine programmation on a Camélia Jordana qui se débrouile quand même pas trop mal... Mais parfois on n'a pas pu éviter un Steeve Estatof qui est donc un exemple de ce qu'on aurait pas dû faire, pas dû laisser faire en tout cas.
Ça n'a pas marché ?
Ah non c'était vraiment pas bien et il y avait personne.

Comment devient on programmateur du Chabada ?
Par hasard. Il y a pas de formation pour ce métier. Moi j'ai un parcours assez classique, j'ai une licence, des sciences du langage, qui donc n'a rien à voir avec ce que j'ai fait depuis... Mais en gros ça m'est tombé dessus en même temps que le bac, début des années 80. Je m'intéresse à la musique... Ben comme vous en fait... Les ondes se libèrent donc on fait de la radio, les fanzines commencent à apparaître donc qu'est ce qu'on fait ? Ben on fait un fanzine... En plus moi je suis pas très doué pour les instruments donc je me suis dit que je vais me rendre utile autrement. Après, on commence à organiser des concerts tout en étant étudiants. Et puis un jour tu te rends compte que tu achètes des disques mais que tu galères pour les trouver, tu te dis "Y a pas de disquaire à Angers, pourquoi on n'essaierait pas d'en faire ?" Sans aucune formation de gestion évidemment, moi avec mes études de lettres qui a du mal à faire une soustraction... On se lance là dedans, on monte un magasin de disques qui s'appelle Black & Noir qui a duré en gros une dizaine d'années à Angers. Et parallèlement je faisais de la radio, des fanzines, des organisations de concerts... Les affaires ne marchant pas très bien il faut l'avouer parce que le disque c'est pas très bien pour gagner sa vie et ça s'est pas arrangé au fil du temps, la place du programmateur au Chabada se libérant, je postule, je suis embauché, voilà comment on devient programmateur. Mais je crois que tous les programmateurs ont un parcours à peu près similaire, ils ont beaucoup bossé en associatif avant.

1.6.10

Paradis


Rappelez vous. Il n'y a pas si longtemps encore vous attendiez, plus ou moins patiemment, la sortie officielle d'un album pour pouvoir enfin l'écouter. Vous couriez chez votre disquaire et embrassiez l'objet tant désiré avant de passer à la caisse pour le payer. Sweet times! Aujourd'hui, le leak est chose plus que courante, on peut avoir un CD plusieurs mois avant qu'il soit dans les bacs, et on n'a même plus besoin de payer. Nous ne sommes pas là pour blâmer ce nouveau et bien établi mode de consommation de la musique, non, mais seulement pour (re)chanter la gloire du bon vieux disque et le courage des disquaires indépendants.

TEA est allé à Bordeaux fouiner dans la boutique Total Heaven, un magasin de disques comme on les aime, où on peut fouiner des heures dans le bac à vinyles (neufs ou d'occasion), les tester sur une platine, trouver des fanzines, ou acheter des CDs et des places pour de (bons) concerts dans le coin. Nous avons posé quelques questions à Xavier, co-gérant de Total Heaven, qui nous a gentiment répondu, sur fond du dernier album des Liars (oui, parce qu'ils ont du goût dans cette boutique) et nous a aussi bien parlé de son activité de disquaire que de politique culturelle et corruption des médias.

Rien que dans l'histoire de Total Heaven, on remarque qu'il n'est pas aisé d'être disquaire indépendant. La boutique existait d'abord en Charente-Maritime, à Saintes. Mais la ville était trop petite pour que ça marche, il n'y avait pas assez de clientèle potentielle, pas assez de gens qui écoutaient de la musique et se déplaçaient aux concerts. Alors il a fallu déménager pour Bordeaux, histoire de trouver suffisamment de clients pour vivre d'un activité de disquaire.

Bordeaux, une ville culturelle ? D'après Xavier, oui. Mais il pense aussi que la ville souffre d'un problème de lieux. Certaines salles sont subventionnées comme le Krakatoa ou Barbey mais ne remplissent pas toujours leur rôle de lieu de découverte musicale. Alors qu'il existe dans la ville des petits lieux qui font vraiment des efforts de ce côté en faisant des groupes peu ou pas connus mais qui ne bénéficient d'aucune aide. Son modèle en la matière ? Le Confort Moderne, à Poitiers, où la programmation est très éclectique.

Et quand on objecte qu'à Barbey il a quand même parfois de bons groupes qui passent, comme les Horrors, Xavier précise qu'au départ, ils étaient censés jouer dans le club, ce qui était selon lui une grosse faute professionnelle. Ce n'était pas un problème de manque de public, le soir il avait 400 personnes... Tout cela pour dire que c'est souvent un programmateur qui fait la pluie et le beau temps dans une salle de concerts, et que d'après lui, le programmateur du Confort Moderne sait faire son métier comme il faut.

Et pour les festivals, le disquaire n'en a pas vraiment de préféré, si ce n'est les Eurockéennes. Mais la France n'a pas de quoi frimer à côté des festivals qu’il y a en Allemagne ou en Espagne. D’ailleurs la culture musicale en France est très pauvre. Par rapport à des pays comme l’Espagne, l’Allemagne, la Scandinavie… En France on a ce qu’on a quoi. Comme à certains élèves on pourrait mettre sur le bulletin de notes la mention "peut mieux faire".

Et justement, c'est difficile d'être disquaire indépendant en France. Parce que les gens ont tendance à acheter pas mal ce que la presse leur dit d’acheter. Les gens ont tendance aussi à acheter ce qu’ils connaissent ils sont pas très curieux. Et sur internet, les gens découvrent certaines choses mais la médiatisation est tellement plus forte que les gens se retrouvent sur les mêmes voies un peu. Les gens suivent un peu toujours les mêmes courants, les mêmes tendances, au lieu d’aller chercher personnellement. Bien sûr, Xavier parle ici en général, il y a des gens qui fouillent et qui essaient de pousser le schmilblick un peu plus loin à chaque fois, comme il dit.

Pour autant, Total Heaven ne galère pas trop non plus, c’est une activité qui est crédible hein, ça va. Mais il faut être aussi raisonnable, c’est-à-dire qu’il ne faut pas prendre la société Total Heaven comme une vache à lait. Ils ne se payent pas non plus très cher et ne font pas de déplacements avec le carnet de chèques et des soirées en discothèque et des banquets au restaurant. Etre disquaire demande une bonne part de gestion, faire attention à ce qu’on achète et à quel prix, et puis surtout être vraiment à l’écoute de la clientèle et de ce que les gens voudront voir dans les bacs ou pas.

Et quand on lui demande quelles sont les solutions pour que la culture musicale aille mieux en France, il répond qu’il faudrait changer la diffusion. Il pense que les médias, les radios et surtout la presse se concentrent trop sur ce qui est vendeur ou ce qui est attendu, et souvent même il y a certains magazines qui vont parler d’artistes parce que la maison de disques aura donné un peu d’argent derrière. C’est un peu acheté tout ça. Alors que si les journalistes revenaient à quelque chose de plus spontané, et moins financier, ils auraient envie de parler d’artistes qui leur tiennent plus à cœur, et donc ils proposeraient automatiquement autre chose. Après, les médias ne sont pas responsables de tout, cela relève aussi de la direction culturelle d’un pays de ne pas subventionner de plus petites structures comme des petites radios ou des webzines, des trucs que vous faites nous dit-il, ou alors plus simplement des fanzines papier qui eux parlent de choses que justement il faudrait défendre et des artistes qu’il faudrait mettre en avant. Mais comme ils n'ont pas les moyens tous ces gens là, cela reste pour les music nerds.

Et enfin, quand on fait appel au disquaire qu'est Xavier pour nous conseiller des disques, il nous avoue que son meilleur album de l'année 2009 était Childish Prodigy de Kurt Vile. Et dans les nouveautés ? Il regarde derrière lui les disques accrochés au mur : "Ben par exemple les Dum Dum Girls. Et ce groupe là, Serena Maneesh, qui est assez proche de My Bloody Valentine. Après je les ai pas nécessairement découverts récemment mais je les aime beaucoup les Horrors et leur album là, c’est aussi un des meilleurs albums qui est sorti l’an dernier. Euh… Après, il y a tellement de choses…. Et je n’écoute pas aussi que de la musique rock. J’écoute aussi pas mal de musique soul et de musique africaine… Je dirais qu’en matière de musique africaine, j’ai récemment aimé l’Orchestre National de Cotonou, et puis après en soul il y a la réédition des chanteuses soul qui s’appelle Little Ann, sur un label finlandais qui s’appelle Timmion Records, c’est super super super chouette."

Ce qui est aussi super super chouette, c'est la boutique Total Heaven. Alors si vous traînez du côté de Bordeaux, allez y faire un tour 6 rue de Cancale, Bordeaux-Victoire.

Et aussi, TEA s'était entretenu avec un autre disquaire l'année dernière, vous retrouverez l'article ici.



26.2.10

"Pas un ghetto de filles"


Vous avez sûrement/forcément entendu parler des Femmes S'en Mêlent, ce festival grâce à qui on peut voir pendant plus d'une dizaine de jours des filles qui (souvent) font de la bonne musique tourner dans les clubs de France et de Navarre. Entretien avec l'instigateur et programmateur du festival, Stéphane Amiel, un homme passionné et passionnant.

TEA : Comment en arrive-t-on à créer un festival itinérant ne programmant que des femmes ?
Stéphane Amiel : Comment ? Oulala ! (rires) Il y a plusieurs facettes dans ta question, il y a itinérant et féminin. Ca été créé il y a treize ans. Il y a treize ans, les filles n’étaient pas aussi présentes dans la musique, il y en avait moins, aujourd’hui c’est vrai que ça parait beaucoup plus facile. Mais il y a treize ans on avait du mal à faire une programmation sur quelques jours à Paris, à recueillir des artistes intéressantes, y en avait beaucoup, beaucoup, beaucoup moins. Donc voilà, nous on eu l’idée de faire le festival à Paris, c’est là qu’il a été monté la première année. Et les filles parce que je sais pas, c’était inédit, nous on écoutait beaucoup de voix féminines, on était plusieurs et voilà, c’est comme ça qu’est venue l’envie d’un truc qui n’existait pas. Il n’y avait pas de grand acte politique derrière tout ça, on voulait juste mettre en avant des artistes qu’on aimait bien... Après le fait que ça soit itinérant, c’est un mode économique. C’est à dire que le festival a pu exister et peut exister grâce aux tournées, au fait qu’il n’y ait pas une seule date mais plusieurs, et proposer plusieurs villes, même si tout le monde ne joue pas partout bien sûr. Économiquement c’est plus facile de proposer à des artistes qui viennent de loin plusieurs dates. On a peu de moyens. On n’a pas les moyens de payer pour une seule date et de faire venir des artistes de très loin, d’Amérique, d’Angleterre ou de Suède, de tout ça. Mais dès qu’on propose plusieurs dates voilà, économiquement c’est viable. Voilà. C’est un système qu’on a trouvé rapidement, au bout de la troisième édition. Il y a des endroits où ça marche très bien, d’autres moins bien...

Et où est-ce que ça marche bien par exemple ?
Grenoble. Il font quatre dates. Mais voilà, beaucoup de villes n’en font qu’une. Moi je propose aux salles, c’est eux qui voient ensuite ce qu’ils ont envie de faire et ce qui est possible. Dans la programmation, c’est les salles qui me disent quels genres d’artistes ils veulent. Et on essaie de leur faire plaisir au maximum. (rires)

Comment vous sentez-vous à l’aube de cette treizième édition ?
Fatigué. (rires) J’sais pas non. Bien... On a une super édition, c’est incroyable. C’est jamais facile puisqu’on fait des paris sur des artistes qui sont très peu connues, ou pas encore connues, qui viennent juste de débarquer dans le paysage musical, donc c’est jamais gagné d’avance. C’est un festival indé, qui prend des risques, donc je me sens toujours un peu fébrile, mais voilà.

21.2.10

Guerolito s'en va-t-en guerre


Il n'y a pas si longtemps encore, les music bloggers vivaient en paix (ou presque), et partagaient gratuitement la musique qu'ils aimaient à des milliers de gens qui leur en étaient fortement reconnaissants. Parmi eux, Guerolito. Son blogspot pouvait avoir jusqu'à 10 000 visites par mois. Il postait la plupart des albums récents que l'on pouvait désirer et proposait aussi une playslist mensuelle plutôt chouette. Malheureusement, le vilain Google est passé par là. Une foule de Bloggers proposant des MP3 ont été supprimés du jour au lendemain. Guerolito aussi. Heureusement, on l'a retrouvé sur Tumblr, et en avons profité pour poser quelques questions à ce sympathique jeune étudiant suisse.

TEA : Qui es-tu ?
Guerolito : Je suis un étudiant de 20 ans du milieu de la Suisse. Je passe la plupart de mon temps libre à jouer de la guitare ou de la batterie, ou à écouter de la musique et écrire dessus. Sans oublier mon amour pour les bons concerts. Je travaille aussi pour une radio à Lucerne appelée Radio 3fach (c'est une super station, allez voir : http://www.3fach.ch/ )

Pourquoi "Guerolito" ? Partager de la musique est une vraie guerrilla ou était-ce juste en hommage à Beck ?
Ok, tu m'as eu. Oui c'est surtout pour l'album de Beck Hansen. Beck est une véritable inspiration pour moi, je suis son chemin depuis pas mal de temps maintenant et c'est sûrement mon artiste préféré ! Partager la musique ne devrait pas être une guerrilla, et ce n'en est pas une pour moi. Ça devrait être plus une promotion de la musique que seulement partager les chansons. Bien sûr c'est cool d'avoir plein de musiques différentes, mais je pense aussi qu'écrire une chronique d'un album ou d'un morceau est la moindre des choses envers les artistes ou les groupes.

Comment a commencé Guerolito ?
Guerolito/guerolitomusic est né durant de froides et venteuses vacances d'automne 2007. J'avais l'habitude de lire beaucoup de blogs, mais lire et écouter la musique qu'ils postaient ne me suffisait pas. C'est pourquoi j'ai commencé à écrire mon propre blog. Comme l'anglais n'est pas ma langue maternelle, c'était un peu difficile de trouver les bons mots pour exprimer mes sentiments et mon opinion vis à vis d'une chanson ou d'un album. Mais comme j'ai beaucoup écrit, c'est devenu de plus en plus facile.

Quelle est ton opinion vis à vis de tous ces Bloggers musicaux qui ont été supprimés par Google ?
Je suis moi aussi une victime de cette attaque de Google ! J'écrivais sur guerolitomusic.blogspot.com avant et on a supprimé mon blog sans prévenir, il y a environ deux semaines. Plus de deux ans de travail sont partis comme ça, plus de 500 articles. C'est pourquoi j'ai commencé un nouveau blog sur Tumblr, celui que j'ai maintenant.
Je connais beaucoup de bons blogs qui postaient seulement des singles et mettaient des liens vers le site web de l'artiste et écrivaient des chroniques de concerts et d'albums. Ils assuraient la promotion des groupes et des artistes ! Beaucoup d'entre eux ont été supprimés sans raisons. Alors qu'il y a des blogs qui postent un album après l'autre sans aucun texte ni rien, juste le lien pour télécharger l'album, et ils n'ont pas été supprimés. A mes yeux, c'est un pur caprice de la part de Blogger et Google.

Quels sont tes projets pour Guerolito maintenant ?
En plus de mon travail sur Guerolitomusic, qui continue sûrement, un ami et moi avons commencé un projet DJ en décembre dernier. Ça avance assez bien, on a déjà fait des fêtes. D'ailleurs, ça s'appelle Guerolito Soundsystem.

Achètes-tu de la musique parfois ?
Oui, et pas seulement parfois, mais souvent ! Ce n'est pas terrible pour mon porte monnaie, mais j'adore acheter des albums et regarder le livret en les écoutant. Et bien sûr, on ne peut pas comparer le son MP3 à la qualité CD !

Quel est le dernier groupe ou la dernière chanson que tu as aimé ?
Oh, c'est difficile à dire ! Il y a tellement de bonnes choses qui sortent ces temps-ci. Mais si je devais choisir une chanson, ça serait "Love Lust" de King Charles ou "Ambling Alp" de Yeasayer. Mon groupe préféré du moment (mais ça peut changer rapidement) doit être Dent May & His Magnificent Ukulele ou Best Coast. Oh, c'est toujours si difficile pour moi de choisir !



Retrouvez Guerolito désormais sur Tumblr : http://guerolito.tumblr.com/

20.1.10

Tes yeux mentent


Pélerinage à Londres : il nous fallait absolument aller dans la boutique de notre marque de T-shirts préférée, Your Eyes Lie. Pour faire simple, YEL (pour les intimes), c'est un peu les T-shirts les plus cools du monde (au moins). Et leur philosophie achève de nous conquérir : "Bad Taste Is Better Than No Taste". Thomas de l'équipe YEL a gentiment répondu à nos questions.



Quand est né Your Eyes Lie ?
YEL est né vers 2005, mais a mis un petit moment avant de démarrer. Nous avons ouvert notre première boutique à Camden en août 2008 et maintenant nous avons un plus grand magasin près de Carnaby Street (ouvert en novembre 2009) et un rayon femme au Topshop d'Oxford Circus. En plus du magasin en ligne qui livre vers dix pays.

Qui est l'heureux parent de YEL ?
Ben Yarwood a fondé YEL et il en est encore le dirigeant. Nous avons des designers, des artistes et des feignants qui boivent du thé qui tous contribuent (certains plus que d'autres) à la marque.

Quand va sortir la nouvelle collection ?
La nouvelle collection sortira en février.

17.6.09

Parce que tu le vaux bien


INTERVIEW : MELLE SAN


Tu retenterais bien cet été le bandeau de hippie dans les cheveux mais ça t'énerve parce que n'importe qui en porte maintenant ? On a la solution : MelleSan et ses accessoires pour cheveux vraiment adorables et originaux. La jeune créatrice a d'ailleurs gentiment répondu à nos questions :

- Qui est vraiment Melle San ?
MelleSan est mon petit bébé qui a bientôt presque un an déjà...Parti d'un délire avec des amies pour nous faire des accessoires pour cheveux inexistants sur le marché, sur mesure comme je les aime en mode squaw.
J'ai un peu hésité, me disant qu'à part moi personne ne prendrait le risque de se mettre des plumes sur la tête, puis sur un coup de tête j'ai quand même fait un myspace pour prendre la température avec mes premières créations issues d'un shooting improvisé entre amies. Cela a pris... propulsée 2 mois après sur le Who's Next dans lequel j'ai remporté le concours jeunes créateurs, autant dire que je n'y étais pas du tout préparée!!
Belle surprise et coup d'accélérateur, je me consacre maintenant à MelleSan a temps complet. J'essaye de partager mon petit monde inspiré par les indiens d'amérique, les contes de fées de mon enfance, les romans de littérature anglaise romantique du 19ème siècle que j'affectionne et mon goût pour la mode vestimentaire du début du 20ème siècle, l'époque victorienne.

12.6.09

Vinyl never dies

JOURNÉE DU DISQUE @ LE CHABADA
06/06/09



Les amoureux angevins de la bonne musique ont leur rendez-vous annuel : la Journée du Disque. Une sorte de brocante de CD, DVD, et surtout vinyles au Chabada, qui en ravit plus d'un. Et si certaines personnes en repartent maussades, c'est uniquement parce qu'elles sont désespérées à l'idée de ne jamais connaître ne serait-ce qu'un dixième des disques exposés. Entretien avec Richard Durand, le disquaire à l'origine de cette journée.

TEA : Êtes-vous contents de cette journée ?
Richard Durand : Oui, très. Les organisateurs, le Chabada, les exposants et même les clients sont très contents. On a fait 600 entrées, ça peut paraître peu, mais pour une ville comme Angers, c'est plutôt bien. Vu qu'on met environ 600 vinyles par mètre linéaire, il devait y avoir 50 000 disques... Et dès 9h30, il y avait du monde, alors qu'on n'ouvrait qu'à 10 heures. D'ailleurs la plupart de ces personnes sont restées jusqu'à 13 heures, le temps de tout voir.
 Comment vous est venue l'idée de cette Journée Du Disque ?
Il y a une quinzaine d'année a eu lieu la dernière Foire du Disque d'Angers, ça se passait au Parc Expo à l'époque... Et puis pendant un petit moment il n'y a plus rien eu. J'ai appris que des parisiens voulaient reprendre cette idée. Alors je me suis dit pourquoi pas moi ? Et la Journée Du Disque est née.
Pensez-vous que le vinyle a un avenir ?
OUI ! Bien sûr qu'il en a un. Le CD, lui, va très bientôt disparaître, mais pas le vinyle. Pourquoi ? Parce que déjà, il n'est pas copiable. Et le son n'est pas le même, certains préfèrent, d'autres non. C'est un bel objet. Personnellement j'aime beaucoup tout le cérémonial de l'écoute d'un vinyle. Il y a eu aussi la techno, et du coup beaucoup de vinyles ont été réédités. Et puis c'est de plus en plus à la mode, c'est vintage.